Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Peut-on détecter des maladies dans les yeux?

Émission du 27 mars 2014

On dit que les yeux sont le reflet de l’âme. Mais peuvent-ils aussi être le reflet des maladies? Il semble bien que oui, car depuis quelques années, les tests d’optométrie peuvent permettre de diagnostiquer de nombreuses maladies, même s’il ne s’agit pas de maladies oculaires. Et des recherches universitaires tentent maintenant d’utiliser les examens de la rétine pour prédire certaines maladies avant même qu’elles n’apparaissent!

Experts invités :

Pierre Forcier
Professeur agrégé
École d’optométrie
Université de Montréal


Christian Casanova
Directeur
École d’optométrie
Université de Montréal

«Dans les yeux, on peut voir beaucoup plus que les maladies oculaires, confirme Pierre Forcier, professeur agrégé à l’École d’optométrie de l’Université de Montréal. On peut voir une grande quantité de maladies systémiques, c’est-à-dire des maladies qui vont toucher plusieurs organes dans tout le corps. L’œil est simplement un endroit où on peut observer ces conditions-là.»

L’examen oculaire est particulièrement efficace pour dépister les maladies vasculaires, comme le diabète ou l’hypertension, explique Pierre Forcier : «L’œil est nécessairement vascularisé. On va donc y voir les manifestations de cette maladie-là au niveau de l’œil.» Parmi les pathologies pouvant être visibles lors d’un examen de l’œil, on retrouve l’arthrite idiopathique juvénile, la sarcoïdose et la maladie de Behçet ainsi que de nombreuses autres maladies inflammatoires.

Dépister des maladies systémiques

Dans certains cas, les patients se présentent à un examen annuel de la vue, sans aucun symptôme d’une autre maladie. Mais en remarquant, par exemple, des hémorragies au fond de l’œil, l’ophtalmologiste pourrait y déceler un signe de diabète. Dans un autre cas, un blocage de l’artère centrale peut se manifester par une rétine qui demeure blanche, ce qui nécessiterait un examen cardiaque rapide.

«On peut voir toutes ces maladies depuis que l’optométrie existe, précise Pierre Forcier. Mais, depuis 1995, une nouvelle loi nous permet de dilater les pupilles afin de mieux observer la rétine. Ça fait en sorte que notre jugement et la qualité de nos observations ont définitivement augmenté, ce qui a facilité la reconnaissance de ces maladies au niveau de l’œil.»

Lorsque des anomalies sont détectées, l’ophtalmologiste ne peut toutefois pas confirmer le diagnostic d’une maladie systémique. Le patient doit être dirigé vers un autre médecin pour approfondir les examens médicaux.

Dépister les maladies encore plus tôt… avant qu’elles n’apparaissent!

Au-delà des diagnostics qui peuvent être faits en clinique, des chercheurs s’intéressent de plus de plus à l’œil comme outil de diagnostic pour dépister les maladies avant même que les symptômes ne se manifestent.

Pour réaliser ce genre de diagnostic, les chercheurs de l’école d’optométrie de l’Université de Montréal utilisent un électrorétinogramme, avec lequel ils envoient un stimulus visuel – un éclair de lumière – à l’œil, afin de mesurer la réponse de l’œil à cette stimulation. «Il faut savoir que la rétine est une extension du cerveau, explique Christian Casanova, directeur de l’école d’optométrie de l’Université de Montréal. On a donc une réponse à un stimulus – et dans le cas de l’œil, on parle d’un stimulus visuel. (…) Ce signal-là est un signal très sensible qui peut être modifié par une pathologie. Et l’avantage, c’est qu’on peut voir des choses qu’on ne pourrait pas voir simplement avec un examen de l’œil.»

Pour étoffer leurs connaissances, l’équipe tente présentement d’accumuler un maximum de données provenant de groupes de personnes touchées par certaines maladies, en comparaison avec des groupes témoins. En comparant les réponses rétiniennes de ces groupes, les chercheurs tentent de consolider l’utilisation de la réponse rétinienne comme marqueur biologique de certaines maladies. Cet outil diagnostic pourrait être utilisé non seulement pour des maladies systémiques, mais également pour des maladies psychiatriques telles que l’autisme et la schizophrénie. Et même si les fruits de ces recherches ne sont pas encore disponibles au grand public, en clinique, Christian Casanova est convaincu que ce sera le cas d’ici 10 ou 15 ans.