Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

La santé des prostituées

Émission du 27 mars 2014

Les travailleuses du sexe ne se sentent pas très à l’aise dans les CLSC et les hôpitaux. Par peur d’être jugées ou mal reçues, elles ont souvent l’habitude d’éviter ces endroits, alors qu’elles ont tout aussi droit que les autres femmes de bénéficier des soins médicaux et des services sociaux. Pour contrer cette situation, deux infirmières de Québec ont entrepris une démarche innovatrice : amener les services du CLSC directement sur les lieux où ces femmes travaillent, dans les agences d’escorte, les bars de danseuses et les salons de massage érotique. Une démarche audacieuse pour laquelle elles se sont associées à un organisme communautaire, le Projet intervention prostitution de Québec (PIPQ). Notre équipe est allée rencontrer Hélène Marchand, l’une des initiatrices de ce projet.

Un véritable travail de terrain

Il ne faut pas avoir froid aux yeux pour faire un travail comme celui-là. Négocier avec les propriétaires d’agences d’escorte ou de bars de danseuses pour pouvoir entrer dans leurs locaux, travailler dans des lieux étroits et souvent mal éclairés : tout un défi pour des infirmières qui veulent prodiguer des soins médicaux!

Pour pénétrer dans ces endroits clos, Hélène Marchand et sa collègue Isabelle Têtu ont pris l’habitude de se faire accompagner par une intervenante du PIPQ. Elles ont dû faire preuve de beaucoup d’adresse dans leurs négociations avec les propriétaires de ces établissements, en leur faisant notamment comprendre qu’ils avaient tout avantage à valoriser la santé sexuelle des femmes qui travaillaient pour eux.

Ne pas juger

Hélène Marchand se souvient qu’elle a dû se battre contre ses propres préjugés personnels lorsqu’elle a commencé à travailler avec les prostituées. Elle explique qu’elle avait tendance à les prendre en pitié, ou à les considérer comme des personnes exploitées. Or, ce n’est pas du tout l’attitude à avoir avec elles, soutient-elle. Il faut plutôt «prendre la personne là où elle est », une approche qui est privilégiée par le PIPQ.

«On n’a pas à juger si c’est de la prostitution, ou du “travail du sexe”. Je n’embarque pas dans ce débat-là», précise Hélène Marchand. Il est selon elle très important de ne pas porter de jugement, afin de favoriser l’établissement d’un lien de confiance et thérapeutique entre elle et ses patientes.

Divers problèmes de santé

Contrairement à ce qu’on pourrait croire, Hélène Marchand soutient que les infections transmises sexuellement et par le sang (ITSS) ne sont pas si fréquentes dans ces milieux, car les femmes savent qu’elles doivent se protéger lors de relations sexuelles avec leurs clients. «Mais ce que j’ai remarqué, note l’infirmière, c’est que les femmes s’infectent davantage dans leur vie personnelle.»

De manière plus générale, les travailleuses du sexe sont sujettes à toute une gamme d’autres problèmes de santé qu’Hélène Marchand rencontre fréquemment dans sa pratique : infections de la peau – entre autres pour celles qui font usage de drogues par injection –, grossesses multiples, problèmes de santé mentale non diagnostiqués…

Les défis

Le suivi médical représente aussi un défi dans ces contextes de travail. Les femmes rencontrées ne sont pas toujours faciles à retracer à la suite d’un examen médical, sans compter qu’un certain nombre d’entre elles peuvent être réticentes à donner leur vrai nom au départ. Heureusement, Hélène Marchand a appris comment établir un lien de confiance et les assurer de la confidentialité de leur dossier, avec pour résultat que lorsqu’elles se retrouvent seules avec elle, ses patientes acceptent habituellement de lui divulguer leur véritable nom.

Hélène Marchand se réjouit de constater qu’une fois que les premiers contacts sont établis, les travailleuses du sexe qu’elle rencontre se sentent plus en confiance de se rendre directement au CLSC.

Hélène Marchand et sa collègue Isabelle Têtu ont travaillé pendant trois ans à ce projet intitulé Dépistage des infections transmissibles sexuellement et par le sang auprès des travailleuses du sexe de Québec. Ce programme est financé par l’Agence de santé et des services sociaux de la Vieille-Capitale. Il existe toujours et a aussi été implanté avec succès dans la région de Chaudière-Appalaches. À l’automne 2013, Hélène Marchand et Isabelle Têtu ont reçu le Prix innovation clinique, remis par l’Ordre régional des infirmières et infirmiers de Québec. «Je crois que c’est important d’innover pour répondre à leurs besoins, conclut Hélène Marchand. Il faut répondre à leurs besoins, car elles ont le droit d’avoir des services comme tout le monde.»