Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le carnet des animateurs

Nouvelle étude sur les mammographies

Émission du 27 mars 2014

Dans les dernières semaines, on a beaucoup parlé dans les médias du dépistage du cancer de sein en raison d’une importante étude canadienne, publiée en Grande-Bretagne dans un prestigieux journal médical et reprise un peu partout dans le monde.
Il s’agit d’une grande étude qui a été menée sur une période de 25 ans auprès de 90 000 femmes, dans 6 provinces canadiennes. Ses résultats jettent un véritable pavé dans la mare et remettent drastiquement en question la mammographie de dépistage, ce qui a suscité beaucoup de réactions.

Pour sa part, notre animateur Georges Lévesque s’étonne plutôt que toute cette controverse n’ait pas éclaté plus tôt. Depuis plusieurs années, plusieurs études avaient déjà remis en question la pertinence et l’efficacité de la mammographie comme prévention du cancer du sein.

Le surdiagnostic

En bref, ce que cette étude a révélé, c’est qu’en dépit du fait que la mammographie a permis de dépister un plus grand nombre de cancers du sein, elle n’a pas entraîné de diminution du nombre de décès reliés à cette maladie. Ce serait le résultat de ce qu’on appelle le surdiagnostic. Ce qui se produit, c’est que la technologie évolue plus vite que notre connaissance de la maladie. Avec des appareils de plus en plus performants, on réussit maintenant à détecter des nodules et des lésions qu’on ne voyait pas auparavant. À l’étape suivante, la biopsie, on découvre des cellules cancéreuses. Par contre, ce qu’on est en train de découvrir, c’est que dans le cas de certaines de ces lésions, on aurait pu les laisser sur place et elles n’auraient jamais évolué. Et concrètement, ce que ça représente, c’est que certaines femmes se font annoncer un cancer du sein, traversent les traitements et vivent pour le reste de leur vie avec l’angoisse d’une récidive et tout cela, peut-être inutilement.

Un débat qui n’est pas près de se terminer

Cette remise en question de la pertinence de la mammographie est toutefois loin de faire l’unanimité. De nombreux oncologistes continuent à soutenir cette pratique, et il est fort probable qu’on va continuer à débattre de ce sujet fort longtemps. Par contre, il serait souhaitable que les décisions de santé publique soient prises non pas par des gens qui œuvrent sur le terrain, mais par des experts extérieurs qui peuvent prendre des décisions rationnelles, et non pas émotives.

Il est aussi important de souligner que dans la lutte contre le cancer du sein, les taux de survie augmentent. Ces progrès seraient-ils le résultat des campagnes de prévention par la mammographie? Il semble que non : elles seraient plutôt le fruit de l’amélioration des traitements.

Que faire alors? Pour les femmes déjà engagées dans un programme de dépistage régulier, faut-il abandonner ou poursuivre les mammographies? À ce sujet, un éditorial du New England Journal of Medicine soutenait, en 2010 déjà, qu’à l’heure actuelle, on ne peut plus prétendre qu’un programme de dépistage par mammographie est un service public absolument essentiel. Autrement dit, cela devient une décision personnelle : si une femme ne veut courir aucun risque et se faire dépister, libre à elle de le faire. Il faut par contre qu’elle soit consciente que le bénéfice qu’elle en retirera n’est peut-être pas si élevé et qu’il y a un certain risque qu’elle soit surdiagnostiquée et que cela lui nuise.