Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Entrevue avec le Dr Marchand

Émission du 3 avril 2014

Les moisissures font beaucoup parler d’elles en raison des problèmes de santé publique qu’elles représentent, dans les écoles et les logements notamment. Mais jusqu’à quel point faut-il s’en alarmer? Faut-il démolir toutes les écoles où l’on identifie la présence de moisissures? Microbiologiste réputé et épidémiologiste, le Dr Richard Marchand a une opinion sur le sujet qui est un peu à contre-courant.

Notre animateur Georges Lévesque l’a rencontré et voici les grandes lignes de cette entrevue.

- Il existe des milliards de moisissures et de champignons, et on en retrouve partout : dans l’air, dans le sol, dans le papier, dans les matériaux de construction… La plupart d’entre eux ne représentent aucun danger pour la santé humaine.

- Les champignons colonisent régulièrement les êtres humains. On en retrouve notamment dans les intestins et sur la peau. Mais occasionnellement, des champignons pathogènes peuvent causer une infection. Les plus communes sont le pied d’athlète et la vaginite dite « à champignon ». Dans certains cas plus rares, cela peut donner lieu à une infection pulmonaire grave, comme une cytoplasmose.

- Dans les écoles où les moisissures causent des problèmes de santé, on ne parle toutefois pas d’infection. Le problème qui se produit, c’est que les champignons produisent des composés organiques volatils. Lorsque ces composés organiques volatils sont présents en quantité négligeable, notre organisme n’y réagit pas. Mais lorsque ceux-ci sont trop nombreux, notre système immunitaire peut se mettre en branle, comme si les champignons voulaient l’envahir. Pour se défendre, il va déclencher une réponse immunitaire inflammatoire dans les poumons, ce qui peut nous rendre malades.

- Deux types de réponse inflammatoire peuvent nous rendre malades : la réponse dite allergique, comme l’asthme, ou une réponse inflammatoire retardée qui survient dans les heures ou le lendemain de l’exposition à une certaine quantité de ces composés organiques volatils. Dans ce deuxième cas, il s’agit plutôt d’une irritation plutôt que d’une allergie. C’est une réaction inflammatoire où les hormones inflammatoires sont relarguées dans le poumon, ce qui peut entraîner un sentiment d’inconfort, des maux de tête ou de gorge, de la fatigue, mais sans symptôme très précis. C’est cette réaction inflammatoire qu’on appelle souvent le syndrome des édifices à bureaux.

- Faut-il démolir toutes les écoles touchées par un problème de moisissures? Avant de penser à raser tous ces édifices, dont plusieurs sont des édifices qui font partie de notre patrimoine architectural, il faut savoir que la clé, c’est la présence d’eau. Pas d’eau, pas de champignon ni de production de composés organiques volatils.

- Ce qu’il faut faire avant tout, c’est couper les infiltrations d’eau et empêcher la condensation à l’intérieur des édifices en hiver. Dans certains cas, les édifices mettront des années à sécher : il faut alors intervenir rapidement afin de couper l’eau aux champignons. On peut aussi agir sur la circulation d’air, en envoyant l’air vicié à l’extérieur et en le remplaçant par de l’air frais, sans composés organiques volatils. Certains systèmes de traitement de l’air, à l’ozone ou aux rayons ultraviolets par exemple, peuvent être installés dans les systèmes de ventilation. Ces approches ont fait leurs preuves dans plusieurs pays d’Europe, mais elles sont malheureusement très peu connues et utilisées ici.

- Et dans les maisons, vaut-il la peine de payer des laboratoires privés pour échantillonner la qualité de notre air? Non, croit le Dr Marchand, car en raison de l’omniprésence des moisissures, ça ne sert avant tout qu’à faire peur aux gens.