Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Robert Jourdain : être sans domicile fixe après 55 ans

Émission du 3 avril 2014

Depuis une dizaine d’années, le visage de l’itinérance se modifie. La rue n’est plus le bastion exclusif des marginaux, toxicomanes, alcooliques et des personnes atteintes de maladie mentale. On voit maintenant apparaître une clientèle bien différente : des personnes âgées « ordinaires » qui ont travaillé toute leur vie et qui, subitement, se retrouvent prises dans une spirale de pauvreté dont elles ne réussissent pas à s’extirper.

Aujourd’hui âgé de 66 ans, Robert Jourdain n’aurait jamais imaginé qu’il aurait pu un jour se retrouver à la rue. Relieur de métier, il a mené une carrière exemplaire. Sa réputation professionnelle était telle qu’elle dépassait les frontières du Québec. Il a travaillé dans de grandes bibliothèques européennes, en France et en Grèce notamment. Aucun signe qu’à l’âge de 60 ans, sa vie serait appelée à basculer.

Dans le cas de Robert Jourdain, c’est un problème de santé qui l’a entrainé dans cette spirale infernale. Diagnostiqué pour un cancer de la prostate, il a dû attendre une année avant de subir une intervention chirurgicale, période au cours de laquelle le stress et l’anxiété ont pris le dessus sur lui. Se réfugiant dans l’alcool, il a peu à peu perdu le contrôle de sa destinée. Sans revenu, ses économies ont fondu et il n’avait désormais plus d’argent pour se loger.

Pendant quelque temps, Robert a pu compter sur son réseau social pour l’héberger de manière temporaire, notamment chez une amie qui lui a prêté sa chambre pendant qu’elle était en voyage. Mais après avoir épuisé tous ses recours, Robert a dû faire face à l’évidence : il était désormais itinérant. Prenant son courage à deux mains, il a pris le chemin de la Maison du Père où il est allé chercher refuge.

Robert n’avait pourtant rien de l’allure d’un itinérant : toujours propre et bien mis, il s’assurait de conserver sa dignité, au point où même d’autres itinérants venaient lui demander de l’argent. Il était pourtant tout aussi démuni qu’eux… Pendant un certain temps, il a alterné entre la Maison du Père et la Maison Bon Accueil. Mais comme il ne pouvait pas séjourner plus d’un certain temps dans le même refuge, il a parfois dû faire preuve d’ingéniosité, en se réfugiant par exemple dans la salle d’attente d’un hôpital pour y passer la nuit discrètement.

Le PAS de la rue

Heureusement, le cauchemar de Robert Jourdain a pris fin après quelques mois, lorsqu’il a découvert l’existence de l’organisme Le Pas de la rue qui vient en aide aux personnes itinérantes de 55 ans et plus. Après leur avoir envoyé un courriel de désespoir — « Je n’ai nulle part où vivre ou mourir… » —, il a immédiatement reçu une invitation à se rendre à leurs locaux où il a été accueilli à bras ouverts. Peu à peu, il a été guidé par les intervenants dans une démarche de réinsertion sociale.

Malgré cette fin heureuse, l’histoire de Robert Jourdain n’est malheureusement pas une exception : un nombre croissant de baby-boomers qui ont travaillé toute leur vie se retrouvent à rejoindre les rangs de l’itinérance. Mais comment se fait-il que la vie d’une personne puisse à ce point basculer?

Sébastien Payeur, directeur du PAS de la rue, nous explique qu’il existe plusieurs facteurs qui peuvent causer une rupture dans la vie d’une personne et l’entraîner dans la spirale de l’itinérance. Bien souvent, des raisons de santé sont en cause : dépression majeure, troubles cardiaques, maladies chroniques… « Certaines personnes avaient des emplois normaux, ou même de bons emplois dans certains cas, et se retrouvent du jour au lendemain, ou après quelques mois de pépins de santé physique ou après une perte d’emploi (…) à ne plus trouver leur place et à ne plus trouver d’emploi pendant une période prolongée. »

Des services ciblés pour les gens de 55 ans et plus

Pour aider une personne âgée à sortir de l’itinérance, il n’y a pas de recette magique, souligne Sébastien Payeur. Pour s’adapter aux différentes facettes de leur situation, l’organisme a développé un « continuum de soutien intégré de la rue jusqu’au logement ». Des intervenants travaillent directement dans les rues, les stations de métro et les endroits où se réfugient les itinérants pour les rencontrer et éventuellement les guider vers les services du PAS de la rue.

Sur place, toute une gamme de services est disponible pour venir en aide aux personnes âgées itinérantes :
- centre de jour
- services de soutien et de suivi
- sécurité alimentaire
- programme d’action vers l’autonomie (insertion socio-professionnelle adaptée aux 50 ans et plus)

Dans quelques mois, l’organisme entamera une nouvelle étape avec la construction de logements transitoires afin d’aider les gens à retrouver les conditions nécessaires pour « se stabiliser dans leur vie et y rester. »

Avec le recul, Robert Jourdain n’a que de bons mots pour tout le soutien qu’il a reçu au PAS de la rue. Même s’il est maintenant tiré d’affaire et qu’il a réussi à stabiliser sa vie, il demeure très lié au personnel qui lui est venu en aide lorsqu’il était en détresse. Sans leur aide, il est certain qu’il n’aurait pas réussi à s’en sortir par lui-même.

Le mot de nos animateurs

L’itinérance est une problématique en pleine expansion qu’on ne peut pas se permettre d’ignorer. À l’Université du Québec à Montréal, le professeur Jean Gagné effectue une recherche sur l’itinérance qui devrait être publiée prochainement. Son constat : 38 % des baby-boomers arrivent à l’âge de la retraite en état de grande précarité alors qu’au début des années 2000, c’était environ 10 %. Les personnes âgées sans abri, on risque donc d’en voir de plus en plus.