Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Projet Volte-face : redonner un visage à ceux qui n'en ont pas les moyens

Émission du 3 avril 2014

Il y a de ces personnes qui viennent au monde avec un tel bagage d’épreuves qu’on ne peut s’empêcher d’y voir la démonstration implacable que la vie est une loterie bien cruelle. Marika Lepage est de celles-là : orpheline et atteinte d’une déficience intellectuelle légère, elle a aussi eu la malchance de grandir avec une déformation de la mâchoire extrêmement importante. Cette déformation lui a causé de nombreux problèmes de santé, mais également un grave préjudice social.

Pour retrouver une apparence plus acceptable socialement, Marika aurait eu besoin d’une chirurgie maxillo-faciale, mais les coûts financiers d’une telle opération (jusqu’à 50 000 $) étaient bien au-delà de la capacité de payer de sa famille d’accueil. Et comme il s’agissait d’une opération considérée comme « esthétique », elle n’aurait pas été couverte par l’assurance-maladie. Marika a toutefois eu la chance de croiser sur son chemin des anges gardiens : deux médecins exceptionnels, le dentiste Albert Kakon et le chirurgien maxillo-facial René Caissie. Dans le cadre du projet Volte-face, ils ont offert à Marika la possibilité de retrouver un nouveau visage… et une nouvelle vie!

Médicalement parlant, Marika souffrait de dysmorphose craniofaciale. Sa mâchoire supérieure était très avancée, par rapport à la mâchoire inférieure, ce qui lui déformait complètement le profil du visage. « Ce n’est pas quelque chose qui est considéré comme un handicap, explique le Dr René Caissie, chirurgien maxillo-facial. Mais si c’est excessivement envahissant chez le patient, ça affecte toute sa vie. Ça part de l’école et ça le suit tout au long de sa croissance et jusqu’à sa vie adulte. Mais même dans les cas où ça a un impact très grave pour un patient, ce n’est pas quelque chose, dans la grande majorité des cas, qui est pris en charge par le gouvernement. »

« Le problème, c’est que la laideur ou la beauté, c’est subjectif, ajoute le Dr Albert Kakon, dentiste. On ne peut donc pas avoir des critères scientifiques pour déterminer qui est laid et qui est beau. Nous on peut le savoir, les patients vont le savoir, mais pour les gouvernements, je pense que c’est plus difficile. (…) Alors nous, on essaie d’aider ceux qui ne sont pas aidés par la vie. »

La dysmorphose craniofaciale de Marika lui causait pourtant des problèmes qui dépassaient la sphère esthétique, notamment des problèmes reliés à l’alimentation et des infections chroniques de la bouche. « Mais même dans des cas qui causent ce genre de problèmes, ce ne sont pas des frais de santé qui sont couverts parce que ça appartient au monde dentaire, explique le Dr René Caissie. Ce sont des frais qui sont assurables par des compagnies privées, mais qui ne sont pris en charge que de façon partielle par la Régie de l’assurance-maladie. »

Le projet Volte-face

C’est pour aider des personnes comme Marika que les Drs Albert Kakon et René Caissie œuvrent bénévolement dans le Projet Volte-face. Cette organisation vient en aide à des patients issus de milieux économiques défavorisés et qui sont affligés de déformations importantes au niveau du visage. Les patients sélectionnés bénéficient d’une prise en charge par une équipe multidisciplinaire du début jusqu’à la fin de l’aventure. Pour que les personnes soient éligibles à bénéficier de ce programme, elles doivent toutefois être atteintes d’une dysmorphose vraiment importante. « C’est certain qu’on ne va pas faire un avancement mandibulaire de 2 millimètres qui ne fait pas vraiment une différence substantielle dans la vie du patient précise le Dr René Caissie. On cherche vraiment des cas qui sont en marge de la société. »

Si une chirurgie maxillo-facile est aussi dispendieuse, c’est qu’elle nécessite toute une série de traitements médicaux : de la dentisterie, de l’orthodontie,de la parodontie, puis ensuite la reconstruction maxillo-faciale. Dans le cas de Marika, elle a dû suivre des traitements d’orthodontie pendant un an avant de subir deux chirurgies maxillo-faciales.

Le mot de nos animateurs

Ça fait chaud au cœur de voir que des professionnels comme les Drs Kakon et Caissie acceptent de donner bénévolement de leur temps à des gens qui en ont besoin. Au cours des deux dernières années, le Dr Caissie a opéré une dizaine de personnes. Il aimerait que tous les médecins qui exercent la même spécialité que lui en fassent autant. Ils sont 90 au Québec : si chacun d’entre eux prenait 5 patients par année, c’est 450 personnes annuellement à qui on pourrait redonner un nouveau visage. Un objectif très réaliste, selon ces deux médecins.