Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Est-ce une bonne idée de vapoter pour cesser de fumer ?

Émission du 11 septembre 2014

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La cigarette électronique a vraiment défrayé la manchette cet été. Pour certains, elle est devenue le nouvel ennemi public #1 tandis que pour d’autres, il s’agit d’une percée spectaculaire en matière de santé. Même si elle suscite beaucoup de réactions dans le milieu antitabac, la cigarette électronique reçoit au contraire un accueil très favorable chez de nombreux spécialistes et intervenants œuvrant dans le milieu de la santé.

Ancien fumeur indéfectible, Denis Guillemette n’aurait jamais pu imaginer que la cigarette électronique allait lui sauver la vie. Après avoir traversé un premier cancer, il s’était fait formellement avertir que s’il ne cessait pas de fumer, il se dirigeait tout droit vers une récidive. Mais en dépit de tous ses efforts, il ne réussissait jamais à «écraser» définitivement la cigarette dite «tabagique», jusqu’à ce qu’il découvre la cigarette électronique…

Directeur de la clinique d’arrêt tabagique à l’Institut thoracique de Montréal (CUSM), le Dr Gaston Ostiguy considère que la cigarette électronique est un outil extraordinaire pour lutter contre le tabagisme. Dans sa pratique quotidienne, il rencontre régulièrement des patients comme Denis Guillemette qui sont tout simplement incapables de mettre fin à leur dépendance au tabac. Souvent jugés pour leur manque de volonté, ces patients reçoivent très peu d’empathie de leur entourage : «Fumer, c’est une maladie chronique, soutient-il. C’est plus qu’une habitude. C’est une dépendance et il faut l’aborder comme telle.»

Au sujet de la cigarette électronique, le Dr Ostiguy est formel : tous ses patients fumeurs qui ont fait l’essai de la cigarette électronique ont complètement abandonné la cigarette tabagique. «À 100 %, confirme-t-il. Certains d’entre eux continuent à prendre d’autres médicaments comme le Wellbutrin, le Champix ou les timbres de nicotine, dans le but d’éventuellement cesser de fumer ou de “vapoter”».

Une méthode de remplacement du tabac beaucoup plus efficace que les autres

Quand le Dr Ostiguy compare le succès des cigarettes électroniques avec celui des autres approches courantes – comme le remplacement de nicotine, il est clair que ces dernières ne font pas le poids. Après un an, plusieurs de ces méthodes n’atteignent pas un succès de plus de 20 %. Dans le cas du Champix ou du Ziban, le succès est plus élevé, mais il demeure tout de même inférieur à 50 %, précise-t-il.

Toxicologue du tabac, André Castonguay nous explique pourquoi la cigarette électronique est beaucoup plus populaire chez les fumeurs que les autres méthodes de remplacement du tabac : elle permet à la nicotine d’atteindre le cerveau beaucoup plus rapidement qu’avec un timbre transdermique ou une gomme, ce qui entraîne un sentiment de satisfaction plus important.

En plus de combler les besoins des fumeurs en nicotine, le Dr Ostiguy considère que la cigarette électronique permet également de préserver le «rituel main-bouche», ce qui est souvent très important pour les fumeurs. Ce qui demeure inconnu par contre, souligne-t-il, c’est l’efficacité de cette méthode : «Ce qu’on sait à l’heure actuelle, c’est que les gens ont abandonné la cigarette tabagique. Mais est-ce qu’il y aura des rechutes? Pour le moment, le recul n’est pas assez long pour affirmer une telle chose.»

Une cigarette moins nocive

Malgré l’incertitude qui demeure sur l’efficacité à long terme de la cigarette électronique comme méthode d’arrêt tabagique, le Dr Ostiguy est formel : troquer une cigarette tabagique pour une cigarette électronique entraîne de nombreux bienfaits pour la santé des fumeurs, tout spécialement l’amélioration de la respiration et la performance à l’exercice.

Pourquoi la cigarette électronique est-elle moins nocive pour la santé que la cigarette tabagique? «La cigarette électronique ne génère pas de monoxyde de carbone, explique le Dr Ostiguy. Et le monoxyde de carbone est l’un des agents qui causent les maladies cardio-vasculaires, incluant les maladies du cœur.»

En adoptant la cigarette électronique, un fumeur va donc diminuer son risque de développer des maladies cardio-vasculaires. Ses risques de cancer vont également être réduits, et ce, de plusieurs dizaines de fois, précise André Castonguay.

La cigarette tabagique contient d’ailleurs 69 produits cancérogènes, alors que la cigarette électronique n’en contient que 11.

Pour le Dr Ostiguy, il est important de faire la part des choses entre les méfaits causés par la nicotine et ceux qui sont causés par le tabac : «La nicotine n’a jamais causé de cancer du poumon. Elle ne cause pas de maladies cardio-vasculaires, ni de problèmes métaboliques, ni de maladies pulmonaires obstructives chroniques. Mais malheureusement, oui, elle cause une dépendance. Par contre, elle ne rend pas les gens malades. Alors, pour les gens qui ont une maladie causée par le tabac, pourquoi ne pas leur offrir de la nicotine sous une forme acceptable et agréable, afin d’aider à traiter leur maladie sous-jacente? Ici, nous sommes un hôpital de problèmes respiratoires. Si les gens cessent de fumer la cigarette de tabac, on va diminuer de 40 % à 45 % le nombre d’hospitalisations ou de visites à l’urgence. Et un malade qui est hospitalisé pour une exacerbation de sa maladie obstructive chronique, c’est plus long qu’un séjour en cardiologie.»

Des arguments contre

La cigarette électronique ne fait toutefois pas l’unanimité. Certains considèrent qu’il s’agit pour les jeunes d’une voie d’entrée vers la cigarette tabagique. Pour le Dr Ostiguy, cet argument ne tient pas, car des études européennes auraient démontré que les utilisateurs de la cigarette électronique sont déjà des fumeurs de la cigarette tabagique. À peine 0,5 % des jeunes se dirigeraient d’emblée vers la cigarette électronique.

D’autres soutiennent que la cigarette électronique ne permet pas de diminuer la consommation de cigarettes tabagiques. Un autre argument qui ne tient pas, selon le Dr Ostiguy : en France, entre 2012 et décembre 2013, la vente de cigarettes a diminué de 7 % : «Jamais aucune intervention n’a été aussi facile que ça», soutient-il.

Le Dr Ostiguy est également peu effrayé par l’idée qu’avec la cigarette électronique, les fumeurs pourraient demeurer dépendants de la nicotine pour le reste de leur vie. Tout en reconnaissant que ce n’est pas l’idéal, il s’agit selon lui d’une situation comparable à celle vécue par des patients qui prennent des médicaments toute leur vie pour traiter une maladie chronique. «En autant que ça n’affecte pas leur santé, tant mieux, soutient-il. C’est un moindre mal!»

Des produits non réglementés

Un problème majeur est toutefois réel, soutient-il : la qualité des produits vendus sur le marché. Étant donné que les cigarettes électroniques ne sont encadrées par aucune réglementation de Santé Canada, il est impossible de garantir aux fumeurs la qualité et l’innocuité des produits contenus dans les cigarettes électroniques.

Il est important de savoir que la cigarette ne contient pas seulement de la nicotine, mais aussi deux solvants : le propylène glycol et le glycérol (glycérine végétale). «Lorsque ces deux produits sont chauffés, ils génèrent des produits organiques volatils, dont le formaldéhyde, explique le toxicologue André Castonguay. Or, le formaldéhyde est reconnu comme un cancérogène humain. Et la cigarette électronique contient également deux produits aromatiques qui sont cancérogènes, ainsi que trois métaux : le cadmium, le nickel et le plomb.» Il est toutefois important de noter que ces produits sont de 10 à 400 fois plus faibles dans la cigarette électronique que dans la cigarette de tabac.

La cigarette électronique devrait-elle être réglementée? Pour André Castonguay, il est clair qu’il faudrait interdire la vente de cigarettes électroniques aux mineurs, tout comme sa consommation sur les lieux publics et en milieu de travail.

Le mot de nos animateurs

Le Canada est aux prises avec un important flou réglementaire entourant la cigarette électronique.

Actuellement, il est interdit de vendre des cigarettes électroniques qui contiennent de la nicotine. Mais les commerçants ont trouvé une astuce pour contourner ce flou juridique, en vendant la cigarette électronique séparément du petit pot qui contient la nicotine. Le problème qui se pose toutefois, c’est que le contenu de ce petit pot en question n’est ni réglementé ni contrôlé : on n’a aucune idée de ce qu’on consomme.