Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Mamans taille 0

Émission du 11 septembre 2014

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L’obsession de la minceur touche aujourd’hui une nouvelle tranche de la population : les femmes enceintes! Certaines d’entre elles ont si peur de prendre trop de poids qu’elles se lancent dans un régime ou le surentraînement physique dès le début de leur grossesse… au point où certaines vont même perdre du poids plutôt que d’en gagner.

Gynécologue-obstétricienne, la Dre Janie Benoît confirme que cette tendance est bien réelle dans sa clientèle. Il ne s’agirait pas, selon elle, d’un fait nouveau, puisqu’il existe depuis plusieurs années. Elle croit toutefois que le problème prend de l’ampleur en raison non seulement de la pression sociale et médiatique, mais aussi de celle que les femmes se mettent elles-mêmes pour avoir un «parcours parfait».

Ce ne sont toutefois pas toutes les femmes qui cèdent à ce piège : «Pendant leur grossesse, plusieurs femmes ressentent la pression de “rester minces”, explique la Dre Benoît. Certaines femmes vont bien gérer cette pression et réussir à atteindre un gain de poids idéal tout en restant en forme, alors qu’une autre catégorie de femmes va avoir beaucoup de difficultés avec cette pression et tenter de limiter la prise de poids avec une alimentation très restreinte.»

Maman taille zéro

Cette tendance porte maintenant un nom : maman taille zéro. «Le phénomène Maman taille zéro fait référence à toutes ces femmes qui se préoccupent de leur poids de manière exagérée pendant la grossesse, explique Fannie Dagenais, nutritionniste et directrice du groupe Équilibre. Évidemment, l’insatisfaction corporelle ne date pas d’hier, mais ce qu’on observe depuis quelques années, c’est qu’il y a une préoccupation particulièrement présente pendant la grossesse – au début de la grossesse et après la grossesse – pour retrouver rapidement sa taille initiale.»

«C’est comme si un microclimat “prominceur” s’était installé autour de la femme enceinte, poursuit Fannie Dagenais, et celle-ci se retrouve confrontée à des idéaux de beauté qui sont propres à sa condition.» À titre d’exemple, Fannie Dagenais cite une image qui a beaucoup circulé sur Facebook cette année, sur laquelle on voit une magnifique mère de trois très jeunes enfants avec un corps d’athlète, chapeautée du slogan «What’s your excuse?». Il s’agit selon elle d’une tendance qui génère beaucoup de culpabilité chez les nouvelles mamans.

Fannie Dagenais reconnaît qu’il existe aussi une tendance plus positive qui met en valeur les rondeurs de la grossesse. On le voit de plus en plus avec la mode des vêtements de maternité très seyants qui font ressortir ces rondeurs plutôt que de les cacher comme on le faisait autrefois, avec des vêtements très amples. «Ça, c’est très positif, reconnaît Fannie Dagenais, c’est comme si on valorisait la grossesse et on donne un statut de beauté au fait d’être enceinte. Mais ça peut créer une pression plus importante si une femme a l’impression que sa prise de poids n’est pas très localisée, que ses cuisses ont pris plus de volume, alors ça peut générer des complexes parce que les vêtements sont plus seyants.»

Les risques pour la santé

Médicalement parlant, il est recommandé qu’une femme enceinte continue à manger au moins trois repas par jour et qu’elle augmente son apport alimentaire de 300 calories par jour, souligne la Dre Janie Benoît.

Lorsqu’une future mère ne prend pas suffisamment de poids pendant sa grossesse, elle court un risque de souffrir de malnutrition, ce qui peut entraîner des retards de croissance intra-utérine ainsi qu’une naissance prématurée. À long terme, le bébé risque également de souffrir de syndrome métabolique, c’est-à-dire un risque accru de haute pression, de maladies cardiaques, de diabète et d’obésité.

Cette nouvelle tendance ne s’expliquerait toutefois pas seulement par la pression médiatique et sociale. Le personnel médical aurait également un rôle à jouer dans la culpabilisation des futures mamans face à leur prise de poids, soutient Fannie Dagenais. Des études ont d’ailleurs démontré que certaines femmes angoissent et tentent de contrôler leur apport alimentaire dans les jours précédant une visite de suivi de grossesse, par peur de se faire réprimander par leur médecin.

Cette tendance ne se limite malheureusement pas au Québec et elle est présente dans plusieurs pays. En Angleterre, le ministère de la Condition féminine a d’ailleurs mis sur pied des visites d’infirmières qui font du porte-à-porte afin de rencontrer des futures mamans et de parler d’image corporelle.