Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Le cancer et l’environnement : vivons-nous dans un monde qui rend malade?

Émission du 30 novembre 2006

Une étude récente effectuée par l’Agence de la santé publique du Canada nous apprenait que le cancer du testicule, assez méconnu puisqu’il ne représente que moins de 2 % des cancers masculins, est en assez forte augmentation, soit autour de 2 % par année. Et c’est vrai partout en Occident. Ce cancer frappe souvent de très jeunes hommes. La plus célèbre victime de ce cancer est sans doute le cycliste Lance Armstrong. Dans son cas, toutefois on peut penser que d’autres causes que l’environnement ont pu jouer un rôle.

Depuis déjà plusieurs années, on entend parler de liens possibles entre la pollution, particulièrement par certains produits chimiques, et des maladies comme le cancer. Il est établi clairement que les agriculteurs exposés aux pesticides ont trois fois plus de risques de souffrir d'une tumeur cérébrale. D’autres chercheurs avancent qu’au moins 10 % des cancers du poumon seraient dus à la pollution urbaine de l'air. C’est un lien qui n’est pas toujours facile à établir. Les études se contredisent, et le cancer est souvent le résultat d’une multitude de causes.

Cette semaine, nous avons rencontré un jeune athlète d’ici qui a dû affronter le terrible diagnostic d’un cancer du testicule.

Notre témoin: Érik Poirier

Érik Poirier est un jeune homme de tout juste 25 ans. Il est étudiant à l’Université de Montréal et joue au football pour l’équipe de l’université, Les Carabins. Il y a de cela 3 ans, une douleur dans le bas du ventre l’incite à passer un examen médical : à une semaine de ses examens de fin de trimestre, il reçoit ses résultats; le diagnostic : cancer des testicules. Il apprend du même coup qu’il devra subir l’ablation d’un testicule 2 jours plus tard. 
«J’ai beaucoup d’amis qui ont pensé le pire, que je tomberais en dépression, que je ne me sentirais plus comme un homme. Ça n’a pas été le cas pour moi, j’ai continué comme avant. L’opération a été un succès.» Érik subit une rechute à l’hiver 2004 nécessitant une autre intervention chirurgicale et de la chimiothérapie. Mais aujourd’hui, tout semble bien se passer pour lui. Cela fait 3 ans depuis sa dernière rechute (on parle de 5 ans pour qualifier la rémission de complète). Mais même si les chances de survie en général sont très élevées, autour de 97 %, il n’en reste pas moins que c’est un cancer et qu’il peut s’étendre à d’autres organes ou récidiver. Et l’incidence de ce type de cancer inquiète suffisamment les médecins qu’ils jugent bon alerter l’ensemble de la population sur l’importance du dépistage.

L’augmentation du cancer des testicules va de pair avec l’augmentation d’autres problèmes du système reproducteur masculin, dont la cryptorchidie – la non descente des testicules- ainsi que le nombre de cas d’infertilité dus à une sous-production de spermatozoïdes. Un lien a été établi entre ces problèmes et la contamination des foetus aux phtalates, produits que l’on utilise comme assouplisseur des matières plastiques. Ils sont présents partout. Les phtalates sont  utilisés dans bon nombre de nos biens de consommation. On en retrouve aussi bien dans les pellicules de plastique que dans les produits cosmétiques, desquels ils peuvent être libérés.  La contamination des fœtus aux phtalates passe par les mères lesquelles, au contact des produits plastiques, les absorbent par la peau.

Mme Louise Vandelac est professeure au département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal et chercheuse en environnement :
«Il y a plus de 400 millions de tonnes de produits chimiques dans l’environnement et un certain nombre sont associés à des anomalies, à des cancers. La difficulté est d’établir le rapport de cause à effet dans l’apparition de tel ou tel cancer. Les phtalates en font partie.» Selon elle, il faut mettre de l’avant le principe de précaution, comme cela se fait en Europe où les phtalates ont tout simplement été interdits dans les jouets pour enfants faits de matière plastique. Mme Vandelac trouve le Canada bien lent à cet égard. Et les moyens, en recherche,  n’y sont pas pour s’assurer de l’innocuité de ces produits chimiques.

Au début septembre, Action Cancer Ontario et l’Agence de la santé publique du Canada ont rendu public un important rapport portant sur le cancer chez les jeunes adultes âgés de 20 à 44 ans. Il s’agit de la plus importante étude du genre au Canada. On y apprend que chez les hommes, le cancer devenu le plus courant est celui du testicule. Les deux autres cancers les plus courants sont les lymphomes et les mélanomes. Chez les femmes, le cancer le plus courant est toujours le cancer du sein. Les deux autres cancers les plus courants sont le cancer du col de l’utérus et le cancer de la thyroïde. Et le cancer du poumon est en hausse chez les jeunes femmes. Ce cancer est maintenant plus fréquent chez les jeunes femmes que chez les jeunes hommes et elles en meurent plus souvent. Le cancer de la thyroïde, en fait, est en hausse autant chez les hommes que chez les femmes, mais touche plus souvent les femmes.

Quand à agir sur les causes mêmes, ça peut sembler impossible. Comment s’attaquer à la pollution environnementale? Pourtant, certaines personnes décident de passer à l’action. Quand on parle de prévention du cancer, habituellement on nous dit de changer nos habitudes de vie pour améliorer nos chances face à cette terrible maladie. Dans le cas du cancer du testicule, dont l’origine est liée au développement intra-utérin, est-ce qu’il faudrait réussir à bannir de notre environnement tous les produits chimiques qu’on soupçonne au moins partiellement d’être responsables de la hausse de ce cancer? Ça peut sembler exagérément optimiste d’y arriver, du moins à court terme!

Mais il y a des gens qui décident parfois que ça en vaut la peine et qui entreprennent de se battre! C’est le cas d’Édith Smeesters, biologiste et fondactrice de la Coalition pour les alternatives aux pesticides. Elle lutte depuis près de 30 ans contre l’utilisation des pesticides sur les gazons à cause des liens entre ces substances toxiques et certains cancers. C’est entre autres à cause d’elle qu’aujourd’hui, plusieurs municipalités au Québec n’utilisent plus de pesticides pour arroser les gazons.
«C’est difficile d’aller à l’encontre des intérêts économiques. Les arguments pour la santé doivent être d’autant plus forts. Mais les gouvernements agissent en réponse aux citoyens. Souvent les citoyens sont en avance, ils ont une vision plus globale. Il faut être très persistants.»

On n’a pas fini de s’inquiéter des liens possibles entre les toxiques présents dans l’environnement et les cancers. Et on espère que nos gouvernements vont adopter le plus vite possible ces mêmes principes de précaution qui existent déjà en Europe. Par ailleurs, le 18 octobre dernier, la Société de recherche sur le cancer, organisme à but non lucratif qui amasse des fonds pour la recherche, annonçait justement le lancement du Fonds Environnement-Cancer qui veut soutenir la recherche entre nos milieux de vie et le développement des cancers. Une bonne nouvelle!

Ressources :

La Société de recherche sur le cancer : Fonds Environnement-Cancer
www.src-crs.ca/main.php?land=1&id=306

Rapport de Action cancer Ontario
www.cancercare.on.ca

Coalition pour les alternatives aux pesticides
www.cap-quebec.com