Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Allergies alimentaires : est-ce qu'on exagère ?

Émission du 18 septembre 2014

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Les allergies alimentaires sont en pleine expansion, non seulement au Québec, mais dans l’ensemble des pays industrialisés. Le nombre de personnes allergiques est devenu tel qu’on parle aujourd’hui d’un véritable problème de société. Pourquoi? Parce que dans bien des cas, ces allergies peuvent être mortelles et que les établissements publics, comme les garderies et les écoles, sont de plus en plus interpellés par ce problème. En effet, avec un nombre croissant d’enfants qui présentent des allergies alimentaires, potentiellement mortelles dans plusieurs cas, ces institutions n’ont pas d’autre choix que de s’adapter à cette nouvelle réalité pour assurer la sécurité des enfants dont ils ont la responsabilité.

À 3 ans, Thomas va à la garderie et s’amuse comme tous les enfants de son âge. Mais il est encore trop jeune pour comprendre que le quotidien de ses parents est particulièrement complexe en raison de ses allergies alimentaires. Et pour cause : Thomas est allergique à 15 aliments et un simple contact avec un seul de ces allergènes peut lui causer une réaction très sévère.

La maman de Thomas, Annie Boisvert est devenue extrêmement stricte sur les règles d’hygiène entourant les aliments depuis que Thomas a fait une réaction anaphylactique si sévère que l’ambulance a dû venir le chercher à la garderie. Soucieuse que son petit Thomas traîne les mains quelque part où pourraient se cacher des traces d’un allergène, elle s’assure que les surfaces que son enfant peut toucher sont systématiquement nettoyées. Consciente que ces mesures peuvent sembler exagérées aux yeux d’autrui, Annie Boisvert ne s’en soucie pas. Il s’agit pour elle d’un passage obligé, pour assurer la sécurité de son fils pendant qu’il est encore en âge de mettre dans sa bouche ses doigts ou d’autres choses qui pourraient être contaminées.

Thomas est un cas extrême. Mais il n’en demeure pas moins que les allergies alimentaires sont en pleine augmentation dans la population québécoise. Entre 2000 et 2010, elles ont bondi de 3,6 % à 5,1 %. Inquiètes qu’un incident grave puisse survenir, des écoles bannissent maintenant certains allergènes des menus offerts aux élèves ou des boîtes à lunch. Mais tout cela ne serait-il pas un peu exagéré?

Pour Marie-Josée Bettez, directrice de l’association Déjouer les allergies, il est clair que non, le problème n’est pas exagéré et doit au contraire être pris très au sérieux. «Le problème avec les allergies alimentaires, c’est qu’elles sont imprévisibles, soutient-elle. Le pire peut arriver et parfois le pire se produit. Les allergies alimentaires, c’est un problème de santé important qui peut avoir des conséquences dramatiques. De plus, la marge de manœuvre des personnes qui ont des allergies alimentaires est très limitée, car on peut réagir à la moindre trace avec une réaction qui peut être grave.»

Des allergies multiples

Pédiatre-allergologue à l’Hôpital de Montréal pour enfants, la Dre Marie-Noël Primeau nous confirme que le problème des allergies alimentaires est en pleine expansion, comme il l’est dans d’autres pays industrialisés. La Dre Primeau nous souligne d’ailleurs que dans sa pratique, elle voit beaucoup d’enfants aux prises avec des allergies multiples : 2,5 % des enfants seraient touchés par des allergies multiples, selon les dernières statistiques.

Les allergies multiples sont très complexes à gérer pour les familles touchées, explique la Dre Primeau, et tout spécialement lorsque les allergènes sont des aliments très présents dans l’alimentation, comme le lait, les œufs, le blé ou le soya.

Traquer les allergènes partout, partout, partout

Pour des familles comme celle de Thomas, le contact avec un allergène peut être fatal. C’est pourquoi Annie Boisvert ne lésine plus sur aucun moyen pour s’assurer que son fils ne soit pas en contact avec des allergènes. À la maison, par exemple, son garde-manger ne contient aucun allergène qui pourrait nuire à Thomas : soya, légumineuse, arachides, noix, fruits de mer, moutarde, sésame, fraises, tomates, œufs et latex. Aucun chien, chat ou grain de pollen n’est toléré dans la maison.

L’intérieur de la maison demeure toutefois plus contrôlable que l’extérieur. C’est pourquoi les parents ont décidé de ne plus emmener Tomas manger au restaurant ou dans des lieux où il pourrait être exposé à des allergènes ou à un risque de contamination croisée. Heureusement pour eux, ils ont la chance de pouvoir compter sur l’étroite collaboration du Centre de la petite enfance L’île aux trésors, où va Thomas chaque jour.

Dans ce CPE, les allergies alimentaires sont prises très au sérieux. Les allergènes les plus courants sont complètement bannis de la cuisine. Mais pour un cas extrême comme Thomas, il a fallu mettre en place des mesures plus strictes pour éviter un risque de contamination croisée. Thomas mange donc seul à l’extérieur du groupe et sa mère lui prépare un lunch quotidiennement. Pour lui offrir un peu de compagnie, un petit ami est parfois autorisé à manger avec lui, mais l’ami en question doit impérativement manger un lunch préparé par la mère de Thomas, donc garanti sans allergène.

Un problème de société

Pour la Dre Primeau, il est clair que les allergies alimentaires sont devenues un problème de santé publique majeur : «Ça ne touche pas que les enfants allergiques, ça touche tous les gens autour d’eux : les frères, les sœurs et les milieux qui s’occupent d’eux. Ça a des répercussions collatérales importantes.»

Marie-Josée Bettez est elle aussi d’avis qu’il s’agit d’un problème de santé publique qui interpelle l’ensemble de la société. Mais il reste beaucoup à faire pour que le problème soit géré adéquatement : «Le problème au Québec à l’heure actuelle, c’est le manque d’uniformité. Dans les écoles, primaires et secondaires, il n’y a pas de politique globale provinciale de gestion des allergies alimentaires. Ça veut dire que chaque commission scolaire peut établir son propre protocole. Certaines écoles gèrent ça très bien, tandis que d’autres le gèrent beaucoup moins bien.»

«Les allergies alimentaires, c’est un phénomène de société, c’est une réalité, poursuit-elle. Ça touche environ 72 000 élèves au Québec. Comme société, on ne peut plus simplement nier cette réalité et détourner le regard. Il faut y faire face.»

Dans les écoles

En 2011, un événement dramatique est venu rappeler la gravité du problème que représentent les allergies alimentaires dans les écoles. Dans une école de Pointe-aux-Trembles, une petite fille de 6 ans est décédée des suites d’une réaction anaphylactique. «Le problème, c’est que les éducatrices n’ont pas su reconnaître les symptômes d’une allergie alimentaire grave, raconte Marie-Josée Bettez, et l’ambulance a été appelée 45 minutes après le début de la réaction, alors qu’il était trop tard.»

Pour diminuer le risque que de tels événements se répètent, un nombre croissant d’écoles bannissent certains allergènes des menus de la cafétéria et des boîtes à lunch des enfants. Auparavant, seules les noix et les arachides étaient bannies, car il s’agit des allergènes les plus courants chez les enfants. Mais dans certaines écoles, la liste d’aliments interdits s’allonge de plus en plus. S’agit-il de la bonne approche? Pour Marie-Josée Bettez et la Dre Marie-Noël Primeau, non, ce n’est pas la bonne solution. Toutes les deux s’accordent à dire que plutôt que de bannir tous les allergènes de l’école, il faut plutôt miser sur la formation du personnel pour s’assurer qu’il soit en mesure de bien reconnaître une réaction allergique et qu’il sache comment utiliser un ÉpiPen.

Plusieurs voix s’accordent d’ailleurs à dire que le Québec gagnerait à s’inspirer de l’Ontario qui a mis sur place une loi sur la gestion des allergies alimentaires à l’école. Cette loi a été mise en place en 2006 à la suite de la mort d’une petite fille, elle aussi décédée d’une allergie alimentaire à l’école. Cette loi préconise que toutes les écoles ontariennes aient un plan d’intervention en cas de réaction allergique grave, que le personnel soit formé pour réagir à ces situations et que chaque enfant qui présente une allergie alimentaire grave soit personnellement encadré par la direction de l’école. Cette loi ne préconise toutefois pas l’interdiction d’aliments en particulier. Au Québec, le seul pas qui a été fait dans cette direction a été d’autoriser que des personnes qui ne sont pas du personnel médical puissent administrer de l’adrénaline en cas de réaction allergique grave.

En attendant que le Québec légifère sur la question, Annie Boisvert continue à veiller au grain sur la santé de son petit Thomas. Et elle croise les doigts pour que l’école qui l’accueillera dans quelques années soit aussi vigilante que son actuel centre de la petite enfance.

Le mot de nos animateurs

Les allergies alimentaires représentent potentiellement un problème très grave. Il faut toutefois savoir que certaines allergies peuvent disparaître avec le temps chez les enfants. Entre 70 et 80 % des enfants qui ont des allergies au blé, au lait ou aux œufs ne le seront plus à l’âge de 7 ans. Il est donc très important de faire repasser des tests, pour voir si une allergie perdure ou non. Dans sa pratique médicale, notre animateur le Dr Georges Lévesque est d’ailleurs régulièrement témoin de situations où une personne se dit allergique à quelque chose sans l’être vraiment.

Ressources

Association Déjouer les allergies
http://dejouerlesallergies.com