Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Faut-il dépister de façon plus précoce la maladie d'Alzheimer ?

Émission du 18 septembre 2014

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La maladie d’Alzheimer continue de faire beaucoup de ravages dans la population et malgré tout l’arsenal de la recherche médicale déployée pour la contrer, elle demeure incurable. L’un des problèmes majeurs que pose cette maladie, c’est que le diagnostic arrive trop tardivement. En effet, lorsqu’une personne reçoit un diagnostic officiel, les dommages au cerveau sont déjà très avancés et irréversibles. Est-il possible et souhaitable de dépister la maladie plus tôt ? C’est la question à laquelle notre équipe a tenté de répondre cette semaine.

Directrice du Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal, Sylvie Belleville reconnaît que dans certains cas, il pourrait être utile de réussir à diagnostiquer la maladie d’Alzheimer plus tôt que ce qui se fait actuellement. Mais c’est une question délicate, explique-t-elle, car pour le moment, on ne peut établir un diagnostic qu’à partir de symptômes et non pas de marqueurs biologiques précis. «On veut s’assurer que le diagnostic est donné à une personne qui est vraiment malade, parce que ce n’est pas un diagnostic sans conséquence.»

Pas encore de traitement curatif

Professeur de bioéthique à l’Institut de recherches cliniques de Montréal, Éric Racine se questionne sur l’efficacité d’un éventuel dépistage précoce de la maladie d’Alzheimer, puisque dans l’état actuel des connaissances, on a très peu à offrir aux personnes qui se feraient annoncer qu’elles vont éventuellement développer cette maladie. «C’est difficile en ce moment de savoir s’il y a vraiment des avantages, du moins dans l’absolu de faire un test de pré-diagnostic pour la maladie d’Alzheimer, car il n’y a pas de traitement et on connaît très peu ce qui pourrait permettre de ralentir la maladie.» À son avis, une campagne de dépistage systématique risquerait de causer beaucoup plus d’anxiété et d’angoisse que de bien, puisque les gens sauraient qu’ils sont condamnés à avoir la maladie plusieurs années avant d’en éprouver les premiers symptômes.

La recherche scientifique

Pour Sylvie Belleville, il ne faudrait toutefois pas attendre le développement et la mise au point d’un médicament efficace contre la maladie d’Alzheimer pour développer des outils de dépistage précoce. Car pour développer un médicament efficace, il faut connaître les causes de la maladie. Et pour établir les causes, il faut surveiller ce qui se passe dans le cerveau avant l’apparition des symptômes de la maladie.

Le développement d’un outil de dépistage précoce pourrait donc être d’une grande utilité, du moment qu’il demeure utilisé dans un cadre de recherche scientifique, et non pas de dépistage systématique. «Une des raisons pourquoi on ne réussit pas à trouver de médicament [contre la maladie d’Alzheimer], c’est peut-être parce qu’on fait actuellement la recherche à un stade où il y a déjà beaucoup de changements dans le cerveau. Peut-être que les médicaments ne sont pas dans la bonne fenêtre thérapeutique. Ils n’ont pas d’effet parce que c’est trop tard.»

C’est dans cette optique que Sylvie Belleville a orienté ses travaux de recherche sur le suivi de l’évolution de la mémoire et des processus cognitifs chez des gens qui n’ont pas encore développé de symptômes importants pouvant annoncer la maladie d’Alzheimer.

«Plus on va détecter la maladie de façon précoce, et plus on a des chances d’en connaître les causes. Et pour développer des médicaments, il faut bien connaître les causes. C’est pourquoi je suis profondément persuadée que nous devons faire de la recherche avec des gens qui sont à risque de développer cette maladie. C’est seulement comme ça qu’on va arriver à guérir la maladie.»

Le mot de nos animateurs

La question du dépistage précoce de la maladie d’Alzheimer n’est pas nouvelle. Ce qui a récemment ravivé le débat, c’est qu’un chercheur montréalais, Judes Poirier, et son équipe ont découvert l’existence d’un gène assez répandu dans la population qui procure une protection contre la maladie d’Alzheimer. Si on pouvait activer ce gène, ou reproduire son action, on pourrait probablement faire des progrès significatifs. On pense même qu’on pourrait ainsi réussir à retarder de 5 ans l’apparition de la maladie.