Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Ironman, marathon, est-ce bon pour la santé ?

Émission du 25 septembre 2014

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Depuis quelques années, on voit apparaître plusieurs nouvelles épreuves sportives extrêmes : ultramarathons, courses dans le désert, Ironman. Il s’agit de défis sportifs vraiment très intenses. À Mont-Tremblant, par exemple, un demi-Ironman a eu lieu cet été. Au programme : 2 kilomètres de natation, 90 kilomètres de vélo et 21 kilomètres de course à pied. Et il ne s’agit que d’un demi-Ironman… alors imaginez le programme complet! Face à la prolifération de ces événements sportifs extrêmes, certains se demandent si l’entraînement intensif exigé par ce type de compétition n’est pas néfaste pour la santé.

Juillet 2014. Notre équipe est sur place pour l’ouverture de l’épreuve Ironman 70.3 Mont-Tremblant. 2800 participants s’apprêtent à prendre part à la compétition. Tous semblent fébriles et impatients de commencer l’épreuve. Mais tous sont-ils prêts à affronter un tel défi?

Directeur médical de l’événement, le Dr Marc Gosselin veille au grain pour s’assurer que la clinique soit fin prête à accueillir des participants qui pourraient avoir besoin d’assistance médicale. Pour un demi-Ironman comme celui-là, environ une dizaine de médecins sont sur le parcours. Mais pour un Ironman complet, 35 médecins sont mobilisés. Des infirmières, des inhalothérapeutes, des pharmaciens, des techniciens de laboratoire et des paramédicaux sont également présents sur le circuit pour veiller à la santé de tous les athlètes.

Cardiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal, le Dr Michel White nous confirme qu’on assiste à une prolifération d’événements sportifs extrêmes et que ceux-ci deviennent de plus en plus exigeants pour l’organisme. Dans certains cas, on parle de déca-Ironman : 10 Ironman en 10 jours ! En Europe, certains événements vont même jusqu’à mettre au défi les participants de faire un Ironman par jour pendant… 30 jours!

De telles compétitions sont très exigeantes pour l’organisme, explique le Dr White. Elles vont puiser toutes les réserves mentales, cardio-pulmonaires, énergétiques, immunitaires des athlètes : «Ça a des impacts majeurs au niveau du système neurologique et aussi du système biologique en général.»

La préparation

Malgré tout l’engouement que peuvent susciter de telles épreuves, la prudence devrait être de mise, explique le Dr Gosselin. Dans une compétition de type Ironman moyenne, environ 30 % des participants le font pour une première fois. Et tous ne sont pas toujours adéquatement préparés pour le faire. «C’est un effort à haute intensité quand même. On taxe beaucoup d’énergie au corps. Pour un Ironman, on parle d’environ 9000 calories de dépense énergétique pour faire une telle épreuve.»

Selon le Dr White, ce type de compétition met les participants à risque de vivre un problème cardiaque. Mais s’ils s’entraînent régulièrement, ils diminuent leurs risques de manière considérable. «L’événement sportif n’est pas nécessairement bon pour la santé, il est très exigeant.»

Les risques possibles

L’accident classique qui peut se produire après un événement de type triathlon comme celui-là, c’est le collapsus associé à l’exercice, explique le Dr Gosselin. «L’athlète arrive, il lève les bras au ciel et il s’écroule, décrit-il. C’est très dramatique, mais ça finit presque toujours bien. C’est simplement un relâchement du tonus vasculaire qui fait que le sang se ramasse dans les jambes, la pression baisse et la personne s’écroule.» Dans un cas semblable, l’athlète est pris en charge par l’équipe médicale qui l’amène à la clinique, lui élève les jambes, le réhydrate et lui apporte quelques soins de base. Les athlètes se remettent généralement assez vite d’un tel épisode.

Il arrive aussi parfois qu’un athlète consomme trop d’eau pendant la compétition et se retrouve en état d’hyponatrémie. Autre problème possible : une baisse trop rapide du taux de sodium, ce qui peut mener au développement d’un œdème cérébral. L’athlète peut alors développer une confusion, une léthargie ou même – dans un cas extrême – tomber dans le coma.

Les problèmes digestifs sont aussi très courants, souligne le Dr Gosselin, car le système digestif peut être facilement perturbé par une épreuve sportive aussi extrême qu’un Ironman.

Il arrive aussi malheureusement que des athlètes sont victimes de crises cardiaques. C’est inévitable, puisque les compétitions accueillent des athlètes de tous les âges ayant divers antécédents. Et tous ne sont pas aussi bien préparés à vivre une telle épreuve.

«Le problème explique le Dr White, c’est que si vous n’êtes pas assez en forme, vous allez insulter votre système de manière générale. Vous allez développer des molécules d’inflammation dans votre système. Votre cœur peut en souffrir.» Des études scientifiques ont d’ailleurs constaté, par des techniques d’imagerie, que des individus insuffisamment entraînés pouvaient développer de l’œdème cardiaque, ce qui n’est pas du tout positif.

Y a-t-il des risques à se surentraîner?

Si l’on considère tous ces risques possibles liés à la participation à un événement sportif extrême, le jeu en vaut-il la chandelle? «Est-ce qu’on fait un marathon ou des épreuves physiques du genre pour la santé? demande le Dr White. Je vous dirais non, mais si ces épreuves-là sont suffisantes pour vous stimuler à rester actif, je vous dirais oui.»

Pour le Dr White, les athlètes devraient être spécialement vigilants de ne pas trop s’entraîner, surtout lorsqu’ils sont un peu plus âgés : «Il y a l’effort et l’exercice qui produisent toutes sortes de bénéfices, mais il y a tout de même une certaine usure biologique qui va avec le vieillissement. Et le vieillissement est associé à certains désordres au niveau de l’organisme, qui nous suivent même si on continue à s’entraîner.»

Le Dr White est aussi d’avis que certains athlètes abusent de leur corps en courant 40 ou 50 kilomètres par semaine, en travaillant 60 heures par semaine, et en ne faisant pas attention à leur alimentation : «À ce moment-là, je ne suis pas sûr de l’effet bénéfique d’un exercice aussi intense.»

«Les athlètes savent tous qu’il faut s’entraîner, poursuit le Dr White, mais un des trucs qu’on devrait leur dire, c’est de s’entraîner le moins possible pour atteindre les objectifs qu’ils veulent atteindre. À ce moment-là, on évite beaucoup le surentraînement.»

Le Dr Gosselin est lui aussi d’avis que chez certaines personnes, le surentraînement peut être dommageable pour la santé. Ce serait notamment le cas des personnes qui ont des petits défauts cardiaques, pas très graves à la base, mais qui pourraient être exacerbés par un entraînement physique très intensif. «C’est pour ça qu’on insiste beaucoup sur la pré-évaluation médicale chez les gens qui veulent s’embarquer dans ce type d’aventure là.»

Il ne faut toutefois pas sous-estimer le fait que la participation à de tels événements sportifs entraîne une importante dose de satisfaction personnelle et de sentiment d’accomplissement. Les athlètes que notre équipe a rencontrés dans le cadre de ce reportage ont été nombreux à témoigner de ce plaisir hors du commun.

Le mot de nos animateurs

On dispose de centaines d’études qui démontrent les bienfaits du sport sur la santé. Par contre, quand on parle du surentraînement, les études sont beaucoup plus rares. Il faut dire que c’est un phénomène qui est assez nouveau. Selon le Dr Martin Juneau, cardiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal et collaborateur régulier à notre émission, le bénéfice maximum sur la santé de l’exercice est atteint après 5 heures d’entraînement intense par semaine.

Après 5 heures, l’entraînement pourrait représenter des risques pour la santé, notamment des risques d’arythmie cardiaque. Pas de panique; ces risques ne sont pas si importants et on ne va pas se retrouver avec une hécatombe de triathlètes dans les prochaines années! Il faut toutefois retenir que la pratique d’un sport comporte des risques en soi et que si on souhaite s’entraîner à un niveau d’intensité aussi élevé, on le fait davantage pour sa satisfaction personnelle que pour la santé.