Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Histoire de cas

Femmes enceintes : une clinique qui ne refuse personne

Émission du 9 octobre 2014

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Au Québec, les futures mamans ont intérêt à être zen lorsqu’elles apprennent qu’elles sont enceintes : 1/3 d’entre elles ne réussiront pas à trouver un médecin avant plusieurs semaines de grossesse. Dans certains cas, cette attente peut même aller jusqu’à cinq mois. Cette situation a été dénoncée par le commissaire à la santé et au bien-être des Québécois, dans son rapport de 2012. À la clinique Maizerets, dans l’arrondissement Beauport à Québec, on a choisi de mettre à profit le travail des infirmières pour s’attaquer au problème.

Quand Joanie Truchon-Desrosiers a appris qu’elle était enceinte, elle n’avait pas de médecin de famille. Tout ce qu’elle a réussi à avoir comme suivi médical, c’est une consultation dans une clinique sans rendez-vous, au cours de laquelle elle s’est sommairement fait questionner et examiner, avant de se faire remettre un carnet de grossesse et une liste de références médicales à explorer. Rien de très rassurant pour débuter une grossesse!

Médecin de famille à la clinique Maizerets, la Dre Christine Motheron nous explique qu’il ne s’agit malheureusement pas d’un cas exceptionnel : « Il y a plusieurs cliniques qui vont refuser de nouvelles femmes enceintes, car elles n’ont pas les ressources, elles sont rendues au maximum de ce qu’elles peuvent accommoder. »

Pour venir en aide aux femmes enceintes qui ont de la difficulté à se trouver un médecin, l’équipe de la clinique Maizerets a pris la décision d’augmenter la participation de deux infirmières pour faciliter le suivi de ces patientes. Ces infirmières ont été spécialement formées pour faire les suivis de grossesse, et elles jouent un rôle capital dans la nouvelle organisation de la clinique.

Le rôle de l’infirmière clinicienne

L’infirmière Nicole Beaudin a accepté avec joie ce nouveau défi : « Moi, ayant une expérience de 13 ans en obstétrique, les grossesses n’avaient plus de secret pour moi. C’est ma passion! Ça fait déjà 29 ans que j’ai été reçue comme infirmière. Alors 29 ans d’expérience, ce n’est pas rien. Rendue à ce stade, je suis très heureuse qu’on me donne l’opportunité de vivre cette pratique de cette façon-là. »

« Évaluer une patiente enceinte, c’est comme évaluer un patient qui consulte dans une clinique sans rendez-vous pour un état grippal : prendre les signes vitaux, prendre la tension artérielle, prendre une hauteur utérine. Tant que tu as les compétences et la formation pour le faire, c’est un acte que les infirmières cliniciennes peuvent faire. »

Nicole Beaudin note toutefois que son rôle se limite à l’évaluation : « Moi je ne reçois pas les rapports, pour savoir si c’est correct ou non. (…) Je me limite à l’évaluation des facteurs de risque qui pourraient se présenter. »

Une infirmière praticienne

L’équipe a aussi fait appel à Marie-Josée Henry, infirmière praticienne spécialisée. Sa formation lui permet d’aller plus loin que les infirmières cliniciennes dans le suivi avec les patientes : elle peut notamment évaluer les patients et poser des diagnostics, ainsi que leur prescrire des médicaments et des traitements.

« Chacun a son champ de pratique, résume Nicole Beaudin. Moi je peux aller jusqu’à un certain niveau, l’infirmière praticienne à un certain niveau, puis ensuite l’omnipraticien… C’est comme une pyramide de soins qu’on a créé, et ça amène un résultat aujourd’hui où on a augmenté de 30 à 40 % notre nombre de suivis de grossesse. »

« Moi ce que je trouve bien ici, c’est que chacun exerce au maximum de son niveau de compétences, ajoute Marie-Josée Henry. Et ce sont les patients qui en bénéficient : ils réussissent à avoir des services de qualité au bon moment. On a des compétences communes, et d’autres qui sont uniques à chacun. Pour les patients, c’est vraiment facilitant. »

Pour la Dre Motheron, ce réaménagement de l’organisation du travail a été facilité par le fait que c’est une petite clinique, et que les changements se sont donc faits à petite échelle. « On n’a pas le choix, je crois, d’utiliser toutes les ressources à leur bon niveau. »

« On est toujours en train d’apprendre plein de choses et d’augmenter nos connaissances, conclut Nicole Beaudin avec enthousiasme. Pour ma part, comme clinicienne, c’est une pratique exemplaire. »

Le mot de nos animateurs

Dans ce reportage, il est question de deux types d’infirmières : une infirmière clinicienne et une infirmière praticienne spécialisée – qu’on appelle souvent super-infirmière. Elles ont reçu des formations bien différentes. L’infirmière clinicienne a complété un baccalauréat, ce qui est déjà plus que la majorité des infirmières. De son côté, l’infirmière praticienne spécialisée a suivi une formation encore plus poussée qui lui donne le droit de prescrire des tests diagnostics, des médicaments et des traitements, ce que l’infirmière clinicienne ne peut pas faire.

Ça fait très longtemps au Québec qu’on parle de donner plus de place aux super-infirmières. Malheureusement, il s’agit d’un dossier qui n’avance pas très vite. On en compte 235 au Québec, contre 2500 en Ontario. Une grande partie du problème réside dans le fait que ces infirmières coûtent plus cher et que personne n’a d’argent pour les payer…