Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

La revanche des boys…grisonnants!

Émission du 30 novembre 2006

On pense à tort que la soixantaine marque le début des sages promenades et l’abandon des sports un tant soit peu violents ou à tout le moins exigeant physiquement. Plusieurs ligues de hockey senior existent au Québec. Ce sont les mêmes passionnés de hockey qui se faisaient geler, jadis, les orteils sur les patinoires publiques dans les années 50. Ils sont aujourd’hui âgés de 55, 60 et même au-delà des 70 ans à batailler pour la même rondelle dans les coins de la patinoire.

Nous avons rencontré cinq des joueurs de l’équipe de Boucherville qui ont bien voulu nous parler de leur passion pour le hockey.
Il s’agit bien sûr d’une ligue sans contact (on ne court pas après le trouble » afin de prévenir les blessures. On y interdit aussi le lancer frappé. Ici, pas de gardien, pas d’arbitre. Une toile perforée recouvre le filet et les hors-jeu se règlent à l’amiable.

Guy Marcil, 76 ans est le fondateur du groupe. Il faisait du patin libre pour le plaisir, mais ne pouvait jouer au hockey à l’aréna, contrairement aux plus jeunes. Il a donc insisté auprès de la ville pour avoir du temps de glace pour les «vieux». Ça fait maintenant 5 ans que son équipe joue 5 fois par semaine.Le hockey pour Guy Marcil est une véritable passion. Son père ne voulait pas qu’il fasse une carrière de hockeyeur alors qu’à 15 ans, on lui offrait de jouer pour le national junior. Il a mis une croix sur ses ambitions pour commencer, comme bien des jeunes de cet âge, à travailler. Aujourd’hui, dit-il, il prend sa revanche. 

En fait, c’est pour guérir son arthrose que M. Marcil a choisi le hockey. Ses genoux sont atteints, mais certainement pas son moral. Et tant qu’il sera capable de patiner, dit-il, on ne l’opèrera pas! Le groupe trouve qu’il est chanceux d’être aussi en forme… Mais c’est pour ça qu’il a fondé le groupe, pour que les gars soient en forme aussi!

Yvon Masson , 69 ans, faisait déjà de la bicyclette l’été. Il cherchait un exercice à faire qui soit cardiovasculaire. Sa motivation à faire de l’exercice, il la trouve dans le fait de courir après une rondelle, beaucoup plus amusant, affirme-t-il. Après sa partie, il est essoufflé, en sueurs! Il se sent plus jeune. Et quand il n’en fait pas, ça lui manque. Il joue un minimum de quatre fois par semaine. Il peut parfois jouer 145 parties par année.Selon lui, les hommes qui font partie du groupe sont très sensibilisés à leur santé. Aucun ne fume! Curieusement, les plus insouciants face à leur santé sont les plus jeunes. Mais ils sont capables de suivre les plus vieux, parce qu’ils sont plus jeunes!Pour sa part, il se croit plus en forme que la majorité des hommes de son âge. Il fait attention à son alimentation, il écoute notre émission (un must!). Sa femme et lui font le plus souvent possibles leurs courses à bicyclette et font, aussi, de longues promenades!

Réal Ringuette, lui a 76 ans.Spécialiste dans le sauvetage de navires, il est un des fondateurs du groupe. Il joue 4 fois par semaine, sauf le mercredi…pour être raisonnable... Il est en forme; il a toujours été sportif, autant que son travail le lui permettait. Il avait plus de temps libre l’hiver, alors il faisait du ski. L’été, il jouait au tennis et faisait du vélo. Il en fait encore, d’ailleurs. Il aime beaucoup le côté amical du hockey. L’esprit d’équipe est très important dans ce sport. C’est aussi très respectueux et discipliné. Pour jouer au hockey, il faut être en forme. On ne joue pas pour se mettre en forme.

Question de santé, c’est son épouse qui prend soin de lui : vitamines, fruits et légumes parce qu’elle trouve tout de même que jouer au hockey à son âge est un peu déraisonnable! 
Même s’il fait du glaucome et doit mettre des gouttes 3 fois par jour, cela ne le gêne pas pour jouer au hockey. S’étant un jour fracturé la main, il n’a jamais voulu dire au médecin traitant à l’hôpital qu’il s’était blessé en jouant…au hockey! Il avait peur de se faire «chicaner»…
Question de gènes sans doute, sa mère a 100 ans et est très en forme. Elle vit encore seule dans son logement. Il a donc une bonne espérance de vie et lui-même espère bien se rendre à cet âge vénérable.

Claude Papineau, 64 ans, n’abandonnerait pas le hockey pour rien au monde même s’il joue avec une orthèse. À sa retraite, il y a 6 ans, il décide de se refaire un réseau. Il avait toujours fait du sport et il voulait continuer à la retraite. Mais c’est socialement qu’il se sentait exclus. Il se rendait donc à l’aréna, au patin libre, et y a rencontré d’autres hommes, seuls aussi, qui ont commencé à échanger, et à vouloir se passer une rondelle pour avoir un peu plus d’action. Tout doucement, le cercle s’est élargi.

La collaboration avec les fonctionnaires de la ville a été très chaleureuse. Ils ont senti que leur initiative était très bien venue, comme si les vieux appliquaient ce que les pouvoirs publics prônaient depuis longtemps! Ce qu’il apprécie beaucoup dans l’activité, c’est surtout les échanges dans la chambre des joueurs. «C’est le fun, dit-il! On parle de politique, de n’importe quoi, on refait le sort du monde. L’objectif n’est pas de gagner, c’est de bouger et d’avoir du plaisir. D’ailleurs, peu importe comment les matches se déroulent, les résultats sont toujours nuls! 8-8 ou 5-5… on s’en fout des résultats! Des fois on se blesse, et ça prend plus de temps à récupérer que lorsqu’on était plus jeunes. C’est moins dangereux dans une chaise berçante, mais c’est plus plate, lance-t-il!

Roger Normandin, 69 ans, est un ancien cadre de Hydro-Québec. Il joue avec les boys depuis 4 ans à l’insistance des autres membres du groupe. Il faisait du patin libre, lui aussi, mais n’a jamais fait de hockey organisé avant, même pas tout petit. 
Pour M. Normandin, bouger est une nécessité.  Il a toujours été très sportif : patins à roues alignées, ski de fond, ski alpin, squash, racketball, marche sur le long sentier de Compostelle, 4000 kilomètres de vélo par année. Le hockey est très aérobique, dit-il, et ça lui fait du bien. Mais fondamentalement, il joue au hockey parce qu’il aime ça! C’est aussi, au-delà de l’activité physique, une rencontre sociale. Ils ont autant de plaisir avant et après la partie. Pour lui, pas de pilule, et tout ça lui permet de bien bouffer, et d’apprécier une bonne bière et un bon verre de vin!
Il y a certainement une bonne leçon d’humilité à tirer de cette bande de joyeux lurons, un peu frondeurs, qui ont choisi le goût du dépassement. D’ailleurs, il suffit de passer quelques minutes dans le vestiaire des «Boys» pour se rendre compte que personne ici n’a perdu de sa verve, de sa bonne humeur et de son goût de se sentir tout simplement bien dans sa peau!!!