Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le carnet des animateurs

Économie et santé : 37 millions en Viagra

Émission du 6 novembre 2014

Voir le segment

Dans le cadre de notre série sur l’argent et la santé, nous parlons cette semaine de médicaments dans lesquels on investit beaucoup d’argent et qu’on appelle en anglais des «life-style drugs.» Il s’agit de médicaments qu’on ne prend pas de façon ponctuelle pour soigner une maladie en soi, mais à très long terme, pour augmenter l’espérance de vie et la qualité de vie. On parle ici de médicaments comme le Viagra et le Cialis, mais aussi de somnifères et de médicaments pour «améliorer l’humeur». Que faut-il penser de ce virage? Sommes-nous en train de succomber au mirage de la jeunesse éternelle que les compagnies pharmaceutiques nous font miroiter?

Pour réfléchir sur ces enjeux, notre animateur, le Dr Georges Lévesque en discute avec André-Pierre Contandriopoulos, professeur honoraire au Département d’administration de la santé de l’Institut de recherche en santé publique de l’Université de Montréal.

Voici les grandes lignes de cette entrevue :

Les dépenses annuelles des Québécois en «life-style drugs»

– 37 millions en Cialis, Viagra et cie en 2010.
– 500 millions contre le cholestérol
– 420 millions en antidépresseurs
– 46 millions en benzodiazépines

– Après la Seconde Guerre mondiale, l’industrie pharmaceutique a vécu ses années glorieuses. Mais dans les années 1980-1990, l’accroissement des découvertes s’est ralenti. Toujours à l’affût de nouveaux revenus, cette industrie a commencé à moins miser sur de nouveaux agents thérapeutiques et à modifier des produits déjà existants pour développer de nouveaux marchés.

– Maintenant, le principal revenu des compagnies pharmaceutiques réside moins dans les médicaments qui soignent des maladies ponctuelles, mais davantage dans des «life-style drugs», des médicaments que les gens vont prendre tous les jours jusqu’à la fin de leur vie. Pourquoi? Parce que c’est beaucoup plus lucratif!

– Les compagnies visent maintenant les «consommateurs de longue durée» qu’ils attrapent par l’argument de la prévention. On commence à médicaliser les gens de plus en plus tôt, pour prévenir les problèmes de cholestérol et d’hypertension par exemple.

– On est de moins en moins intéressés par la guérison, mais par la vente d’un idéal de bien-être et d’une vision du corps qui pourrait être optimisée par la prise de médicaments.

– Ce virage entraîne une surconsommation de médicaments qui génère des conséquences économiques (parce que ça coûte très cher), mais aussi un important problème de santé publique : chaque année aux États-Unis, les interactions médicamenteuses entrainent entre 15 000 et 20 000 décès.

– Les compagnies pharmaceutiques échappent au contrôle des États, car il s’agit d’entreprises transnationales : elles ont davantage de comptes à rendre à leurs actionnaires qu’à la population. De ce point de vue, les «life-style drugs» sont beaucoup plus rentables que les médicaments qui permettent de traiter des maladies ponctuelles.

– La nouvelle clientèle cible des compagnies pharmaceutiques pour développer ces nouveaux marchés : les gens riches et en bonne santé. Il est beaucoup plus rentable de faire de la recherche sur des produits à vendre à cette clientèle, plutôt qu’aux gens pauvres et malades. Et c’est pourquoi on n’a pas encore de médicaments pour traiter des maladies comme le virus Ebola ou plusieurs autres maladies endémiques qui sévissent dans les pays pauvres.

– La recherche sur les antibiotiques souffre aussi de ces impératifs économiques. Plusieurs compagnies ont cessé de faire de la recherche sur les antibiotiques, car il s’agit de médicaments qui ne sont pas consommés sur une longue durée.