Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Sport et vieillissement

Émission du 13 novembre 2014

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70 % des aînés ne font pas d’exercice physique sur une base régulière. Il existe malheureusement une certaine forme de fatalisme selon lequel, après un certain âge, on est irrémédiablement engagés sur une pente descendante. Pourtant, il est maintenant bien établi que l’activité physique ralentit le déclin physique et mental et, de plus, qu’il n’y a pas d’âge pour commencer à faire de l’activité physique et améliorer sa condition. Cette semaine, notre équipe est allée à la rencontre d’une dame qui en est la preuve vivante. Un exemple inspirant qui fascine les chercheurs de l’Institut de gériatrie de Montréal.

Records mondiaux de 400 mètres et de 800 mètres pour sa catégorie d’âge, médailles qui viennent de Finlande, de Chine, d’Italie… À 81 ans, Alice Cole collectionne les médailles récoltées aux quatre coins de la planète. Elle en a tant qu’elle ne sait plus où les ranger. Des souvenirs de jeunesse? Pas du tout! Alice a commencé à s’entraîner à la course à l’âge de... 71 ans!!!

Alice se souvient d’ailleurs très bien qu’elle a rencontré beaucoup de résistance quand elle a annoncé à son entourage son désir de se mettre à la course. « Tu es bien trop vieille pour courir! Ça n’a pas de bon sens tu vas te blesser » s’était-elle fait prédire. Une chose est certaine : les sceptiques sont maintenant confondus…

« C’est une coureuse née », soutient son entraineur de course, Dorys Langlois, kinésiologue. En effet, Alice est clairement un être d’exception avec un bagage génétique très particulier. Mais il n’y a pas que ça. Alice suit un entraînement rigoureux, en gymnase et sur piste, en plus de surveiller étroitement son alimentation.

Une athlète exceptionnelle, mais aussi un fascinant sujet d’études

Aussi exceptionnel soit-il, le cas de Mme Cole est un cas particulièrement intéressant à étudier pour un chercheur en gériatrie comme Louis Bherer, directeur de laboratoire
à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal « C’est assez fascinant de voir, pour les gens comme moi qui sont encore un peu jeunes qui pensent que l’âge vient avec toutes sortes de déclins inévitables, qu’il y a des gens qui vieillissent de façon saine. »

« Les athlètes âgés sont pour nous des exemples très importants de personnes qui vieillissent en santé. Et qui parfois sont bien plus en forme qu’elles ne l’étaient à 40-45-50 ans. C’est ce qu’ils vont nous dire. Alors ces gens-là, qui bénéficient de telles ressources, vont nous aider à comprendre comment les autres pourraient en bénéficier également. »

Même si Alice est un cas d’exception, tous les aînés auraient avantage à s’inspirer de son exemple pour entreprendre un programme d’activité physique. « L’entraînement physique, ce n’est pas seulement pour les gens qui veulent participer à une compétition sportive comme Alice, précise Pierre-Mary Toussaint, kinésiologue chez Perfmax, mais c’est pour tout le monde. Car on améliore sa condition par l’entraînement. » Tout en précisant qu’il faut faire attention aux éventuels problèmes d’ostéoporose et d’arthrose, Pierre-Mary Toussaint soutient qu’il ne faut surtout pas s’empêcher de faire de l’exercice physique pour autant. Bien au contraire : « Toutes ces conditions sont améliorées par l’entraînement physique. Il est depuis longtemps prouvé que l’entraînement musculaire et l’entraînement cardiovasculaire comme la course à pied améliorent la densité osseuse. »

C’est en s’entraînant avec Pierre-Mary Toussaint que la grande aventure de la course a débuté pour Alice. En constatant les fabuleuses aptitudes sportives d’Alice, Pierre-Mary Toussaint a eu l’idée de lui suggérer de commencer à s’entraîner pour la course à pied.

Même si elle a toujours mené une vie active, Alice n’avait jamais goûté aux plaisirs des compétitions. Mais maintenant, elle ne peut plus s’en passer « Là, c’est les records que je vise. Actuellement, je suis la meilleure dans le 800 mètres. Je veux être la meilleure dans toutes les autres disciplines! »

Les secrets d’Alice

Mais quel est le secret d’Alice? Pour répondre à cette question, Alice a accepté à la demande de notre équipe, de se soumettre à une série de tests à l’Institut de gériatrie. L’équipe de Louis Bherer a constaté les faits suivants qui sont probablement derrière ses incroyables prouesses athlétiques :

— sa consommation d’énergie : elle a une faible consommation d’énergie. On peut la comparer à un véhicule efficace et éconergétique qui consomme peu d’énergie;
— elle a une excellente densité osseuse pour son âge;
— son pourcentage de gras est très bas par rapport à son poids total;
— sa quantité de masse musculaire est très élevée.

Outre son entraînement physique, Alice soigne son alimentation. Mais elle ne s’empêche pas pour autant de prendre son petit verre de vin tous les jours, une petite bière de temps à autre et un verre de scotch le dimanche! « C’est super-important, mon petit scotch, insiste-t-elle, c’est ma détente, c’est ma gâterie. »

Mais qu’en est-il des personnes âgées normales qui n’ont pas la chance de pouvoir compter sur un bagage génétique comme celui d’Alice? Devraient-elles se limiter dans leur activité physique pour éviter de se blesser?

Beaucoup moins qu’on ne pourrait le croire, en fait, selon Pierre-Mary Toussaint : « Il n’y pas vraiment de limite… Il faut juste s’adapter à l’âge… On adapte les charges, mais les exercices comme tels sont les mêmes. Lorsqu’on fait des exercices, on ajoute de la charge – on appelle ça de la surcharge sur l’os – ou on fait des exercices avec des impacts. Et ça, ça va stresser l’os. On va fabriquer du nouveau tissu osseux. Et ça, ça va aider à prévenir l’ostéoporose et même à résorber l’ostéoporose. »

Tous les aînés auraient avantage à se mettre à l’activité physique, car tous en retirent des bénéfices : « Pour les personnes sédentaires, ça va très très vite, poursuit Pierre-Mary Toussaint. Quelqu’un qui passe d’aucune activité physique à 2-3 heures par semaines, on voit une différence dès le premier mois. Les gens vont sentir qu’ils ont plus d’énergie et plus de force. Au bout de 3 à 6 mois, la différence est drastique. »

Louis Bherer est lui aussi d’avis que tous les aînés peuvent bénéficier de l’activité physique : même les personnes âgées fragiles vont expérimenter de clairs bénéfices s’ils se mettent à l’activité physique régulière au niveau de la santé physique, cognitive, cérébrale et psychologique.

Au Centre de recherche sur le vieillissement de l’Université de Sherbrooke, des chercheurs s’intéressent à vérifier l’impact de l’activité physique chez les personnes âgées à risque de développer certaines maladies, comme le diabète de type 2. Éléonor Riesco travaille sur un de ces projets de recherche : « Ce que nous on cherche à voir, c’est ce que ce risque induit comme problème dans le corps que l’exercice pourrait aller chercher puis essayer de viser afin de retarder l’apparition de la maladie ou même, pourquoi pas, espérer qu’elle n’apparaisse pas. »

Jusqu’ici, ces travaux ont notamment permis de constater que l’activité physique entraîne effectivement des bienfaits chez les personnes âgées à risque de développer le diabète. Lorsqu’elles se mettent à l’entraînement physique régulier, leurs muscles commencent notamment à consommer plus de sucre, ce qui est un effet très positif.

Des effets sur le cerveau

En plus de générer de nombreux bienfaits physiques, l’activité physique entraîne toute une gamme d’effets bénéfiques sur le cerveau des personnes âgées, explique Louis Bherer. « On savait depuis longtemps que faire du sport, c’est bon pour le cerveau. Les médecins grecs ont popularisé ça très tôt : un esprit sain dans un corps sain, c’est quelque chose de très connu. Mais au cours des dernières décennies, on a commencé à mettre le doigt sur ce qui pourrait expliquer les bienfaits de l’activité physique sur la santé cérébrale. »

« L’exercice aurait des effets de cascades sur le cerveau, précise-t-il. On sait que ça va améliorer la vascularisation cérébrale, la prolifération des connexions dans le cerveau et même, chez certains modèles animaux, on a vu une augmentation du nombre de neurones actifs. »

Cet effet protecteur n’est pas banal, soutient Louis Bherer. « Dans les études récentes, très sérieuses et de très grande envergure, on a identifié que l’exercice physique pratiqué de façon régulière chez la personne qui est saine après 65 ans peut réduire les risques de démence jusqu’à 35 % dans les années qui suivent. C’est à ce jour, très certainement, le remède le plus efficace pour protéger les gens contre la démence. »

Ce qui reste encore à démontrer, c’est l’impact de l’activité physique chez les personnes qui ont commencé à développer un trouble de la cognition qui conduit à la démence.

Mais même là, certaines recherches sont très encourageantes : des études ont permis de constater, après une année de marche rapide, trois fois par semaine, une augmentation de la taille de l’hippocampe. Il s’agit d’une des parties du cerveau qui décline le plus rapidement et qui est impliquée dans les performances en mémoire. Des études qui enthousiasment Louis Bherer : « Si l’effet de l’activité physique va renverser la perte de volume de cette substance, et potentiellement sa perte d’efficacité, alors là on est en train de mettre le doigt sur des mécanismes d’action extrêmement importants. »

Pour Louis Bherer, l’ensemble de ces recherches est suffisamment convaincant pour justifier que tous les aînés devraient se mettre à l’activité physique. « Il y a 100-150 ans, la question que les gens se posaient, c’était “est-ce que je vais vieillir?” Là, aujourd’hui, l’espérance de vie augmente. Les gens savent qu’ils vont vieillir. Ils se demandent s’ils vont avoir leur fonds de pension, mais ils se demandent aussi s’ils vont avoir leurs fonds de pension cérébral. Moi j’utilise souvent cette analogie : “Gérez votre portefeuille cérébral!” »