Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Soigner le syndrome de stress post-traumatique

Émission du 20 novembre 2014

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Depuis une dizaine d’années, il est très souvent question dans l’actualité du syndrome de stress post-traumatique. Il s’agit d’un trouble anxieux sévère déclenché par un traumatisme majeur, comme un attentat terroriste ou un conflit armé, ou encore un viol ou un accident de voiture.

Traditionnellement, on a toujours traité le syndrome de stress post-traumatique par la thérapie comportementale et les antidépresseurs. Mais depuis le 11 septembre et la guerre en Irak, la recherche dans ce domaine a connu un essor fulgurant. Des chercheurs travaillent au développement d’outils thérapeutiques qui semblent très prometteurs.

À l’âge de 19 ans, Christine Lavoie a été victime d’un terrible accident de voiture qui aurait pu lui coûter la vie. Blessée aux mains, aux doigts, à la tête et aux genoux, elle s’est également fait couper au cou et à l’épaule par sa ceinture de sécurité. En route vers l’hôpital, l’ambulancier s’étonnait même qu’elle soit encore en vie.

À sa sortie de l’hôpital, Christine a vécu un choc lorsqu’elle a dû monter dans la voiture de son père qui était venue la chercher. Elle se sentait incapable d’entrer à nouveau dans une voiture…

Cette terreur des voitures aurait pu s’estomper avec le temps, mais au contraire, elle a persisté des années et les symptômes se sont aggravés. La nuit, Christine était régulièrement la proie de violents cauchemars au cours desquels elle revivait des accidents de voiture. Ce n’est toutefois que des années plus tard que Christine apprendra qu’elle souffrait du syndrome de stress post-traumatique.

« Le syndrome de stress post-traumatique, c’est la confrontation avec la mort, avec notre propre mort, explique Alain Brunet, chercheur en psychiatrie à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Désormais, on ne peut plus ignorer qu’on est mortel. Nulle part on ne sent sécurité après ça, nulle part. »

Avant les événements du 11 septembre 2001, le syndrome de stress post-traumatique était un problème encore méconnu, poursuit Alain Brunet, et souvent associé aux militaires. Il est pourtant très fréquent dans les populations civiles et souvent causé par des événements très courants, comme des accidents de voiture.

Ce qui est particulier avec le syndrome de stress post-traumatique, c’est qu’il ne va pas nécessairement se développer chez toutes les personnes victimes ou témoins d’un même événement. Certains vont en développer un, d’autres non, nous explique Stéphane Guay, directeur du Centre d’étude sur le trauma à l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal. « Sur 100 personnes, il y en aurait probablement 90 qui auraient de fortes réactions dans les premières heures et ensuite les premiers jours suivant l’événement. Et après ça, on observe graduellement une décroissance des symptômes et des réactions. Il y a donc un processus d’adaptation naturelle qui se fait en général chez les gens, mais au bout du compte, il reste souvent un 15-20 % qui auront des réactions au-delà de 6 mois après l’événement. »

Un traitement innovateur

Dans les premières années qui ont suivi son accident, Christine a tenté de trouver de l’aide auprès d’une psychiatre, mais sans succès. Ni les thérapies, ni les médicaments ne sont venus à bout de ses symptômes. « Je ne crois pas qu’elle savait vraiment de quoi je souffrais, raconte-t-elle. Je nageais dans le néant. Je ne savais vraiment pas ce qui se passait. »

Christine a toutefois eu la chance d’entendre parler d’un projet de recherche sur le syndrome de stress post-traumatique et d’être admise comme sujet d’étude. Menée par le professeur Alain Brunet, cette étude visait à vérifier l’efficacité d’une nouvelle forme de thérapie pour traiter le syndrome de stress post-traumatique.

La thérapie en question consiste à combiner la psychothérapie avec la pharmacothérapie dans une formule assez simple à appliquer. Le patient est invité à rédiger un compte-rendu d’une page de l’événement traumatique après s’être fait administrer un médicament précis, le propranolol. De la classe dite des bêtabloquants, il s’agit d’un médicament au départ développé pour traiter des maladies cardiaques, mais qui a également des propriétés calmantes.

« Quand on réactive un souvenir sous l’influence du propranolol, il vient affaiblir le processus de réencodage, explique Alain Brunet. Et la partie qui est la plus touchée, c’est la partie qui est la plus intéressante pour nous, c’est la partie émotionnelle. Graduellement, on continue de se souvenir du problème de façon très claire, mais on est moins affectés émotionnellement. Du coup, on soigne le stress post-traumatique. »

Christine se souvient avoir eu beaucoup de difficultés au départ à se replonger au plus profond de ses pires souvenirs. Mais plus les traitements avançaient, plus elle trouvait ça facile.

« Le traitement qu’on offre n’efface pas les souvenirs, précise Alain Brunet. Le traitement diminue l’intensité émotionnelle du souvenir. Christine ne pouvait pas oublier son accident d’auto. Mais à chaque fois qu’elle lisait le compte-rendu de son accident, de semaine en semaine, c’était presque que comme si elle lisait un compte-rendu dans le journal de quelque chose qui était arrivé à quelqu’un d’autre. »

Après 6 séances de thérapie, Christine a constaté qu’elle était bel et bien guérie. En sortant d’une voiture, elle a ressenti une vague impression qu’il lui manquait quelque chose : « Je me suis rendue compte que je n’avais plus peur, plus de stress, plus rien… Je me suis dit : “c’est parti, je n’ai plus peur!” »

Jusqu’ici, Alain Brunet a travaillé en collaboration avec une équipe nord-américaine de chercheurs sur deux essais cliniques. Les résultats démontrent que le traitement est plus efficace qu’un placebo. Encore expérimental, le traitement présente un succès d’environ 70 %, ce qui veut dire que suite au traitement, 7 personnes sur 10 ne souffrent plus de stress post-traumatique. Si les travaux de recherche continuent sur cette belle lancée, ce traitement pourrait devenir accessible au grand public d’ici quelques années.

Pour Alain Brunet, ce qui est intéressant dans ce traitement, c’est qu’il ne requiert pas de personnel extrêmement qualifié. De plus, il s’agit d’un traitement rapide qui génère peu d’effets secondaires, puisqu’il n’est nécessaire de prendre le médicament qu’à six reprises. Autre avantage, ce médicament est aujourd’hui vendu sous forme générique, ce qui le rend très peu dispendieux. « Nous, on estime que cette approche-là, c’est le meilleur des deux mondes, résume Alain Brunet. Ça offre ce que la psychothérapie a de meilleur et ça offre ce que la pharmacothérapie a de meilleur. »

La réalité virtuelle

À l’Université du Québec en Outaouais, des chercheurs travaillent également sur le traitement du syndrome de stress post-traumatique, mais avec une toute autre approche : la réalité virtuelle. L’équipe de recherche dirigée par Stéphane Bouchard, titulaire de la Chaire de recherche du Canada en cyberpsychologie clinique, a développé un outil pour venir en aide aux victimes d’agression sexuelle. L’équipe planche également sur un outil qui viendrait en aide aux victimes d’accidents de voiture.

Dans le cas du processus de traitement du syndrome de stress post-traumatique, comme dans tous les troubles d’anxiété, il faut apprivoiser ce qui nous fait peur, explique Stéphane Bouchard. « L’idée, c’est que les personnes qui souffrent de ce problème ont vécu quelque chose de terrible, et c’est vrai, mais ils essaient de ne pas entrer en contact avec le souvenir et c’est en partie ce qui maintient le problème. Il faut être capable d’ouvrir lentement cet événement-là pour en faciliter l’intégration en mémoire autobiographique. »

Il existe plusieurs voies pour reprendre ce contact avec le souvenir traumatique, poursuit Stéphane Bouchard. Traditionnellement, cela pouvait se faire in vivo ou par imagination, mais son équipe propose plutôt de le faire par la voie de la réalité virtuelle.

Il s’agit d’une intervention qui se fait en laboratoire, avec des lunettes de réalité virtuelle. Une victime d’agression sexuelle, par exemple, a la possibilité d’y revivre une situation semblable à son agression, afin de reprendre contact avec ce souvenir, mais dans un contexte sécuritaire.

« Un des avantages du virtuel, c’est d’offrir aux professionnels en santé mentale d’être capables de bien doser ce qu’on va faire vivre aux gens, précise Stéphane Bouchard. Parce que c’est émotionnellement difficile de reprendre contact avec les souvenirs et ça peut nous permettre d’aller un peu plus loin et cibler certains éléments du souvenir qui sont plus délicats. Et ce n’est pas tout le monde qui a une bonne capacité d’imagination et qui, en fermant les yeux, peut se revoir dans l’événement traumatisant. Ça peut être très menaçant, les gens peuvent avoir l’impression que c’est une boîte de Pandore où tout va exploser. Comment bien doser ça? Grâce au virtuel, on peut maintenant le faire. »

« La réalité virtuelle fait partie d’un ensemble d’innovations qui arrivent maintenant pour le stress post-traumatique, conclut Stéphane Bouchard. On a des traitements qui sont efficaces, et on est maintenant rendus à les rendre plus efficaces et les disséminer pour les rendre plus accessibles pour que les gens puissent en profiter. »

Des recherches très encourageantes pour les victimes de stress post-traumatiques

Comme en témoignent ces deux projets de recherche, il y a donc beaucoup d’espoir pour les personnes souffrant de stress post-traumatique. Que ce soit par l’approche développée par l’équipe d’Alain Brunet ou par la réalité virtuelle développée par l’équipe de Stéphane Bouchard, il s’agit d’avancées qui ont de bonnes chances de pouvoir venir en aide à ces patients et les aider à retrouver une vie normale.