Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

VIH : la PREP, un traitement prophylactique

Émission du 27 novembre 2014

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La bataille contre le sida est malheureusement loin d’être gagnée : on compte actuellement plus de 41 millions de personnes séropositives dans le monde, un nombre qui ne cesse d’augmenter. Au Québec, en 2011, il y avait 19 000 porteurs du VIH et, malheureusement, on constate depuis quelques années une tendance à la hausse des nouveaux diagnostics chez les jeunes homosexuels de 15 à 24 ans.

Cette hausse peut être attribuée au fait que ces jeunes, ainsi que bien d’autres personnes, utilisent de moins en moins le condom. Or, le condom est le principal outil de prévention contre le sida puisqu’on ne dispose toujours d’aucun vaccin.

Les spécialistes constatent également que les hommes homosexuels sont encore les plus touchés par le virus du sida. Une nouvelle campagne de sensibilisation vient d’ailleurs d’être mise sur pied pour contrer la propagation du virus dans cette communauté. Cette campagne porte un nom : la PrEP, pour «prophylaxie préexposition». Il s’agit d’une nouvelle approche qui consiste à donner préventivement des médicaments à des personnes non infectées pour les protéger contre le VIH.

La PrEP

Pour les membres de la communauté gay, à Montréal, il est difficile de ne pas avoir entendu parler de «la PrEP» : des affiches en font la promotion, des articles ont été publiés dans les pages du magazine Fugues et, certains soirs, des intervenants communautaires font le tour des bars et des saunas pour la faire connaître à la clientèle-cible. Sur les sites de rencontres, des participants mentionnent désormais «PrEP» pour décrire leur statut, une nouvelle catégorie s’ajoutant à «séropositif» ou «séronégatif». Bref, c’est un vrai phénomène. «La PrEP, c’est la grosse affaire en ville», dit le Dr Réjean Thomas, de la clinique L’Actuel, un centre dédié aux personnes touchées par le VIH, les ITSS et les hépatites.

Mais de quoi s’agit-il exactement? Comme nous l’explique Réjean Thomas, il s’agit d’un traitement antiviral qui est donné en continu, sous la forme d’un comprimé composé de deux médicaments antirétroviraux déjà utilisés en trithérapie. Toutefois, à la différence des traitements de trithérapie, c’est qu’il est offert aux gens séronégatifs afin de diminuer leur risque de contracter le VIH.

Aussi novatrice soit-elle, cette approche suscite toutes sortes de réactions dans la communauté gaie. Certains se demandent si cette thérapie de prévention ne risque pas de donner à certaines personnes un faux sentiment de sécurité, pouvant ainsi entraîner une hausse des comportements à risque.

Pour le Dr Réjean Thomas, il demeure toutefois clair que la PrEP représente un outil exceptionnel. Idéalement, il est certes préférable que les gens n’adoptent pas de pratiques sexuelles à risque. Mais dans les faits, certains n’arrivent pas à changer leurs comportements. Et c’est à eux que s’adresse cette thérapie.

Certaines personnes très à risque sont d’ailleurs récalcitrantes à entamer ce traitement, souligne Réjean Thomas, car elles se sentent coupables de ne pas réussir à modifier leurs comportements eux-mêmes. «Mais on sait que pour toutes sortes de raisons, ils ne changent pas nécessairement de comportements», souligne Réjean Thomas.

La thérapie PrEP se heurte aussi à d’autres formes de résistances : certaines personnes qui auraient tout avantage à y avoir recours sont par exemple soucieuses du regard des autres. Vont-elles être jugées négativement comme des personnes qui baisent avec n’importe qui et qui ne prennent pas leurs responsabilités?

Pour le Dr Thomas, la PrEP doit toutefois être vue comme un outil temporaire : «On évalue les risques, explique-t-il, on discute avec le patient et on fait un bilan de base, car le médicament a une certaine toxicité rénale ou osseuse. Mais de manière générale, c’est bien toléré. Il faut aussi s’assurer que le patient est VIH négatif avant de commencer le traitement, et on le revoit ensuite aux trois mois.»

«L’idéal, c’est de changer les comportements, reconnaît le Dr Thomas. Mais on est dans une pleine période d’épidémie d’ITSS. (…) Et les études scientifiques démontrent qu’il n’y a pas une augmentation de prise de risques. Au contraire, chez certains groupes, il y aurait peut-être même une diminution de prise de risques. C’est peut-être trop tôt pour le dire, mais il n’y a pas d’augmentation.»

Une autre manière d’administrer le traitement

En juillet dernier l’OMS a officiellement recommandé la PrEP aux hommes homosexuels qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes. Par contre, ce traitement rencontre un obstacle de taille : le manque de fidélité au traitement. Les gens oublient de le prendre ou l’arrêtent complètement. Une récente étude franco-québécoise, l’étude IPERGAY, a toutefois démontré que le traitement peut aussi être efficace si on l’administre de manière ponctuelle autour de la période où une personne va avoir des relations sexuelles.

Microbiologiste-infectiologue et chercheuse au Centre de recherche du CHUM, la Dre Cécile Tremblay, nous explique que cette façon d’administrer le médicament, de manière ponctuelle présente deux avantages : «Les niveaux sériques du médicament vont être à leur maximum au moment de la relation sexuelle, et c’est ce qui fait l’effet protecteur. Et l’autre effet bénéfique, c’est qu’on n’expose pas quelqu’un qui est en santé à un médicament qui peut toujours avoir une toxicité à long terme. Alors, on diminue l’exposition de la personne à un médicament à long terme.»

Vers la fin du VIH?

Mais où en sommes-nous dans la lutte globale contre le VIH? Viendra-t-on un jour à bout de ce terrible virus? Outre la prophylaxie préexposition, d’autres importants progrès ont été réalisés dans la lutte contre la progression du VIH, nous explique Cécile Tremblay. Grâce à la trithérapie, il est maintenant possible de réduire de 95 % le risque de transmission entre un partenaire infecté et son conjoint non infecté.

À l’échelle internationale, l’incidence du VIH commence même à baisser, ajoute-t-elle. Même s’il y a encore 2 millions de nouveaux cas par année, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit d’avancées importantes.

Au Québec, les experts de santé publique demeurent toutefois inquiets : «On suit le même modèle que ce qui se voit dans les pays d’Amérique du Nord avec une certaine inquiétude : les taux d’infection demeurent relativement stables, mais la seule population où on voit une augmentation des taux d’incidence, c’est dans la population des hommes gais à Montréal. C’est pourquoi c’est important de trouver et inventer de nouvelles approches qui nous permettent d’être encore plus efficaces en matière de prévention.»

«Ce qu’on vise ultimement, c’est d’éradiquer le VIH, soutient-elle. Donc un objectif zéro. Mais de façon réaliste, ce qu’on essaie de viser au cours des 10 prochaines années, c’est d’avoir une diminution de 90 % du taux de transmission : donc 90 % qui vivent avec le VIH qui sont diagnostiqués, 90 % de ces gens mis sous traitement et qui se retrouvent avec une charge virale indétectacle. Et si on atteignait ces conditions-là, d’une façon populationnelle, on serait capable de mettre fin à l’épidémie.»

«On a tous les outils actuellement pour complètement stopper l’épidémie, ajoute le Dr Réjean Thomas. Si on voulait, avec de la volonté politique et si on investissait de l’argent, il pourrait n’y avoir plus de sida d’ici 10 à 15 ans. Pourquoi? La réponse est simple : une personne traitée sous trithérapie qui a une charge virale indétectable ne transmet plus le virus. Ou disons que le risque de transmission est extrêmement faible.»

Argent et volonté politique : voilà donc les ingrédients essentiels à l’éradication du sida. Et selon le Dr Thomas, il est vain d’attendre continuellement l’invention d’un vaccin anti-VIH, car nous disposons actuellement de tous les outils scientifiques nécessaires pour lutter contre le sida non seulement dans les pays riches, mais aussi dans les pays pauvres où la maladie fait encore un nombre considérable de victimes.