Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Les caprices alimentaires chez les enfants

Émission du 27 novembre 2014

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Quand on parle de troubles alimentaires, on pense spontanément à l’anorexie et à la boulimie qui touchent un nombre important d’adolescents et d’adultes de différents âges. Mais on pense rarement aux jeunes enfants. Pourtant, certains tout-petits sont également touchés par des troubles alimentaires. Quoique bien différents, ces troubles alimentaires peuvent générer des problèmes suffisamment importants pour que les parents de ces enfants doivent recourir aux services de professionnels de la santé pour les aider à surmonter ces difficultés.

À 2 ans, leur fils Charles-Olivier ne veut presque jamais manger. Mais contrairement aux nombreux tout-petits qui chipotent dans leur assiette, il s’agit pour lui d’un important problème de santé puisqu’il ne se nourrit vraiment pas suffisamment. Dans son cas particulier, les problèmes remontent à ses premières semaines de vie au cours desquelles il a fait une entérocolite, à la suite d’une allergie sévère au lait de vache. À la suite de cette sévère réaction alimentaire, Charles-Olivier a commencé à faire d’importants reflux gastriques et à développer des difficultés motrices et sensorielles. «Pour lui, toutes les premières expériences qu’il a vécues avec la nourriture ont été assez difficiles», raconte sa mère, Julie Paquin-Fournier.

Il a fallu 10 mois avant que Charles-Olivier accepte de boire ses biberons à peu près normalement. Mais en dépit de ces signes encourageants, il continuait à vomir régulièrement. Et quelques années plus tard, chaque repas demeure une épreuve, car il refuse généralement de manger plus d’une ou deux bouchées, même lorsqu’il apprécie le goût des aliments qui lui sont servis.

Nutritionniste spécialisée en pédiatrie Centre mère-enfant Soleil du CHUL et du CHUQ, Nathalie Béland nous explique que les troubles alimentaires représentent des problèmes vraiment différents des caprices alimentaires. Dans le cas des troubles alimentaires, il s’agit non pas de problèmes qui varient d’une journée à l’autre, mais de problèmes chroniques qui se répètent chaque jour et qui entraînent tout un lot de stress pour l’ensemble de la famille.

«C’est très difficile pour les parents de vivre ça, explique-t-elle, car c’est pour eux un échec chaque jour. Comme parent, un de nos rôles principaux, c’est de nourrir notre enfant. Pourtant, bien souvent, ce n’est pas du tout la faute des parents. Au contraire, ils mettent de l’avant plusieurs stratégies pour essayer de compenser.»

Dans certains cas, le trouble alimentaire d’un enfant peut entraîner d’importants risques pour sa santé et sa croissance : baisse d’énergie, anémie, perte de poids, retards de croissance... dans certaines situations exceptionnelles, les enfants doivent même être hospitalisés.

Apprendre à mastiquer

Lorsque de tels problèmes se manifestent, un enfant peut être référé en orthophonie, pour évaluer si un problème de mastication n’est pas en cause. «Apprendre à mastiquer, c’est un apprentissage moteur, explique Julie Gauthier-Desgagné, orthophoniste au Centre mère-enfant Soleil. Et il y en a quand même beaucoup des enfants qui ont de la difficulté [à mastiquer].»

Le degré de difficulté peut toutefois varier d’un enfant à l’autre, précise-t-elle. Dans certains cas, le problème peut être résolu rapidement, en une ou deux consultations, tandis que d’autres vont avoir besoin d’un suivi plus serré.

«Dans les cas plus lourds, il va souvent y avoir des conditions médicales associées, poursuit Julie Gauthier-Desgagné. Plus la condition médicale est lourde, plus le problème risque de persister dans le temps et moins on a de prise sur le problème de façon isolée.»

Pour Charles-Olivier, ces séances d’orthophonie se sont avérées salutaires, car elles lui ont permis de faire de grands progrès. Auparavant, il n’apportait jamais rien à sa bouche, mais peu à peu, il a appris à bouger sa langue et à mettre des choses dans sa bouche sans que ça ne le fasse vomir. D’un point de vue extérieur, cela peut sembler bien mince comme progrès, mais pour ses parents ce sont de petits pas qui leur redonnent l’espoir que leur fils réussisse un jour à complètement surmonter son trouble alimentaire.