Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Une maison de transition pour les personnes souffrant de maladie mentale

Émission du 27 novembre 2014

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Nancy Auger est une véritable femme de cœur. Dans son domicile familial où elle vit avec son mari et ses deux enfants, elle héberge des personnes atteintes principalement de schizophrénie. Notre équipe est allée visiter ce domicile inusité, véritable modèle d’entraide et de fraternité.

Depuis le grand virage de la désinstitutionnalisation, les patients psychiatrisés ne passent plus toute leur vie en institution. Mais lorsqu’ils sortent de l’hôpital, ils doivent faire face à de nombreux défis puisqu’un très grand nombre d’entre eux sont incapables de vivre seuls au quotidien. C’est pour leur venir en aide que l’Institut Douglas a mis sur pied le concept de maison de transition, comme celui que dirige Nancy Auger.

Au quotidien

Rares sont les personnes qui seraient prêtes à partager leur quotidien familial avec d’autres personnes, et encore moins avec des schizophrènes. Pourtant, Nancy Auger semble aussi à l’aise dans cet élément qu’un poisson dans l’eau. Patiente et conciliante, elle a réussi à établir un rythme de vie qui lui permet de concilier les besoins de ses pensionnaires avec ceux de sa petite cellule familiale.

De 8 h à 17 h 30, les pensionnaires peuvent circuler d’un étage à l’autre de la maison, tout comme les intervenants qui viennent les visiter pour des suivis. Chacun participe à sa façon à la vie de la maison, notamment en se relayant pour la préparation des repas. Mais après cette période, tous savent que c’est le moment de laisser Nancy retrouver sa petite vie familiale pour passer du temps avec son mari et ses deux enfants. Les pensionnaires retournent donc aux étages de leurs chambres, tandis que Nancy demeure avec sa famille au rez-de-chaussée.

Plus tard dans la soirée, Nancy remonte pour la distribution quotidienne de médicaments à chacun des pensionnaires et pour s’assurer que tout se passe bien pour tout le monde.

«Quand ils sortent du milieu hospitalier, ils demeurent encore très fragiles et vulnérables, explique Nancy. Ils viennent de recevoir le diagnostic et ils ont besoin de support pour retrouver une stabilité et une sécurité.»

«Avant l’hospitalisation, il y a une longue période où ils se sont coupés de la famille et de l’environnement. Certaines personnes ont vécu dans la rue et ont connu l’itinérance. Alors simplement d’arriver à faire des choses du quotidien, c’est très demandant pour eux : se lever le matin, prendre sa douche. Pour certains, c’est vraiment un effort. Et certains ont aussi vécu les jugements de l’entourage et des voisins : alors de simplement réapprivoiser le fait de sortir à l’extérieur et de se réapproprier une vie, c’est déjà très demandant.»

«Dans le fond, on ne les guérit pas de la schizophrénie, précise-t-elle. Mais on peut contrôler les symptômes avec la médication, une vie active et le support d’une équipe.»

Tout n’est pas idyllique pour autant, reconnaît-elle. Il va sans dire qu’avec autant de personnes sous un même toit, certains conflits peuvent survenir, spécialement quand une personne rechute en crise psychiatrique. Mais grâce à sa sensibilité, et l’intimité qu’elle crée avec ses pensionnaires, Nancy réussit souvent à déceler les symptômes précurseurs d’une crise, ce qui lui permet de réagir en amont, avant que la situation ne dégénère.

Aussi généreuse soit-elle, Nancy ne sent pas que c’est un don de soi unidirectionnel : «Au quotidien, j’ai les chances de voir des gens qui un pas à la fois se rapprochent de leurs rêves, de leurs objectifs et de leur but. C’est très nourrissant.»

Le mot de nos animateurs

Le concept des foyers de transition a commencé à se développer au Québec autour de 2008, à l’initiative de l’Institut Douglas de Montréal. Mais attention : ne se transforme pas en maison de transition qui veut. Les personnes intéressées à se lancer dans une telle aventure font l’objet d’enquêtes très détaillées. Des évaluations psychologiques sont faites, la vérification des antécédents judiciaires et des enquêtes de crédits. Beaucoup de normes doivent être respectées au niveau de la salubrité et de la qualité des services. On retrouve de ces maisons un peu partout au Québec.