Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

La DHEA – la fontaine de jouvence en pilule?

Émission du 30 novembre 2006

«J’ai déjà pris de la DHEA. J’en ai ressenti certains bénéfices sur ma condition physique et sur mon humeur. J’aimerais savoir ce qu’il en est.»

La course à la jeunesse éternelle fait en sorte que des millions de dollars sont dépensés chaque année en chirurgies plastiques de toutes sortes. Mais un autre commerce semble vouloir profiter de la phobie du vieillissement et c’est celui de la DHEA, hormone que nous sécrétons naturellement mais qui peut être prise sous forme de suppléments et qui, pour beaucoup de gens qui vieillissent, est le secret d’une jeunesse à la fois physique et mentale.

Encore illégale au Canada, la DHEA a généré un chiffre d’affaires de 50 millions de dollars aux États-Unis en 2005. Ainsi les Américains, comme les Européens d’ailleurs, pourraient profiter de la fameuse fontaine de jouvence alors que, chez nous, elle est encore illégale. Certaines personnes, comme notre téléspectateur cette semaine, réussissent à s’en procurer lors de voyages ou par Internet… mais se posent quand même quelques questions. Pour y répondre, nous avons consulté des experts : notre pharmacologue Jean-Louis Brazier et la Dre Isabelle Bourdeau, endocrinologue au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Qu’est-ce que la DHEA?

DHEA est un acronyme - son vrai nom est la déhydroépiandrostérone. C’est une hormone naturelle produite dans le corps en majorité par les glandes surrénales, et en plus petites quantités par les ovaires et les testicules - à partir du cholestérol. Elle est un matériau de départ des hormones sexuelles : la testostérone et l’oestrogène.

Quand est-ce que le corps humain en produit?

Ça varie durant la vie. La sécrétion débute vers l’âge de 6-7 ans chez les filles, 7-8 ans chez les garçons. La sécrétion va augmenter tout le long de la puberté, jusqu’au début de l’âge adulte. Le pic maximal de sécrétion est atteint vers l’âge de 25 ans et décroît régulièrement par la suite. À 80 ans, le corps produit environ 25 % de sa capacité maximum de DHEA.

Ça fait longtemps qu’on entend parler de la DHEA. Quelles vertus lui prête-t-on?

C’est une molécule qui intéresse beaucoup les gens, car on lui prête des capacités de contrer le vieillissement, le diabète, l’obésité et les maladies cardio-vasculaires. On a commencé à entendre parler de la DHEA au début des années 1970. Des études ont été faites sur des animaux de laboratoire. Ceux qui recevaient des doses massives de DHEA vivaient plus longtemps. À partir de ces résultats, on a fait l’extrapolation des vertus de la DHEA comme agent anti-âge chez l’humain. C’est une erreur. En médecine, les résultats chez les animaux de laboratoire ne peuvent pas être considérés valables chez l’humain.

Si notre production de DHEA diminue progressivement dès 25 ans, est-ce qu’on devrait envisager de prendre un supplément de DHEA?

À ce jour, aucune étude scientifique ne démontre clairement ses bienfaits pour la population en général. Depuis 10-15 ans, des études ont été faites sur des personnes âgées – des hommes et des femmes de 60-69 ans, et de 69-80 ans et chez qui il y avait des déficits importants de DHEA. Ces études on démontré qu’un apport en DHEA était bénéfique.

Comment se fait-il que certains en prennent et ressentent des bienfaits?

Cela est bien subjectif : certains jours, on peut se sentir plus en forme que d’autres. L’humeur aussi est variable. L’effet placebo peut influencer la perception des gens quand aux bienfaits qu’ils ressentent. Mieux vaut se baser sur des études scientifiques que sur les impressions personnelles d’autrui.

Toujours chez les personnes âgées, un apport de DHEA a démontré une certaine efficacité pour des utilisations thérapeutiques dans le cas de vieillissement cutané, et dans l’augmentation de la masse osseuse, dont un potentiel bénéfice dans le traitement de l’ostéoporose. Il y a des études cliniques en cours pour démontrer des effets sur l’humeur et dans le traitement de la dépression.

Entre 30 et 80 ans, il ne sert à rien de supplémenter avec la DHEA. Chez les personnes jeunes et en santé, c’est inefficace. Elle ne s’accumule pas dans l’organisme. C’est efficace chez les personnes âgées dans le traitement de l’insuffisance surrénalienne, chez les gens qui ne produisent plus ou peu de certaines hormones.

Est-ce que ça peut être dangereux si on en prend?

Il y a des contre-indications majeures : les personnes qui ont eu ou qui ont des cancers hormonaux dépendants : sein, prostate, col de l’utérus et mélanome malin ne doivent pas prendre de la DHEA. On ne sait si la DHEA peut favoriser le cancer, mais une fois développé, la DHEA peut l’augmenter. Il y a aussi des effets secondaires : troubles de sommeil, acné, augmentation de la pilosité au visage chez les femmes. Selon certaines études, on a pu noter des interactions médicamenteuses possibles et des troubles au niveau du foie.

Les gens qui se procurent la DHEA aux États-Unis, via Internet, que prennent-ils?

Il n’y a pas de contrôle de production pour les produits vendus aux États-Unis ou par Internet. Et la quantité de DHEA contenue dans ces produits peut être très variable – il faut faire très attention. On ne peut pas être certain de la qualité, ni de l’innocuité de ces produits.

La DHEA a pris un coup de vieux dernièrement - Une étude publiée au mois d’octobre, dans le «New England Journal of Medecine» a conclu que la prise de suppléments de DHEA par des personnes âgées n’apportait aucun bénéfice sur le plan physique ou de leur qualité de vie. Toutefois, certains chercheurs mettent en doute la pertinence de ces résultats, compte tenu du choix des participants.