Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Nos vêtements sont-ils toxiques?

Émission du 8 janvier 2015

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Les produits toxiques pullulent littéralement autour de nous, notamment dans les engrais, pesticides et dérivés du plastique. Et plusieurs commencent maintenant à s’intéresser aux produits toxiques utilisés dans l’industrie du vêtement. Greenpeace a été l’une des premières voix à sonner l’alarme, avec un premier rapport dévastateur publié en 2011 dans lequel l’organisation analysait l’utilisation de produits toxiques par les grandes marques de l’industrie de la mode comme Armani ou Levis. Et voilà que Greenpeace récidive avec un rapport, qui porte sur la confection des vêtements pour enfants. Les préoccupations de Greenpeace sont aussi partagées par des scientifiques que notre équipe est allée rencontrer.

Au palmarès des vêtements toxiques : le jeans. 5000 à 25 000 litres d’eau utilisés, 75 kg de pesticides, 2 kilos d’engrais chimiques, et 35 litres de pétrole pour transporter une paire de jeans au bon endroit.

Dans ses rapports sur la toxicité des vêtements, Greenpeace pointe du doigt plusieurs produits chimiques dont ceux-ci :

— Alkylphénols (ou NPE)
— Phtalates
— Agents ignifuges
— Colorants azoïques
— Composés organostatiques
— Chrorophénols
— Métaux lourds

Professeur titulaire à la Faculté de médecine du Centre universitaire de santé McGill, Vassilios Papadopoulos nous explique que ces produits pointés du doigt par Greenpeace ont été découverts dans la fibre des tissus, mais qu’ils peuvent passer au travers de la peau et entrer dans la circulation sanguine. « Il y a plusieurs produits auxquels nous sommes exposés chaque jour, car nous portons des vêtements toute notre vie, lesquels peuvent s’accumuler et avoir un effet additif. Comme il y a des centaines de produits qu’on n’a jamais étudiés, on ne sait pas ce qu’ils peuvent faire ensemble. »

Chercheuse en santé environnementale au Centre de recherche du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke, Larissa Takser s’inquiète tout particulièrement de l’impact de ces produits toxiques sur les femmes enceintes et les enfants. « Les enfants, ce ne sont pas de petits adultes, explique-t-elle. Ils respirent beaucoup plus d’air par minute par rapport à leur volume de corps que les adultes. Il y a donc plus d’air qui passe par leurs poumons. Et il y a des études qui montrent que les enfants contiennent 4 à 5 fois plus de contaminants dans leur corps que leurs parents qui habitent dans la même maison. »

À titre d’exemple, Larissa Takser cite le cas de certains produits ignifuges qui sont utilisés dans les vêtements de nuit pour enfants pour les rendre ininflammables. Il s’agit de produits toxiques qui peuvent entraîner des impacts sur le cerveau des enfants et la glande thyroïde, notamment. « On ne connaît pas encore tous les effets, précise-t-elle, mais on a maintenant assez d’évidences scientifiques qui montrent que plusieurs de ces substances organiques ressemblent aux hormones humaines et peuvent agir comme les hormones – ou empêcher les hormones d’agir. »

Selon cette chercheuse, la compétition de ces produits toxiques avec les hormones naturelles peut entraîner de nombreux effets nocifs sur le métabolisme humain, puisque les hormones sont impliquées dans l’ensemble des fonctions de l’organisme, tout spécialement au niveau du développement. Certains de ces contaminants pourraient entraîner des effets obésogènes, tandis que d’autres pourraient modifier le cycle menstruel ou affecter l’arrivée de la puberté.

Parmi les différents produits toxiques, Larissa Takser cite notamment les phtalates qui peuvent entraîner d’importants bouleversements hormonaux : « Aux États-Unis, les phtalates sont détectés dans l’urine de la totalité de la population. »

Que faire devant une telle énumération des effets toxiques des produits utilisés dans les vêtements, faut-il céder à la panique? Certainement pas. Car à l’heure actuelle, les vêtements ne sont pas considérés comme une source principale de ces substances toxiques.

« Il y a trois grandes sources de perturbateurs endocriniens, précise Larissa Takser. La première source, ce sont les cosmétiques. La seconde source est plutôt alimentaire : il s’agit des emballages en plastique utilisés pour les aliments. La troisième source, c’est l’air intérieur des habitations. (…)»

Des vêtements plus sains

Certaines compagnies de vêtements ouvrent toutefois la voie à de plus saines pratiques manufacturières. C’est le cas de la compagnie québécoise Respecterre, établie en Beauce. Pour s’assurer que ses vêtements sont exempts de tels produits toxiques, l’entreprise a développé des normes de production extrêmement strictes. Les vêtements sont produits à partir de chanvre et de bambou, tricotés au Québec, puis ensuite teints à l’aide de teintures certifiées sans danger pour la santé. L’utilisation de produits antitaches ou anti-froissabilité est également bannie, car il s’agit de produits très polluants, souligne Karen Veilleux, associée principale chez Respecterre.

Le mot de nos animateurs

Pour le moment, aucun lien clair n’a été établi entre le type de vêtements qu’on porte et une maladie quelconque. Mais comme pour les aliments biologiques, l’achat de vêtements contenant moins de produits toxiques encourage des pratiques environnementales plus saines.

Une bonne nouvelle toutefois : certaines marques ciblées par Greenpeace ont commencé à revoir leur mode de production.