Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Histoire de cas

Aînés : du yoga contre la douleur chronique

Émission du 8 janvier 2015

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La douleur chronique affecte 50 % des aînés. Et à partir du moment où ceux-ci perdent un peu d’autonomie et partent vivre en résidence, cette proportion atteint 80 %. Pour soulager ces douleurs, la pratique régulière du yoga peut s’avérer une pratique intéressante, comme en témoignent un groupe de personnes que nous sommes allées rencontrer à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal.

« Inspirez, expirez… Levez les bras vers le ciel… » À première vue, ce cours de yoga ne semble pas vraiment différent des autres. Et pourtant, en y portant un peu plus attention, on remarque que les participants sont tous passablement âgés, ce qui contraint d’ailleurs la majorité d’entre eux à pratiquer les mouvements assis sur une chaise, plutôt que debout ou au sol.

« Le yoga est arrivé assez tard dans ma vie, raconte Annie Courtecuisse, la professeure qui dirige cette classe de yoga peu banale. Et cela a changé tellement de choses pour moi que j’ai eu envie de l’enseigner. Et mon désir, c’était de l’enseigner aux personnes âgées. »

Pour cette enseignante, il est important de rappeler à ses étudiants que le yoga qu’ils pratiquent est du « vrai yoga » même s’il est pratiqué sur une chaise et de manière adaptée. L’objectif principal est que ce yoga se pratique de manière sécuritaire.

Une approche complémentaire pour soulager la douleur

Ces cours de yoga sont offerts à la Clinique externe de gestion de la douleur chronique de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Pour le Dr David Lussier, gériatre, il est clair qu’il s’agit d’une pratique qui entraine de nombreux bienfaits pour les participants. « Quand on parle de prise en charge de la douleur, il faut aller vers autre chose que les médicaments, car avec les médicaments, on est assez limité dans ce qu’on peut faire avec les personnes âgées. Ces médicaments entraînent beaucoup d’effets secondaires. Alors si on utilise des méthodes autres que les médicaments – ce qui inclut la psychothérapie, la physiothérapie, etc. —, on a beaucoup plus de chances que ça fonctionne. Et le yoga s’inscrit un peu là-dedans aussi. »

« Pour que la douleur soit contrôlée, il faut que la personne soit active, explique le Dr Lussier. On appelle ça des stratégies d’adaptation – du coping en anglais. Il faut être actif. Malheureusement, les personnes qui ont de la douleur chronique, et encore plus les personnes âgées, ont tendance à être plus passives. Elles viennent à la clinique pour avoir une pilule, pour avoir un traitement. Ils nous remettent leur douleur entre les mains et nous disent : “Guérissez-moi.” » Pour le Dr Lussier, il est clair que cette mentalité est contre-productive : « On sait que ces gens-là, s’ils ne sont pas prêts à travailler, ça ne fonctionnera pas. Il faut que la personne travaille et soit engagée dans son traitement. »

Le Dr Lussier a d’ailleurs pris l’habitude de dire aux patients que s’ils veulent un miracle, ils feraient mieux de traverser de l’autre côté de la rue et d’aller prier à l’oratoire St-Joseph.

De multiples effets bénéfiques

Mais comment le yoga peut-il soulager les douleurs chroniques? « En yoga on dit qu’une douleur est là, car il y a un blocage énergétique, explique Annie Courtecuisse. Par ses mouvements spécifiques, on enlève les nœuds et les blocages spécifiques. L’énergie circule donc mieux dans le corps et le corps peut se nourrir d’oxygène et d’énergie. Et ça donne un effet assez puissant, bien que ça paraisse tout simple. »

De son point de vue médical, le Dr Lussier explique l’effet du yoga d’une autre manière. Il y a l’effet de l’étirement qui permet de soulager les muscles spasmés, mais aussi l’effet de la relaxation, inhérente à la pratique du yoga qui génère des bienfaits non seulement physiques, mais aussi physiologiques.

« Ce que les participants rapportent, poursuit le Dr Lussier, c’est une augmentation du bien-être général, une amélioration de l’humeur. Ils sont moins anxieux, moins déprimés, de meilleure humeur, ils dorment mieux. Ils sont plus fonctionnels, mieux capables de marcher, mieux capables de s’occuper des choses dans la maison. »

Ce que le Dr Lussier déplore, toutefois, c’est que contrairement aux médicaments, la majorité des cours de yoga ne sont pas remboursés par la régie de l’assurance-maladie. À l’Institut de gériatrie de Montréal, ils sont offerts gratuitement dans le cadre des services de la clinique, mais il s’agit d’un cas d’exception. « Nous on est chanceux parce qu’on a pu l’offrir, précise-t-il, mais c’est quelque chose qui devrait être accessible beaucoup plus facilement pour tous les gens qui souffrent. »