Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Chimiothérapie : une arme efficace contre le cancer?

Émission du 15 janvier 2015

Voir le segment

Le cancer demeure la principale cause de mortalité au Québec et au Canada.
Avec les années, la médecine a développé tout un arsenal pour vaincre cette terrible maladie : chirurgie, radiothérapie et bien sûr, la chimiothérapie qui est utilisée dans le traitement d’environ 200 cancers. Mais cette chimiothérapie fait peur, en raison des importants effets secondaires qu’elle entraîne.

L’efficacité de la chimiothérapie a également été remise en question par plusieurs détracteurs, au cours des dernières années. Notre équipe a voulu creuser la question et s’est rendue dans les départements d’oncologie de deux hôpitaux différents, spécialisés dans les cancers colorectaux.

Des traitements qui font peur

Christiane Manzini traverse actuellement son deuxième épisode de chimiothérapie. Lorsqu’elle a appris qu’elle était atteinte d’un cancer colorectal et qu’elle devait suivre une chimiothérapie, elle a tout de suite pensé à sa tante qui avait traversé un cancer similaire et qui avait éprouvé de nombreux effets secondaires. « J’étais restée un peu avec cette image-là, raconte-t-elle. Moi, j’avais peur de me faire trop détruire. »

Hémato-oncologue à l’Hôpital Charles-Lemoyne, le Dr Benoît Samson reconnaît que la chimiothérapie fait peur à de nombreux patients : « On introduit dans leur corps des substances chimiques. Alors, oui, on peut avoir une crainte justifiée, mais on en discute et on combat un ennemi qui est le cancer. Alors dans la réalité, les patients ont bien plus à craindre du cancer que des traitements. »

Pour la Dre Francine Aubin, hémato-oncologue au CHUM, il est important de savoir que les chimiothérapies qui sont utilisées aujourd’hui en oncologie sont aujourd’hui beaucoup moins toxiques qu’elles ne l’étaient autrefois. Mais il n’en demeure pas moins que la chimiothérapie doit être envisagée au cas par cas, selon chaque patient. Lorsqu’elle pense que cette approche sera bénéfique, certainement qu’elle va proposer la chimiothérapie. Mais dans certains cas toutefois, elle peut décider de ne pas l’offrir, lorsqu’elle juge que le patient n’est pas suffisamment fort pour la supporter.

Dans les faits, Mme Manzini a effectivement ressenti d’importants effets secondaires lors de sa première chimiothérapie : ulcères dans la bouche, douleurs à la mâchoire, difficultés à respirer, et surtout, énormément de fatigue.

Mais pourquoi la chimiothérapie génère-t-elle autant d’effets secondaires? Ce qu’il est important de comprendre, c’est que la chimiothérapie utilise de puissants médicaments avec lesquels on espère cibler les cellules cancéreuses, mais qui vont aussi affecter les cellules saines. C’est ce qui génère une série d’effets secondaires, dont certains peuvent être très importants : perte de cheveux, vomissements, diarrhées et parfois, une atteinte importante du système immunitaire.

« La chimiothérapie conventionnelle qui a été développée depuis près de 60 ans est une chimiothérapie non spécifique, explique le Dr Samson. Elle agit sur les cellules en division cellulaire. On pense donc aux cellules à la racine des cheveux, à la racine des ongles et aux cellules sanguines qui se divisent continuellement. Et les cellules cancéreuses ont également cette caractéristique de se diviser continuellement. Ces médicaments pénètrent donc dans la cellule de différentes façons et bloquent la réplication des cellules cancéreuses. Celles-ci vont en général mourir, ou quelques fois se réparer. Mais heureusement, on a beaucoup de cellules dans notre corps qui ne se divisent plus. On pense aux os, aux cellules des muscles, aux cellules du cœur. La chimiothérapie a donc peu d’effets secondaires dans les cellules normales qui ne sont pas en division, mais plus d’effet sur les cellules qui sont en division, les cellules normales, et surtout, sur les cellules cancéreuses. »

En dépit des nombreux effets secondaires, la chimiothérapie de Mme Manzini s’est révélée un franc succès. Toutes les cellules cancéreuses semblaient disparues. Mais lorsque certains ganglions ont recommencé à s’activer, Mme Manzini s’est fait proposer de suivre une nouvelle chimiothérapie, dans une perspective préventive cette fois-ci. « Moi je n’en sentais pas le besoin à ce moment-là, se souvient-elle. Le risque n’était pas assez grand pour suivre une chimio à ce moment-là. Vraiment pas. Car j’avais trouvé la première chimio très difficile à passer, très fatigante, et j’étais un peu réticente. Je n’avais pas envie de repasser au travers. »

Le choix de la chimiothérapie

Mais comment décider s’il est approprié ou non de donner un traitement de chimiothérapie? « Ça dépend de la situation, répond le Dr Samson. Par exemple, une femme qui a une tumeur au sein subit une ablation de la tumeur. Mais compte tenu de son risque de rechute, de récidive, on va lui proposer un traitement de prévention – un adjuvant – qui va augmenter ses chances de guérison. »

« Le but, ajoute la Dre Aubin, c’est de s’attaquer aux micro-métastases, donc des cellules microscopiques, mais qui sont encore présentes, et qui, si on ne donne pas de chimiothérapie, vont s’activer et le cancer va revenir. »

« Avec les caractéristiques de la tumeur, le stade de la tumeur, on connaît le risque de rechute, précise le Dr Samson. Et on a des modèles informatiques qui ont été développés à partir d’études. C’est un peu souffrir pour faire un gain en termes de survie. Car quand la maladie revient, la plupart du temps, ce n’est pas guérissable. Dans ces circonstances, on est prêts à endurer un peu plus d’effets secondaires pour augmenter ses chances de guérison, que dans une situation métastatique, où la personne se présente avec un cancer disséminé, le stade de guérison est dépassé. Et ce n’est pas tant la guérison qui est impossible, mais la prolongation dans de meilleures conditions. Et là, ce qu’on vise, c’est vraiment une chimiothérapie palliative avec l’objectif de faire vivre les gens plus longtemps, en meilleure santé ou avec une meilleure qualité de vie, et de pallier les symptômes. »

Cinq ans après avoir refusé sa chimiothérapie préventive, Mme Manzini a passé de nouveaux tests médicaux qui ont cette fois-ci révélé une petite activité au niveau du poumon. Elle s’est donc à nouveau fait offrir de débuter une chimiothérapie.

Dans ce cas-ci, il ne s’agissait donc plus d’une approche préventive, mais bien d’un traitement curatif, et c’est la raison pour laquelle elle a accepté de suivre une nouvelle chimiothérapie. À ce sujet, la Dre Aubin souligne qu’il est très rare qu’elle rencontre des gens qui refusent une chimiothérapie curative « car c’est souvent une question de vie ou de mort. »

Elle tient d’ailleurs à souligner que les taux de succès des traitements contre les cancers hématologiques sont souvent excellents. Dans le cas de la maladie de Hodgkin, par exemple, le taux de guérison avec la chimiothérapie dépasse 90 %.

La chimiothérapie en pleine évolution.

« C’est une période extraordinaire pour l’oncologie, s’enthousiasme le Dr Samson, car on comprend de mieux en mieux le fonctionnement des cellules cancéreuses — comment les cellules se disséminent et prolifèrent. Et on peut maintenant faire une ingénierie de médicaments spécifiques ou plus ciblés. »

Depuis ses premières années de pratique, il y a une vingtaine d’années, le Dr Samson considère qu’il a assisté à de fulgurants progrès dans le monde de l’oncologie, notamment dans le cas du mélanome. « Dans le cancer du poumon, on assiste à une révolution en termes de compréhension génétique, ajoute-t-il. Et plus précisément encore, on a découvert dans les dernières années des mécanismes précis. Et on comprend comment les cellules cancéreuses endorment le système immunitaire. »

« On découvre également des mutations, poursuit-il. On est à l’ère de l’analyse génétique des tumeurs. Et on peut bloquer le résultat de ces mutations génétiques et entraîner des changements dramatiques. Plusieurs médicaments issus de la recherche des années 1980 et 1990 vont être remplacés graduellement par de nouveaux médicaments, plus intelligents, plus efficaces et moins toxiques. »

Preuve que les traitements évoluent, la chimiothérapie que Mme Manzini suit actuellement est beaucoup plus facile à vivre que sa première chimiothérapie : « Je n’en reviens pas, c’est une vraie merveille. À part la perte des cheveux qui m’a dérangée plus que je croyais, je n’ai pas de douleurs musculo-squelettiques, je n’ai pas de picotements dans les mains, pas de nausées, pas d’ulcères dans la bouche… Je mange avec bon appétit. Le goût n’a pas changé ce qui avait changé avec mon autre chimio. Alors moi je me dis que c’est une chimio qui me convient. »

Dans quelques semaines, Mme Manzini sera fixée sur l’efficacité de cette chimiothérapie. « Je ne pense pas que je peux viser la guérison, nous confie-t-elle. Moi ce que je vise, c’est de stabiliser. »

Le mot de nos animateurs

Parmi les gens qui s’opposent à la chimiothérapie, certains prétendent que la chimiothérapie peut littéralement tuer. Est-ce vraiment le cas? Malheureusement oui, dans certains cas. Par contre, il faut savoir que ce n’est tout de même pas fréquent et que, d’autre part, les patients sous chimiothérapie luttent contre un cancer, une maladie souvent mortelle. Et quand elle est bien ciblée, la chimiothérapie peut sauver des vies.

Il est évident que la chimiothérapie n’est pas un traitement banal. Mais c’est aussi un traitement qui a beaucoup évolué, surtout au cours des 10-15 dernières années. On n’a qu’à penser à tous ces patients qui reçoivent des traitements à l’hôpital : la majorité d’entre eux retournent à la maison le jour même. Il faut dire qu’on dispose maintenant de médicaments contre la nausée qui sont plus efficaces, ainsi que de facteurs de croissance qui stimulent la production de globules blancs par la moelle – diminuant ainsi les effets secondaires sur le système immunitaire. Les nouvelles thérapies de type immunologique ont également beaucoup moins d’effets secondaires.

Alors, finalement, le constat qu’on fait, c’est que la chimiothérapie demeure une arme très importante dans le traitement du cancer. Il est d’ailleurs important de souligner que pour certains types de cancer, la chimiothérapie demeure la principale – sinon la seule – forme de traitement. Et dans certains cas, on a des taux de réussite spectaculaires.