Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les phobies : des petites peurs d’enfant aux grandes peurs d’adulte

Émission du 7 décembre 2006

Il existe deux sortes de phobies : la phobie sociale (la peur de situations sociales), et les phobies spécifiques (comme la peur l’avion, du sang et des hauteurs).

Phobie sociale  : Les personnes ayant une phobie sociale éprouvent une gêne irrationnelle quasi-paralysante face aux situations sociales. L’idée d’être observées ou de faire quelque chose de terriblement embarrassant devant d’autres personnes les terrorise. Cette peur est tellement intense, voire morbide, que ces personnes évitent habituellement les objets ou les situations qui pourraient la déclencher. Par conséquent, leur capacité à mener une vie normale en est grandement réduite.

Phobies spécifiques  : La peur l’avion, des hauteurs et des grands espaces sont quelques-unes des phobies spécifiques types. Les personnes ayant une phobie spécifique sont accablées de peurs déraisonnables qu’elles ne peuvent maîtriser. Face aux situations qu’elles craignent, ces personnes peuvent éprouver une anxiété et une panique extrême même si elles se rendent compte que leurs peurs sont illogiques.*

Source: site web de l'Association canadienne pour la santé mentale: www.cmha.ca

Nous avons rencontré deux personnes atteintes de phobies qui ont accepté de nous parler de leur combat avec ce mal qui rend le quotidien parfois insurmontable.

Danielle Moulin
«J’ai peur, j’ai peur, mais je sais ni de qui, ni de quoi. On pense qu’on devient fou. On n’est pas capable de s’expliquer pourquoi on a peur. On sait très bien qu’il n’y a rien de dangereux. Ça peut nous prendre n’importe où, n’importe quand.»
Mme Moulin souffre principalement de claustrophobie et aussi d’une peur de l’éloignement. Cela lui a pris d’un coup. Elle était en voyage lorsqu’elle a été prise d’un sentiment de panique très fort, lors d’une sortie à la plage en compagnie d’amis. De retour à Montréal, elle s’est mise à développer toutes sortes de stratégies pour éviter que cela ne se reproduise.
Pourquoi? «On a peur d’avoir peur», nous dit-elle, parce que les symptomes physiques sont tellement forts qu’on ne veut plus les revivre. Pendant deux ans, elle cachait son problème, élaborant des parcours pour se rendre au travail sans être confrontée à sa plus grande crainte – avoir besoin de secours et qu’il n’y ait personne. Elle arrivait au bureau épuisée.

Dominique Hamel
«J’étais super nerveuse. Je ne voulais pas être séparée de ma mère. Plus s’approchait le temps de l’école, plus ça empirait. Rendue à l’école, je n’étais plus capable.»
La mère de Dominique nous précise qu’elle a toujours été une enfant anxieuse. Sa crainte principale : une peur de vomir et aussi la crainte que sa mère ne soit pas là pour la secourir. Son anxiété a augmenté au point où un jour, elle avoue à ses parents se sentir tellement mal qu’elle préférerait se voir morte. C’est le signal d’alarme. Les parents se rendent à l’urgence où on recommande son hospitalisation. Une décision difficile pour les parents: «On se sent tellement mal de faire ça» nous dit la mère de Dominique «on le fait pour son bien mais on ne le sait pas - est-ce que c'est ce qu'il faut faire? Est-ce qu'elle va m'en vouloir?»

Selon Camillo Zacchia, Chef professionnel en psychologie à l’Hôpital Douglas, il est normal d’avoir des peurs. C’est lorsque ces peurs nous empêchent de fonctionner qu’on peut parler de phobie. Cette peur peut survenir pour différentes raisons, mais les personnes qui en souffrent ont toutes en commun une peur de perdre le contrôle. Qu’elle soit imaginée ou réelle, cette peur va provoquer des réactions physiques, car le corps ne fait pas la différence entre un réel danger et celui provoqué par l’imagination : on tremble, on transpire, on rougit. Non traitée, chez les adultes, une phobie peut sérieusement affecter la qualité de la vie. Chez les enfants, une phobie non traitée peut entraîner d’autres troubles de santé mentale : troubles anxieux ou dépression.

Le traitement, chez les adultes, implique un suivi psychologique. Dans des cas de phobies extrêmes, on peut faire appel à des antidépresseurs. Le but du traitement est de faire réaliser au patient qu’il n’y a pas un besoin de contrôler, qu’il n’y a pas de danger.
Le médecin traitant doit travailler à construire la confiance du patient, à gérer ses émotions. On commence doucement à ce que le patient confronte ses peurs pour éventuellement le désensibiliser. Il faut, pour cela, changer la façon dont pense la personne qui a la phobie, prouver que le danger de la chose n’est pas là.
 
Keiron P. O’Conner est psychologue chercheur au Centre de recherche Louis-H. Lafontaine. Il s’intéresse à l'utilisation de la thérapie par réalité virtuelle dans le traitement par désensibilisation des phobies. La thérapie par réalité virtuelle existe depuis environ 10 ans, mais c’est surtout depuis les deux dernières années qu’elle connaît un certain essor. Le patient revêt un casque relié à un ordinateur – qui le plonge dans un environnement généré par ordinateur – un peu à l’image d’un jeu vidéo. Le patient va alors se retrouver dans une réalité où il fait face à ses peurs. Des logiciels ont été créés pour traiter certaines phobies comme celle des hauteurs, des araignées et des souris. Elle permet aux patients de se sentir un petit peu plus en sécurité tout en étant assez absorbé par l’environnement virtuel dans lequel ils se retrouvent. Cela leur permet de vivre toutes les expériences, toutes les émotions associées à leur phobie particulière. M. O’Conner croit que la réalité virtuelle est une technologie très prometteuse qui pourrait fournir, à l’avenir, des voies de traitement intéressantes dans le domaine des phobies et des troubles anxieux.

La docteure Johanne Renaud est pédopsychiatre à l’Hôpital Douglas. Selon elle, il est normal pour les enfants d’avoir des peurs (le noir, les bruits, les monstres) qui passent avec le temps, et il y a des peurs selon les âges. Dès que ces peurs affectent le fonctionnement de l’enfant, il y a phobie. Les phobies chez l’enfant se manifestent par des symptômes physiques ou encore des pensées catastrophiques. Le traitement consiste à identifier la source de la peur. Chez les enfants, les psychologues peuvent grandement améliorer la situation d’un enfant phobique en quelques rencontres. En cas de situations extrêmes, l’enfant devra prendre pendant quelques semaines, quelques mois, des antidépresseurs pour se relaxer, mais il s’agira d’un dernier recours.

Mme Moulin surmonte peu à peu ses peurs. Elle en vient à bout en se désensibilisant depuis maintenant deux ans. Elle fait des bouts de trajet ou elle se parle pour repousser ses limites et se sert de «trucs» comme la respiration et des façons de s’occuper l’esprit pour la distraire de son anxiété : faire des jeux de mots avec l’alphabet, compter les voitures rouges qui croisent son chemin.

La jeune Dominique a aussi progressé de façon remarquable depuis 1 an. Le premier objectif de l’hospitalisation était de lui prouver qu’elle pouvait être séparée de sa mère sans qu’il y ait catastrophe. La thérapie lui a été d’une aide précieuse. Elle est retournée à l’école et poursuit ses études sans interruption. Aujourd’hui, elle gère beaucoup mieux des situations qui jadis auraient provoquées un grand malaise chez elle.

Les phobies se soignent très bien. Les traitements sont efficaces à 80 %. Les deux tiers des personnes qui ont une phobie vont s’en sortir. En temps normal, un traitement s’étend sur une période de 3 à 6 mois.

Ressources :

Hopital Louis-H. Lafontaine
www.hlhl.qc.ca/services

Phobies Zéro
www.phobies-zero.qc.ca

Association canadienne pour la santé mentale
www.cmha.ca

l'Association/Troubles anxieux du Québec
www.ataq.org