Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Cancer de la peau

Émission du 29 janvier 2015

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Au Québec, en 2015, on prévoit diagnostiquer environ 30 000 cancers de la peau. Et environ 1000 d’entre eux risquent fort de s’avérer être des mélanomes, donc des cancers très malins. Les Québécois détiennent d’ailleurs un très triste record : toutes proportions gardées, chez nous, on diagnostique deux fois plus de cancers de peau que dans le reste du Canada, et on s’attend à ce qu’environ 100 personnes en décèdent cette année.

Ce qui est particulièrement navrant, c’est de constater que le cancer de la peau est en constante augmentation, et ce, malgré toutes les campagnes de sensibilisation. Plusieurs raisons peuvent expliquer ce constat. Il y a certes l’insouciance de l’époque des années 1960 et 1970, quand les gens se faisaient allègrement « griller au soleil », qui se traduit aujourd’hui par une phénoménale quantité de cancers de la peau. Mais encore aujourd’hui, trop de gens continuent à fréquenter les salons de bronzage ou à s’exposer au soleil sans protection alors que les rayons UV sont de plus en plus dommageables, en raison de l’amincissement de la couche d’ozone.

D’une manière ou d’une autre, le cancer de la peau est devenu un véritable problème de santé publique. C’est pourquoi notre équipe a choisi de se pencher sur ce sujet cette semaine.

Un cancer en pleine explosion

C’est un fait : les Québécois adorent le soleil. Voilà belle lurette qu’été comme hiver, ils se précipitent sur les plages du Maine, de la Floride et de Cuba. Pour le Dr Joël Claveau, dermatologue spécialisé en mélanome au CHU de Québec, il ne fait aucun doute que cet engouement des Québécois pour le soleil est l’un des facteurs qui expliquent la continuelle progression des cancers de la peau au Québec. « On peut pratiquement qualifier ça d’une épidémie de cancers de la peau, soutient-il. C’est le cancer qui augmente le plus rapidement. On parle de 2 à 3 % d’augmentation par année et c’est malheureusement un phénomène qui ne s’éteint pas. »

L’un des principaux problèmes avec ce cancer, c’est qu’il effraie beaucoup moins les gens que d’autres formes de cancers réputés pour leur virulence et leur agressivité. Et pourtant, le cancer de la peau peut lui aussi être mortel, surtout lorsqu’il est diagnostiqué tardivement.

Oncologue au CHUM, la Dre Rahima Jamal est d’avis que les gens devraient définitivement s’inquiéter davantage du cancer de la peau. Mais les gens ne voient pas de lien entre des coups de soleil qu’ils ont eu pendant l’enfance ou l’adolescence, et le développement d’un cancer des décennies plus tard.

Dr Claveau : « La première chose que les gens nous disent souvent, quand on leur annonce qu’ils ont un cancer de la peau, c’est : “Ça me surprend, moi je ne prends pas le soleil.” Les gens comprennent mal ce que c’est que de prendre le soleil. Car le soleil, ce n’est pas nécessairement aller une semaine sur la plage à Cuba et se coucher pour griller de façon égale de chaque côté. Le soleil, c’est souvent pris dans nos activités quotidiennes, en faisant nos sports ou en jardinant. Si on marche 20 minutes pour se rendre au travail sans avoir de casquette ni d’écran solaire, on a déjà reçu une bonne dose de rayons ultraviolets. »

Plusieurs types de cancer de la peau

Ce qui est souvent confondant quand on parle de cancer de la peau, c’est qu’il y a plusieurs types de cancer de la peau. « Il y a le mélanome qui touche souvent les jeunes et peut être mortel, précise le Dr Claveau. Mais il y a aussi le carcinome qui est très fréquent et qui peut survenir de façon multiple chez le même patient. Le carcinome est associé à l’exposition chronique à long terme, et le mélanome à l’exposition violente intermittente. Les mélanomes, on les voit donc chez ceux qui ont eu des coups de soleil en bas âge et on les retrouve aux épaules et au dos chez les hommes. Et le plus fréquemment, sur les jambes des femmes. »

Les facteurs de risque

Mais quelles sont les personnes les plus à risque? Dermatologue au CHU de Québec, le Dr Jimmy Alain explique que le « patient type » du cancer de la peau peut se décrire comme une personne qui passe beaucoup de temps à l’extérieur, que ce soit pour faire du sport en plein-air, pour travailler à l’extérieur ou pour jardiner, par exemple. « C’est certain que ce sont des patients qu’on va voir de façon régulière, et revoir et revoir, car ils ont accumulé beaucoup de dommages de façon chronique et sont à risque de faire carcinome par-dessus carcinome. »

La montée du cancer de la peau s’explique donc par le fait qu’un trop grand nombre de personnes s’exposent indument au soleil. Le vieillissement de la population y joue aussi pour beaucoup. Mais les spécialistes constatent toutefois que le cancer de la peau frappe maintenant des patients de plus en plus jeunes, tout spécialement des jeunes femmes adeptes des salons de bronzage.

Mais y a-t-il d’autres facteurs qui peuvent causer un cancer de peau? « 90 % des cancers de la peau sont dus à un facteur environnemental comme les rayons ultraviolets, via le soleil ou des méthodes artificielles comme des lampes de bronzage ou des salons de bronzage, répond la Dre Rahima Jamal. Mais il y a d’autres facteurs de risques qui viennent jouer là-dedans : risque génétique, couleur de la peau, couleur des yeux, le fait d’avoir beaucoup de grains de beauté... Et il y a un effet additif de tous ces facteurs de risque. Mais celui qui est le plus facilement influençable, celui sur lequel on peut jouer le plus, c’est l’exposition au soleil. »

Un cancer qui effraie peu, et pourtant…

De manière générale, le cancer de la peau fait moins peur que plusieurs autres cancers, car il se traite souvent assez facilement. Mais il peut aussi s’avérer plus grave et potentiellement mortel. Line Verger en sait quelque chose, elle qui a appris en 2007, à l’âge de 41 ans qu’elle était atteinte d’un mélanome.

« Avoir un mélanome est assez grave, explique la Dre Jamal. S’il est attrapé précocement, donc quand la lésion est toute petite et très fine, le taux de guérison est excellent – autour de 90 %. Le taux de survie à 5 ans est de 90 %. Ce ne sont donc pas ces mélanomes-là qui me causent un problème. Mais comme oncologue médical, ce que je vois beaucoup, ce sont des mélanomes beaucoup plus avancés qui ont le potentiel de voyager et d’aller dans d’autres organes. Et à ces stades-là, la maladie est beaucoup plus grave, le risque de récidive est beaucoup plus important et les taux de guérison sont moins bons. »

De nouveaux traitements

Depuis quelques années, les patients atteints par un mélanome ont toutefois accès à des traitements beaucoup plus prometteurs qu’autrefois. « Avant 2010, je vous dirais que c’était difficile pour le traitement du mélanome, raconte la Dre Rahima Jamal. On n’avait pas beaucoup de traitements et peu d’options thérapeutiques. Mais depuis 2010, plusieurs études qui ont été faites sur le mélanome dans différents champs de traitement et avec de nouveaux médicaments changent la survie du mélanome. Malheureusement, ce ne sont pas des guérisons. On parle de rémission. Mais ce sont des traitements très prometteurs. »

Parmi ces nouveaux traitements prometteurs, on retrouve les thérapies ciblées qui jouent sur une protéine anormale présente dans 50 % des mélanomes et qui visent à freiner la prolifération du mélanome. « L’autre traitement, c’est l’immunothérapie, poursuit la Dre Jamal. C’est un traitement qui joue sur le système immunitaire de la personne. On sait que le système immunitaire joue un rôle dans le contrôle du cancer et ces traitements d’immunothérapie font en sorte de lever le frein sur le système immunitaire. Donc de dire au système immunitaire : « Vas-y et attaque, et on espère qu’en attaquant, tu vas attaquer entre autres le mélanome.» Et pour environ 25 % des gens, ces traitements peuvent amener à des rémissions à long terme. »

L’immunothérapie représente une percée réellement prometteuse pour le traitement du mélanome, nous explique la Dre Rahima Jamal : « Avant l’arrivée de l’immunothérapie, on traitait le mélanome métastatique par chimiothérapie. Mais cette chimiothérapie n’avait pas une efficacité bien prouvée. Ça n’avait jamais été bien démontré qu’en utilisant ce genre de chimiothérapie, on augmentait la survie, donc quand, en 2010, les nouvelles thérapies sont apparues, ça a suscité beaucoup d’espoir chez les patients atteints d’un mélanome métastasique avancé. »

Ce sont ces résultats encourageants qui ont motivé Line Verger à faire partie d’un protocole de recherche pour expérimenter l’efficacité de la combinaison de la chimiothérapie et de l’immunothérapie. Malheureusement, cette approche n’a pas suffi à freiner le cancer et en 2013, Line Verger a appris qu’elle avait une récidive et que son cancer était déjà parvenu au stade 4. « Là, alors à ce stade, c’est sûr que la mort plane énormément au-dessus de ta tête… » nous confie-t-elle.

« On n’est jamais à l’abri d’une récidive de mélanome, explique la Dre Rahima Jamal. Même pour les gens qui ont eu des stades très limités, comme 1 ou 2. Mais ça peut arriver une récidive 10 ans plus tard. Les gens qui ont le plus souvent des récidives, ce sont des gens qui ont des mélanomes plus avancés, comme des stades 3. Mais les stades 1 et 2 peuvent aussi récidiver plus tard. »

Line Verger demeure optimiste malgré tout : « Moi je vais faire partie du 25 % de personnes encore en vie après 2 ans, soutient-elle avec détermination. C’est ça que je me suis dit dans ma tête. »

La crème solaire est-elle utile?

- Oui, mais encore faut-il en utiliser suffisamment pour qu’elle joue pleinement son rôle d’écran solaire.

- Il faut prévoir environ 30 ml pour couvrir tout le corps. Une bouteille de 100 ml est donc bonne pour environ 3 applications. (Alors si vous avez une bouteille de crème depuis 3 ans, vous n’en appliquez certainement pas assez…)

- La crème solaire peut entrainer un faux sentiment de protection : il faut en réappliquer régulièrement pendant la journée et également se protéger avec un chapeau et des vêtements appropriés. (Pour les hommes par exemple : il vaut mieux porter un t-shirt plutôt que se promener torse nu.)

Le mot de nos animateurs

Quand on parle de cancer de la peau, la prévention est certainement un élément très important. Mais le traitement est aussi fondamental. Et le problème au Québec, c’est qu’il est souvent très difficile de trouver un dermatologue qui ne fait pas que de la chirurgie esthétique. Dans certaines régions, il faut parfois attendre 24 mois avant de pouvoir avoir un rendez-vous. L’une des solutions possibles, proposées par le Dr Claveau interviewé dans ce reportage, c’est de mieux former les médecins de famille afin qu’ils soient en mesure de détecter des cancers de la peau.

Il n’en demeure pas moins qu’il faudrait sérieusement se pencher sur le problème d’accès à des dermatologues au Québec.