Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Pourra-t-on un jour trouver les causes du suicide?

Émission du 5 février 2015

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Jean-Claude et Pierrette Ribourtout ont perdu leur fille Luce, qui s’est enlevé la vie en 2009 à l’âge de 36 ans, des suites de différentes psychoses et de la bipolarité qui la minait depuis des années.

Pour tenter de donner un sens au décès de leur fille, et surtout pour contribuer à leur manière à lutter contre le suicide, M. et Mme Ribourtout ont décidé de confier le cerveau de leur fille à la banque de cerveaux de l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Mise sur pied en 1980, cette banque comprend aujourd’hui près de 3000 échantillons de cerveaux qui contribuent chacun à leur façon à l’avancement de la science.

L’étude des tissus cérébraux est essentielle pour comprendre les troubles mentaux ou neurologiques. L’accès à ces tissus permet aux chercheurs de découvrir les causes des différentes maladies du cerveau ou de mettre au point des traitements efficaces contre la maladie d’Alzheimer, la dépression, la schizophrénie, etc.

Comprendre le suicide

Avec l’appui du Bureau du coroner du Québec, la Banque de cerveaux Douglas – Bell Canada et le Groupe McGill d’études sur le suicide (GMES) étudient notamment les facteurs biologiques associés aux troubles de l’humeur et au suicide. Les travaux de recherche réalisés à partir des tissus cérébraux permettent d’élaborer des programmes d’intervention et de prévention destinés à aider les personnes qui souffrent de détresse et présentent un risque suicidaire.

« Les études démontrent que presque tous les gens qui s’enlèvent la vie par suicide ont une histoire de maladie mentale, explique le Dr Gustavo Turecki, directeur du Groupe McGill d’études sur le suicide. Qu’est-ce qu’on entend par maladie mentale? La maladie mentale, ça veut dire de la dépression, de la schizophrénie, des troubles bipolaires, des problèmes de toxicomanie… »

Concrètement, les chercheurs tentent d’établir des liens entre les mécanismes neurologiques et la détresse psychologique des patients. Du point de vue biologique, les échantillons de cerveaux seront donc scrutés à la loupe, tranchés en couches, conservés à -40 °C, analysé sous tous les angles et de mille et une manières… Objectif : comprendre les différents phénomènes tels que l’inflammation de certaines zones du cerveau ainsi que le dérèglement des mécanismes immunitaires qui pourraient contribuer à la détresse psychologique des personnes qui en viennent à s’enlever la vie.

En parallèle de cette étude très physiologique, les chercheurs travaillent également sur un autre plan, en recueillant le témoignage des proches des personnes décédées dans le cadre d’entrevues cliniques. Ils essaient ainsi de documenter les trajectoires des personnes décédées par suicide, afin d’éventuellement établir des liens entre la biologie du cerveau, les expériences de vie et l’acte du suicide lui-même. Le Dr Turecki s’intéresse tout particulièrement à comprendre comment certains traumatismes ou expériences de vie vont altérer l’expression et la fonction de certains gènes – un domaine qu’on appelle l’épigénétique.

Selon le Dr Turecki, les familles qui acceptent de faire don du cerveau de leur proche décédé par suicide contribuent ainsi à l’effort collectif de la prévention du suicide et à peut-être éventuellement à éviter que d’autres familles traversent une situation semblable.