Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le carnet des animateurs

Économie et santé : 2520$ en soins de santé privés par famille chaque année

Émission du 5 février 2015

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En cette période d’austérité, notre système de santé publique n’a pas la vie facile. Souvent remis en question, on l’accuse de nous coûter trop cher et plusieurs plaident pour un plus grand recours au système privé.

Urgentologue à l’Hôpital St-Luc et cofondatrice de l’organisation Médecins québécois pour le régime public, la Dre Saïdeh Khadir est tout à fait en désaccord avec ce courant de pensée. Notre animateur, le Dr Georges Lévesque l’a rencontrée cette semaine. Voici les grandes lignes de cette entrevue :

- Au Québec, chaque famille dépense 2520 $ en moyenne par année en soins de santé privés.

- Le Canada est le 3e pays après les États-Unis et la Suisse où nous dépensons le plus en soins de santé privés.

- Environ 30 % des soins de santé sont payés directement de la poche des contribuables ou couverts via des compagnies d’assurance privée.
À titre de comparaison, en Allemagne c’est 18 %, 12-13 % en Grande-Bretagne, 19-20 % en France. Le Canada se situe donc bien loin derrière les autres pays de l’OCDE.

En quoi consistent ces dépenses en soins de santé privés?

- Il s’agit de soins dentaires, de soins en réadaptation (comme la physiothérapie), de consultations en psychologie, d’achat de prothèses et d’orthèses, ou encore de soins visuels (l’optométrie) et d’achats de lunettes et, surtout, de médicaments (puisque ceux-ci sont encore couverts en grande partie par des assurances privées).

On dit souvent que le privé est plus efficace, mieux organisé et permettrait de réaliser beaucoup d’économies...

- Beaucoup de mythes circulent à ce sujet. Aux États-Unis, où les soins de santé sont très privés, les coûts d’administration sont de l’ordre de 30 %. Au Québec, ces coûts sont plutôt de 2 %.

- Certains pays ont fait le choix de se tourner vers le privé et s’en mordent aujourd’hui les doigts. C’est le cas de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande par exemple, des pays qui avaient un système de santé à peu près identique à celui du Canada avec une assurance-santé universelle. Ils ont suivi le courant de privatisation et se retrouvent aujourd’hui très mal pris. En Australie, les coûts globaux de la santé ont beaucoup augmenté. Par exemple, il y a maintenant des assurances privées pour des interventions médicalement nécessaires.

De 21 % qu’elle était en 1975, la part du privé au Québec est maintenant à 30 %. S’agit-il d’un mouvement irréversible?

- Ce n’est pas souhaitable, mais si on regarde la tendance, cela risque d’arriver. Car lorsqu’on coupe dans le service public, on assiste à une superposition du privé et on se dirige vers une plus grande privatisation.

On dit que le système public ne peut plus fournir, que les contribuables sont taxés jusqu’à la gorge et qu’on n’a pas d’autre choix que de se tourner vers le privé. Que penser de cette solution?

- Ce ne serait pas une solution, car les dépenses vont être plus élevées si elles sont payées de nos poches que si elles sont payées via une assurance publique. Les coûts globaux risquent donc d’augmenter et il n’y a aucune utilité à se tourner vers le privé. Au contraire : il faut maintenir et renforcer notre régime public d’assurance santé.

Blog du Dre Khadir