Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Peut-on maigrir par le froid?

Émission du 12 février 2015

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La liposuccion a connu ses heures de gloire, mais on sait aujourd’hui qu’il s’agit d’une technique qui ne fonctionne pas. Aujourd’hui, une nouvelle technique a le vent dans les voiles : la cryolipolyse, mieux connue sous le nom de coolsculpting. Objectif : détruire les cellules de graisse par le froid, sans intervention chirurgicale. Mais cette technique est-elle efficace, et surtout, sécuritaire? Entraîne-t-elle des effets néfastes sur la santé? C’est ce que notre équipe a cherché à savoir dans ce reportage.

Qui ne rêve pas de faire disparaître certaines zones de rondeurs ou de bourrelets sur le ventre? Et surtout, sans effort! C’est ce que fait miroiter le coolsculpting, une technique qui fait fureur dans les cliniques de dermatologie comme la clinique PEAU de Montréal, que nous sommes allés visiter.

Dermatologue et propriétaire de cette clinique, le Dr Manish Khanna est le premier médecin à avoir importé la technologie de la cryolipolyse à Montréal. Disponible sur le marché depuis 3 ans aux États-Unis, la cryolipolyse a été acceptée par Santé Canada en 2013.

Le Dr Khanna nous explique que la cryolipolyse repose sur un principe : refroidir le gras. Un applicateur est placé sur la peau, sur les zones qu’on souhaite amincir. L’appareil va attirer la zone par succion entre deux plaques qui vont refroidir la peau et le gras. Et comme le froid agit spécifiquement sur les cellules graisseuses, les autres cellules ne seraient pas menacées par ce refroidissement.

Des études encore limitées

Selon le Dr Khanna, cette technique serait basée sur des recherches réalisées à l’Université de Harvard il y a quelques années.

Physiologiste à l’UQAM, Rémi Savard reconnaît que plusieurs études documentent les effets positifs de la cryolipolyse. Par contre, seulement deux de ces études seraient vraiment convaincantes. Celles-ci démontrent que la cryolipolyse permet de diminuer l’adiposité de 20-25 % dans la région qui a été gelée. Cette perte de graisse serait d’ailleurs stable après 1 an. Mais aucune étude n’en a encore démontré les effets à long terme.

« C’est une technique que je ne qualifierais pas d’agressive, nuance Rémi Savard. Mais c’est tout de même une technique qui détruit les cellules adipeuses et qui donc perturbe l’équilibre du tissu adipeux avec son environnement et avec l’organisme comme tel. »

Des cellules de graisse qui ne disparaissent pas par magie

Directeur de la recherche en cardiologie à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie du Québec, Jean-Pierre Després a de sérieuses réserves face à cette approche du coolscuplting.

Ce qu’il est important de comprendre avant tout, précise-t-il, c’est que toutes les cellules graisseuses ne sont pas néfastes : « Le mauvais gras, c’est le gras interne — tout ce qu’il y a dans la cavité abdominale, qui va envelopper le cœur, et aussi infiltrer le foie et les muscles. (…) Et la graisse qu’on va vouloir enlever à des fins esthétiques, c’est plutôt une graisse qui se loge sous la peau et qui est beaucoup moins dommageable que toute cette graisse interne. Lorsqu’on détruit des graisses avec du froid, ce sont ces premières couches de cellules sous la peau qu’on va détruire. »

Mais que se passe-t-il avec ces cellules graisseuses qu’on détruit par le froid? Disparaissent-elles par magie? Selon le Dr Manish Khanna, ce gras est par la suite éliminé par le système inflammatoire et par les voies naturelles. Une affirmation que réfute le Jean-Pierre Després : « On ne va pas réécrire le livre du métabolisme énergétique humain ou de la physiologie de l’énergie. Quand avec du froid, on détruit des cellules, il y a du gras qui est libéré. Alors ce gras, on ne va pas le retrouver dans les urines ni dans les selles. Alors comment va-t-on le recycler ce gras? Il va se retrouver dans l’organisme humain, à moins que vous fassiez du travail physique et de l’exercice avec vos muscles. Donc vous allez le brûler. Mais encore une fois, il n’y a pas d’autres voies naturelles par lesquelles vous allez éliminer ce gras qui est libéré. »

« Si la personne fait de l’activité physique et dépense plus d’énergie qu’elle n’en consomme, poursuit-il, ce gras-là va être utilisé pour l’activité physique en question. Mais si la personne ne change pas son mode de vie, ce gras-là va être recyclé par le foie pour refaire des triglycérides. Il va être relibéré dans la circulation et stocké quelque part. Mais si les cellules de graisse qui stockaient cette énergie ont disparu, mère Nature va essayer de stocker cette énergie quelque part. Et elle peut stocker ça dans les tissus maigres comme dans le muscle, dans le foie, autour du cœur — un phénomène qu’on appelle la graisse ectopique, la graisse interne. Mais ça, ce n’est pas bon pour la santé. »

Sans vouloir porter de jugement de valeur sur cette approche, Jean-Pierre Després souhaite que les gens qui y ont recours réalisent qu’il n’y a rien de magique là-dedans : « Il faut garder à l’esprit que vous venez d’enlever des cellules qui peuvent potentiellement protéger vos tissus maigres, votre cœur, votre foie, vos muscles, si jamais vos habitudes alimentaires ou votre mode de vie se détériorent. Vous allez devenir une personne vulnérable. Alors là, soyez conscientes que vous être condamnés – ce n’est pas une condamnation difficile en ce qui me concerne, mais il faut aimer ça! – à bouger. Bouger beaucoup, tout le temps, et de bien manger. Car sinon, on vient de vous enlever tous ces cellules sous la peau qui pourraient protéger vos tissus maigres. Alors, gardez ça à l’esprit. »

Une thérapie coûteuse

En plus d’être controversée, la cryolipolyse est un traitement coûteux qui peut varier entre 900 $ et 6000 $. Pour un patient moyen, le prix est d’environ 2500 $ par séance.

Complément d'information

À la demande de l'équipe du Dr Manish Khanna, voici un complément d'information intéressant :

Le Dr Manish Khanna, directeur médical de la clinique PEAU est aussi un grand spécialiste du cancer de la peau dirigeant le département en oncologie dermatologique à l’HÔPITAL GÉNÉRAL JUIF DE MONTRÉAL. Il y pratique aussi la chirurgie de Mohs, une spécialité rare qu’il a perfectionné au CANCER INSTITUTE CENTER OF ARKANSAS, une institution reconnue mondialement pour son apport en recherche et en développement concernant toutes les questions avancées de sciences médicales entourant le cancer. De plus, il supervise les enseignements à l’Université McGill au sujet du cancer de la peau en tant qu’expert.

En ce qui concerne, l’évacuation des cellules adipeuses (graisse) avec la technologie du CoolSculpting dont il est question dans le reportage, le Dr Khanna tient à faire les précisions suivantes :

La notion d’apoptose, au cœur scientifiquement de la technique de la cryolypolise, qui permet l’élimination des cellules de graisse n’a pas été abordée concrètement dans le reportage.

Le Dr Khanna précise d’entrée de jeu que la cryolipolyse n'est pas du tout une technique pour perdre du poids mais tout simplement pour perdre un bourrelet graisseux localisé comme par exemple les poignées d'amour.
"Les résultats ne sont pas immédiats", confie le Dr Khanna. "La réduction de graisse localisée commence à se voir à la fin du premier mois quand l'apoptose, c'est-à-dire le non renouvellement cellulaire, a eu lieu. Et cela va se poursuivre sur deux mois progressivement et en douceur."

« En effet, d’une manière technique, il est plus juste de préciser que l’exposition au froid par extraction de l'énergie provoque l'apoptose des cellules graisseuses, c'est-à-dire une mort naturelle contrôlée des cellules qui entraîne la libération de cytokines et autres médiateurs inflammatoires éliminant peu à peu les cellules de gras visées. Ce qui fait de la cryolipolyse une technologie efficace et totalement sécuritaire qui s’adresse aux personnes avec un poids stable.

La notion d'apoptose a été pour sa part introduite en 1972 par le chercheur scientifique réputé John F Kerr et
ses collègues, pour désigner une forme de mort cellulaire douce et qui ne produit pas d’inflammation. Durant l’apoptose, la cellule se modifie selon un modèle général biologique bien connu.

Les cellules en apoptose vont tout d’abord s'isoler des autres cellules. Puis le noyau et le cytoplasme vont subir une importante condensation ce qui amène une diminution significative du volume cellulaire. La membrane plasmique va ensuite bourgeonner et conduire à la formation de corps apoptotiques renfermant une partie du cytoplasme de la cellule. Ces corps seront enfin phagocytés par les cellules environnantes qui les reconnaîtront grâce à un changement de localisation des molécules membranaires (les phosphatidylsérines qui passent d'une orientation cytoplasmique vers une orientation extracellulaire). L’une des caractéristiques majeures de l'apoptose, qui permet l’élimination des cellules adipeuses de manière naturelle, réside donc dans l'intégrité de la membrane plasmique n'est jamais altérée au cours du processus de la lypocryolise, ce qui permet d'éviter tout déversement du contenu cellulaire qui pourrait endommager les cellules environnantes.

Puis, les cellules inflammatoires digèrent progressivement les cellules adipeuses visées au cours des mois qui suivent la procédure, ce qui diminue l'épaisseur de la couche graisseuse Par la suite, les lipides des cellules adipeuses sont lentement libérés et transportés par le système lymphatique, puis traités et éliminés de la même manière que la graisse provenant des aliments que l’on mange.

D'après leurs résultats, les chercheurs ont conclu de manière certaine que « le refroidissement prolongé et contrôlé des tissus peut induire une réduction sélective des cellules adipeuses (gras) et la perte subséquente des graisses sous-cutanées, sans abîmer la peau sus-jacente ». Cette découverte, appelée « cryolipolyse sélective », a mené au développement de la technologie brevetée sur laquelle repose la procédure non invasive CoolSculpting® dont il est question dans le reportage.

La procédure via le CoolSculpting utilise les principes de la cryolipolyse et provoque l'apoptose des cellules adipeuses, uniquement, pour réduire en douceur et peu à peu la couche graisseuse tout en préservant tous les autres tissus.

Le système CoolSculpting dans ce cas précis contrôle le taux d'extraction de l'énergie, ou de refroidissement, pendant la procédure. Il en résulte une diminution des bourrelets graisseux visible au bout de deux à quatre mois chez la plupart des patients. Les cellules adipeuses dans la zone traitée disparaissent progressivement via une réaction métabolique normale du corps, de la même manière que la graisse provenant des aliments est éliminée. Voilà la réaction du corps qui permet d’affirmer que les cellules graisseuses sont éliminées de manière naturelle par notre système.

Enfin précise-t-il, « la technologie développée à l’Université Harvard est très sécuritaire bien que les personnes allergiques au froid ne peuvent s’y soumettre et qu’elle est déconseillée aux femmes enceintes. »