Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Histoire de cas

Gestion autonome des médicaments de l'âme

Émission du 12 février 2015

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Les personnes aux prises avec un problème de santé mentale doivent souvent prendre plusieurs médicaments, en plus de ce qui est déjà requis pour traiter d’autres conditions – diabète, hypertension, maladies du cœur, etc -. Chacun de ces médicaments vient avec une série d’effets secondaires (tremblements, perte de conscience, prise de poids…), ce qui crée des situations qui peuvent devenir bien difficiles à gérer pour les patients.

Pour leur venir en aide, le Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec a développé un outil très novateur dans les années 1990 : le guide d’autogestion des médicaments, qui redonne aux patients un certain pouvoir sur leur médication. Encore aujourd’hui, ce guide est malheureusement peu connu, alors qu’il s’avère d’une grande utilité pour les personnes qui y ont recours.

Au Centre d’activités pour le maintien de l’équilibre émotionnel de Montréal-Nord (CAMEE), les intervenants offrent des ateliers pour aider les personnes atteintes de problèmes de santé mentale à utiliser ce guide. Nous sommes allés assister à l’un de ces ateliers pour constater à quel point cet outil est apprécié par les intervenants et les patients.

Coordonnateur du CAMEE, Jean-Nicolas Ouellet se défend bien d’être contre la médication qui est utilisée pour traiter les troubles mentaux. Mais force est de reconnaitre, soutient-il, que les médicaments prennent beaucoup de place dans la vie des gens et que, fait paradoxal, ces médicaments ne guérissent rien, puisqu’ils ne font que soulager des symptômes.

« Les gens se posent des questions sur leur médication, explique-t-il. Pourquoi j’en prends tant, depuis si longtemps et que je ne guérirai jamais? Est-ce que je peux avoir une vie là-dedans? La gestion autonome de la médication, c’est une porte pour entrer vers un endroit où il y aura des réponses à ça, pour amener les gens à réfléchir à ce qui se passe. »

Un apprentissage important

Dans ces ateliers de groupe offerts par le CAMEE pour une dizaine de semaines, les participants apprennent à observer les impacts des médicaments sur différents aspects de leur vie, comme le sommeil et l’appétit par exemple. L’objectif, c’est de les amener à bien se préparer à leur prochaine rencontre avec le médecin ou le psychiatre, pour avoir des données plus précises et plus solides pour discuter d’un éventuel changement de dose de médicament.

« Ce qu’il faut savoir, nous dit Jean-Nicolas Ouellet, c’est que lorsque les gens vont un peu mieux, les rendez-vous avec le psychiatre ont habituellement lieu aux 3 ou 6 mois, et durent souvent 10 minutes. Alors chaque minute compte! »

Lorsque les patients se présentent à ces rencontres avec un compte-rendu détaillé de l’évolution de leurs symptômes, avec des dates et des commentaires, le psychiatre a donc un outil précieux pour évaluer l’impact des médicaments sur les différents aspects de la vie du patient.

Retrouver un pouvoir sur sa vie

« Notre travail c’est d’informer les gens, soutient Jean-Nicolas Ouellet, de les outiller et ce n’est surtout pas de leur conseiller de prendre plus de médication ou d’en prendre moins, ou de l’arrêter. Ça, ça appartient au rendez-vous médical. C’est là que ça se passe. Mais ce que l’on fait avec les gens, c’est qu’on leur donne le droit de questionner leur médication, de regarder (…) on leur donne le droit de douter de la sacro-sainte parole médicale, pharmacologique, pour essayer d’avancer. Le but, c’est que les gens aient une meilleure qualité de vie. »

Cette démarche permet de redonner aux patients une plus grande crédibilité, souvent mise à mal par les symptômes de leur maladie.

« Ce qui est principalement le problème des gens, c’est l’ajustement plus fin de la médication, ajoute Jean-Nicolas Ouellet. Certains en prennent trop, certains n’en prennent pas assez… on donne la pilule, on ne donne jamais le renseignement qui va avec. Les gens apprennent par surprise les effets secondaires lorsqu’ils les ressentent. »

« Moi je pense que les gens font partie de la solution à leur problème, conclut-il, et qu’on doit trouver des manières de faire, des approches, des programmes, pour les inscrire dans leur solution et qu’ils puissent prendre leur vie en mains. »

Le mot des animateurs

Plusieurs recherches ont été menées sur ce programme, et on constate qu’il a véritablement fait ses preuves. Tant les professionnels de la santé, que les patients eux-mêmes témoignent de ses bienfaits. Il s’agit même d’un programme encensé par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Le programme est d’ailleurs maintenant exporté ailleurs dans le monde, notamment au Brésil.

Ressources

RRASMQ (Regroupement des ressources alternatives en santé mentale du Québec) : http://www.rrasmq.com/presentation.php

CAMEE
11700, avenue l'Archevêque, ?Montréal, H1H 3B6
514 327-3035
info@camee.ca