Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Histoire de cas

Le sommeil des ados

Émission du 19 février 2015

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C’est connu : les adolescents ont un cycle de sommeil vraiment bien à eux. Faut-il s’en inquiéter ou plutôt prendre ces changements avec un grain de sel?

Dans les écoles secondaires, les professeurs et les intervenants le constatent tous les jours. De trop nombreux adolescents sont épuisés, parce qu’ils ne dorment pas suffisamment ou dorment mal. Un constat qui a été confirmé par l’équipe de recherche du neuropsychologue Roger Godbout, professeur au Département de psychiatrie de l’Université de Montréal et chercheur au Laboratoire du sommeil de l’Hôpital Rivière-des-Prairies, lors d’une étude dans les écoles secondaires.

Devant ce constat, certaines écoles ont commencé à retarder l’heure du début des cours, pour s’adapter à l’horloge physiologique des étudiants. Mais comment se fait-il que les adolescents dorment aussi mal?

Les causes

Ce débalancement du sommeil s’expliquerait par plusieurs facteurs, notamment biologiques, « Il semble y avoir des mécanismes physiologiques qui expliquent qu’à l’adolescence, il y a spécifiquement un décalage de l’horaire de sommeil qui s’effectue, explique Valérie Mongrain, professeure adjointe au Département de neurosciences de l’Université de Montréal. Le décalage est vraiment graduel et s’opère sur une dizaine d’années. »

Au-delà de ces changements physiologiques, de nombreux adolescents dorment mal parce qu’ils se couchent trop tard, même des soirs de semaine, et parce que les appareils électroniques prennent une place démesurée dans leur quotidien. Enseignant à l’École secondaire Paul-Gérin-Lajoie à Outremont, Francis Pelletier croit que de nombreux parents ne sont pas conscients de ce qui se passe dans la chambre à coucher de leur adolescent la nuit et que les écrans de tous genres nuisent à la qualité de leur sommeil. « Souvent, les jeunes sont si stimulés qu’ils n’ont pas envie de dormir. »

Un constat qui est confirmé par les travaux de recherche de Roger Godbout. « Souvent, les adolescents se retrouvent comme des médecins de garde, explique-t-il. Leur téléphone est comme un téléavertisseur, et dès que ça sonne la nuit, ils ont le besoin de se lever et de répondre à un texto qui entre à 3 heures du matin. »

Ce mode de vie nocturne n’est pas sans danger, prévient Roger Godbout : « Le sommeil fragmenté peut être plus dommageable qu’une nuit entière sans dormir, car le cerveau passe d’un état à l’autre : réveillé, endormi, réveillé, endormi… Or, la qualité d’un bon sommeil est d’être consolidé et ininterrompu. »

En plus de réveiller les jeunes à des heures indues, les appareils électroniques nuisent également à leur sommeil par leur luminosité qui inhibe la production de mélatonine, une hormone naturelle qui favorise l’endormissement.

Des conséquences importantes

Dans ses travaux de recherche, Valérie Mongrain fait passer des tests de vigilance aux adolescents. Et ses résultats démontrent que lorsque les jeunes sont en manque de sommeil, ils ont un temps de réaction plus lent et font plus d’erreurs. « Ça nous indique qu’un adolescent qui est en manque de sommeil en classe va avoir de la difficulté à maintenir son attention envers les informations transmises par le professeur. »

Il a d’ailleurs été documenté que le manque de sommeil a un impact sur la réussite scolaire. « Une grande enquête réalisée sur plusieurs milliers d’étudiants montre que ceux qui ont des C ou des D dorment 45 minutes de moins que ceux qui ont des A et des B, nous dit Roger Godbout. On le voit donc aussi en classe : ceux qui dorment le moins bien sont aussi ceux qui réussissent le moins bien. »

En plus d’avoir des notes moins élevées, les adolescents qui ne dorment pas suffisamment sont aussi plus à risque de manifester une humeur dépressive, de l’irritabilité, de la somnolence, de l’impulsivité, poursuit le chercheur. « C’est donc très important, résume-t-il. Ce n’est pas une maladie terminale, mais ça a des conséquences très importantes. »

Dans des études réalisées sur des rongeurs, l’équipe de Valérie Mongrain a même constaté qu’un manque de sommeil aigu modifie les marques épigénétiques dans le cerveau, ce qui veut dire que l’ADN est modifié de manière permanente : « Juste un manque de sommeil aigu peut explique le fait qu’il va y avoir des connexions entre les neurones qui pourraient être potentiellement altérées pour le reste de l’existence. »

Les jeunes sont-ils prêts à faire les changements nécessaires et à modifier leurs habitudes de sommeil pour se créer une routine de sommeil plus favorable à une bonne nuit de sommeil? Rien n’est moins sûr…