Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Pré-diabète

Émission du 19 février 2015

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Le diabète de type 2 est devenu un véritable problème de santé publique et la meilleure solution pour le prévenir passe indéniablement par l’adoption de saines habitudes de vie. Mais force est de constater que le message passe mal et qu’il est inefficace de demander aux individus de modifier leurs habitudes sans leur offrir de support pour y parvenir. C’est pourquoi un nombre croissant d’experts plaident pour une approche plus collective. Les différents paliers de gouvernements peuvent jouer un rôle certes, en créant des environnements plus favorables aux saines habitudes de vie, mais les entreprises peuvent elles aussi contribuer à ce projet collectif.

C’est exactement ce que propose le Grand Défi Entreprise, mené par l’équipe du Grand Défi Pierre Lavoie. Objectif : aller rejoindre les travailleurs directement dans leur milieu de travail pour les inciter à adopter de meilleures habitudes de vie. Comme l’a constaté notre équipe sur le terrain, cette initiative permet d’obtenir des résultats vraiment très impressionnants.

Président-directeur général du Groupe-conseil Novo SST, René Boivin fait partie des entrepreneurs visionnaires qui ont décidé de relever ce Grand défi Entreprise. Et bonne nouvelle : les employés ont répondu avec grand enthousiasme à cette offre de prendre leur santé en main. 85 % des 110 employés ont décidé de s’inscrire à ce Grand Défi proposé par leur employeur.

« Nous sommes une entreprise qui œuvre en santé et en sécurité, explique M. Boivin. C’était donc important pour nous de montrer l’exemple. Et le Grand Défi Entreprise nous permet d’avoir des employés plus en forme, donc plus performants. »

Sur le terrain, ce que propose le Grand Défi Entreprise aux organisations qui y adhèrent, c’est une caravane de 12 professionnels (techniciens de laboratoire, infirmières, nutritionnistes) qui se rendent sur les milieux de travail pour offrir une évaluation de la condition de santé des travailleurs qui acceptent de s’inscrire au Défi. Tout est scruté à la loupe : qualité de l’alimentation, habitudes de vie, facteurs de risque personnels, cholestérol, tension artérielle, glycémie, condition cardio-vasculaire… En une heure, un employé entre dans la caravane et en ressort avec un rapport détaillé de sa condition de santé et une série de recommandations pour améliorer ses habitudes de vie (activité physique, alimentation).

« On utilise le concept du cube énergie représentant 15 minutes d’activité physique, explique Nathalie Almeras, directrice scientifique du Grand Défi Entreprise. Sont-ils capables d’en mettre dans leur horaire tous les jours? Un deuxième 15 minutes? C’est à eux de voir comment ils organisent leur agenda de ce côté-là. Et au niveau de la qualité nutritionnelle, on regarde avec eux ce qu’il y a de trop, soit ce qu’ils consomment fréquemment et qu’ils ne devraient consommer qu’à l’occasion. »

Des résultats spectaculaires

Directeur de la recherche en cardiologie de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, Jean-Pierre Després est renversé par les spectaculaires résultats de ce Grand Défi Entreprise. C’est pour lui une excellente manière de réduire le taux de prédiabète dans la population, comme il l’a constaté dans une étude sur le terrain.

« Par nos études réalisées en laboratoire, on sait qu’on peut réduire les prédiabétiques de 50 %, simplement en améliorant leur qualité nutritionnelle et en les faisant bouger davantage, explique-t-il. Et l’étude sur le terrain qu’on a fait avec le Grand Défi Entreprise nous montre exactement les mêmes spectaculaires résultats. On n’a donc aucun doute qu’on est capables de transférer ces études de laboratoire à des études de terrain. »

Les résultats de l’équipe du Dr Després ont également montré que le Grand Défi Entreprise avait permis de diminuer de moitié la prévalence de l’hypertension chez les travailleurs en trois mois à peine. Mieux encore, les nouvelles habitudes de vie ont permis de faire carrément disparaître le diabète chez certains travailleurs. Le programme a également permis d’améliorer de façon notable la condition cardio-vasculaire, le bilan lipidique et le taux de cholestérol des travailleurs participants. « Bref, l’ensemble du tableau définissant la santé de ces employés-là s’est amélioré de façon spectaculaire en trois mois, résume M. Després. Leur tour de taille a diminué de 4 centimètres. Et les études dans le monde où on a réussi à diminuer le tour de taille de 4 centimètres ont montré que cette diminution du tour de taille réduisait le risque de développer le diabète de 60 %, imaginez-vous! »

Sur le terrain, notre équipe a rencontré des employés qui ont participé à ce Grand Défi et qui sont eux aussi estomaqués par les changements très positifs que ce Défi a entrainés dans leur vie, après à peine trois mois d’engagement. Lucie Rodrigue, par exemple, a perdu 35 livres et 13 centimètres de tour de taille. « J’ai appris à bouger à 57 ans! » s’exclame-t-elle avec enthousiasme.

Même son de cloche pour Vincent Tassim qui a perdu plus de 20 livres et 15 cm de tour de taille. Il projette même de perdre encore 20 livres de plus au cours des prochains mois.

Pour Line Parent, les résultats ont été encore plus spectaculaires. Avant d’entamer le Grand Défi Entreprise, elle pesait 235 livres, un poids qui la catégorisait comme « obèse morbide ». Aujourd’hui, elle a perdu 30 livres et 22 centimètres de tour de taille. Son taux de gras a baissé de 18 % et son bilan de santé est maintenant nettement positif.

Depuis 3 ans et demi, une vingtaine d’organisations ont adhéré à ce Grand Défi Entreprise, ce qui a permis de rejoindre près de 4000 personnes. Il s’agit d’un engagement non négligeable puisque ce sont les organisations elles-mêmes qui en assument entièrement le prix : 300 $ par employé. Mais pour René Boivin, il s’agit d’un investissement extrêmement rentable pour l’entreprise Novo SST. « Qu’est-ce qui coûte le plus cher, entre avoir un travailleur qui est en santé, ou un travailleur qui est chez lui, en maladie? demande-t-il. Poser la question, c’est y répondre! »

Des investissements rentables

Pour Jean-Pierre Després, il est indéniable que de telles initiatives menées dans le milieu des entreprises sont vraiment précieuses en terme de santé publique : « Je pense que ce qu’on fait avec les entreprises, c’est extrêmement prometteur et qu’il faut mettre autour de la table tous les acteurs potentiels, c’est fini le temps où on faisait du travail en silo. Il ne faut pas que la prévention soit une chasse gardée qui serve des intérêts personnels. On ne peut pas se permettre ce luxe-là. On a besoin de travailler tout le monde ensemble. »

Les investissements dans la prévention du diabète et du prédiabète sont d’ailleurs extrêmement rentables, poursuit-il, autant pour les gouvernements que pour les entrepreneurs. « Même les chefs des grandes entreprises vont le reconnaître quand on met les chiffres sur la table, car ça leur coûte une fortune en assurance santé. »

Du point de vue gouvernemental, les coûts associés à la prise en charge des patients diabétiques sont par ailleurs extrêmement élevés, rappelle le Dr Després. « Le diabète est la principale cause d’amputation, de cécité et d’insuffisance rénale, explique-t-il. Alors, imaginez les coûts. On a 750 000 patients diabétiques au Québec. Multipliez ça par plusieurs milliers de dollars par patient… le chiffre est absolument astronomique. »

Le Québec est d’ailleurs loin d’être le seul État aux prises avec ce problème de santé publique, puisque le diabète fait des ravages aux quatre coins du globe. Mais certains pays ont bien compris que la solution passe indéniablement par la prévention. C’est le cas du Japon. Le ministère de la Santé y a entrepris un grand programme de dépistage de l’obésité abdominale très inspirant : tous les travailleurs de plus de 45 ans doivent absolument se faire évaluer pour identifier ceux qui sont touchés par une condition de prédiabète. Et lorsque c’est le cas, les travailleurs sont référés à un service de soutien pour les aider à recalibrer leurs habitudes alimentaires et d’activité physique. « C’est le premier pays au monde à faire ça, soutient le Dr Després. C’est très visionnaire, d’autant plus que c’est largement supporté par les entreprises. »

Comme l’a constaté notre équipe sur le terrain lors de sa visite chez Groupe conseil Novo SST, tant les employés que les gestionnaires témoignent des bienfaits du Grand Défi Entreprise. Devant une telle réussite, on ne peut que souhaiter qu’un nombre croissant d’entreprises se laissent séduire par ce beau défi de mettre la santé des employés dans la liste de leurs priorités corporatives.

Le mot de nos animateurs

Le Grand Défi Entreprise est vraiment une excellente initiative. Il faut féliciter les dirigeants d’entreprises qui ont choisi d’investir dans le bien-être de leurs employés, car le retour sur l’investissement n’est certainement pas immédiat.

Site du Grand Défi Entreprise