Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Cures de détox

Émission du 19 février 2015

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L’alimentation est devenue une préoccupation majeure pour beaucoup de gens. Et on assiste ces temps-ci à un certain engouement pour les cures dites « détox » qui nous font miroiter tout un éventail de bienfaits. Mais qu’en est-il vraiment?

Cures de jus, pilules détoxifiantes, recettes détox glanées sur le Web : les cures détox se déclinent sous différentes formes. Certaines visent à perdre du poids tandis que d’autres prétendent « nettoyer l’organisme » en le débarrassant de ses toxines. Mais deux experts que nous avons rencontrés émettent certaines réserves face à cet engouement, et ce, pour plusieurs raisons.

Une solution facile?

Nutritionniste et blogueur pour le groupe Extenso, Bernard Lavallée analyse l’engouement pour les cures détox comme une recherche de solution facile pour éliminer les excès sans modifier les habitudes de vie « Les gens n’ont pas le goût de changer leurs habitudes de vie, soutient-il. Ils n’ont pas le goût de se mettre à faire des efforts. Avec les cures détox, c’est ce qu’on leur vend. On leur dit que ça va être facile, que ça va être rapide et que tout va être effacé. »

Des filtres à nettoyer?

Professeur émérite en pharmacologie à l’Université de Montréal, Jean-Louis Brazier n’est pas du tout d’accord avec cette image de « détoxifier l’organisme » et de « nettoyer les organes » quelques fois par année, comme si nos boyaux internes s’encrassaient comme des tuyaux de poêle pendant l’hiver.

« Ça ne tient pas du tout la route sur le plan biologique, soutient-il. Notre foie, nos reins, ce ne sont pas des filtres. Ce sont des organes qui sont équipés avec des outils pour métaboliser, donc transformer les molécules étrangères. Ce sont des enzymes qui prennent des molécules qu’on a avalées et respirées et qui les transforment en molécules solubles dans l’eau, pour qu’elles puissent être éliminés par l’urine et par la bile.
Ce n’est donc pas un filtre qui s’encrasse comme le filtre à huile d’une voiture. C’est un processus dynamique… Donc à la fin de l’hiver, notre foie il est bien beau, nos reins sont bien beaux et on n’a pas besoin d‘y passer le hérisson pour le nettoyer. »

Des produits dangereux?

Parmi les diverses formes de cures disponibles sur le marché, on retrouve toute une variété d’ingrédients naturels. Mais attention, prévient Jean-Louis Brazier, certains de ces produits sont des laxatifs stimulants qui sont habituellement utilisés pour traiter des cas de constipation sévère et qui peuvent s’avérer très irritants pour l’organisme. En augmentant le mouvement de l’intestin, ils provoquent un mouvement dit de « colon cathartique », ce qui désorganise le fonctionnement de l’intestin, irrite la muqueuse et fait perdre du potassium, ce qui représente des effets secondaires dangereux.

Bernard Lavallée ajoute une autre mise en garde. En plus de ses effets laxatifs potentiellement dangereux, les cures entrainent également un effet de restriction, puisqu’elles fournissement très peu de calories : « Si c’est une cure qu’on suit pendant une longue période, avec très peu de calories, plus le temps passe, plus ça devient dangereux parce que notre corps manque d’énergie et de nutriments. On s’alimente avec peu d’aliments et d’énergie, donc on manque de vitamines et de différents nutriments. » Devant cette restriction imposée, notre corps se met donc en mode « jeûne » et commence à puiser dans ses réserves d’eau, de sucres et de gras. « Donc on perd de l’eau, on perd des muscles, résume Bernard Lavallée, mais on ne perd ni le gras ni les toxines qu’on voulait perdre »

Des cures très coûteuses

En plus d’être potentiellement dangereuses et inefficaces, les cures détox peuvent aussi s’avérer très coûteuses, prévient Bernard Lavallée. Dans le cas des jus commerciaux à consommer pendant un certain nombre de jours, la facture peut facilement grimper à 200 ou 300 $ pour à peine 2-3 jours. « On voit qu’il y a un marché pour ça, constate-t-il. Les gens sont prêts à payer pour ça. Mais malheureusement, les bénéfices qu’on espère ne sont absolument pas là. »

Plutôt changer ses habitudes

Le mot cure peut toutefois s’interpréter de différentes manières. Certaines d’entre elles peuvent effectivement s’avérer inutiles, voire dangereuses, mais toutes les « cures » ne doivent pas être mises dans le même panier. Lorsque des cures visent à nous faire développer de meilleures habitudes alimentaires, elles ne peuvent pas nous détoxifier, mais elles ne font certainement pas de tort non plus. C’est notamment le cas de l’approche qui est préconisée dans des ateliers comme ceux qui sont offerts par l’entreprise Crudessence, qui visent à enseigner aux gens comment améliorer leurs habitudes alimentaires sans pour autant développer des carences ou des déséquilibres comme les cures détox plus commerciales.

Microbiologiste et infectiologue à l’Institut de cardiologie de Montréal, le Dr Richard Marchand est d’avis qu’une cure visant à améliorer ses habitudes alimentaires n’est certainement pas mauvaise en soi : « Un régime alimentaire ou une cure qui vous amène à manger des fruits et des légumes si vous n’en mangez jamais, c’est excellent. Si ce régime-là vous fait avaler ces légumes sous forme de jus, c’est déjà mieux que de ne pas en manger du tout. Mais c’est quand même moins bon que de manger les légumes avec les fibres qui viennent interagir directement avec votre flore intestinale. » D’où l’importance d’opter pour des programmes qui visent à manger une diversité d’aliments sains et complets, et qui vont favoriser une bonne santé intestinale et générale.