Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Orthokératologie : peut-on corriger la myopie sans chirurgie?

Émission du 26 février 2015

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Les cas de myopie chez les enfants ne cessent d’augmenter en Amérique du Nord et même partout dans le monde. Le problème est tel qu’on commence même à parler d’une petite épidémie. Dans cette foulée, un nouveau traitement gagne en popularité : l’orthokératologie. Il s’agit d’une approche qui cible les enfants qui sont gravement myopes, mais qui ne fait pas du tout l’unanimité parmi les professionnels de la santé.

L’orthokératologie ne date pas d’hier. Il s’agit d’une technique qui a été mise au point dans les années 1950 pour corriger la myopie. Mais selon Langis Michaud, président de l’Ordre des optométristes du Québec, l’orthokératologie qui est utilisée en clinique aujourd’hui est une technique bien différente de celle d’autrefois, en raison des avancées de l’optométrie en matière de mécanique oculaire.

Mais de quoi s’agit-il exactement? « L’orthokératologie, répond Langis Michaud, c’est une technique qui vise à modifier et à mouler la cornée pour la rendre plus plate, de façon à ce que les rayons qui entrent dans notre œil deviennent focalisés sans l’usage de lunettes ou de verres de contact sur la rétine. »

Pour atteindre cet objectif, l’orthokératologie a recours à des lentilles cornéennes rigides, portées uniquement la nuit, qui remodèlent la surface trop large des cornées des enfants et adolescents myopes. Ceux-ci doivent porter ces lentilles toutes les nuits, jusqu’à la fin de l’adolescence, afin de ralentir la progression de la myopie.

L’un des grands intérêts que présente cette approche, c’est qu’elle permet d’obtenir des effets bénéfiques très rapidement, dès les premières 24 heures. Selon Langis Michaud, le traitement atteint son efficacité maximale après une semaine. L’un des autres avantages, ajoute-t-il, c’est que la technique est entièrement réversible : « On l’applique une journée, on enlève la lentille et une semaine plus tard, l’œil est redevenu exactement comme il était auparavant, sans aucun effet secondaire. »

Des mises en garde sérieuses

L’orthokératologie suscite toutefois de sérieuses critiques dans le milieu médical. Président de l’association des ophtalmologistes du Québec, le Dr Michel Podtetenev
nous explique que son association, ainsi que l’Association d’ophtalmologie du Canada, mettent en garde le public contre l’orthokératologie puisque c’est une technique qui ne corrige la myopie que de manière temporaire. Tout en reconnaissant qu’il peut être intéressant de freiner la progression de la myopie d’un enfant très myope, il souligne que cette approche ne s’adresse pas du tout à la majorité des myopes. « Juste freiner la myopie, être -4 au lieu de -6, ça ne fait pas grand-chose à 25 ans. Car à -6, vous allez avoir besoin de lunettes ou de verres de contact, mais à -4 aussi. »

Ce qui inquiète tout spécialement les associations d’ophtalmologistes, c’est que l’orthokératologie exige de porter toutes les nuits des lentilles – donc des corps étrangers apposés sur l’œil —, ce qui entraîne un risque d’infection « Freiner la myopie juste pour avoir des lunettes légèrement plus minces, pour nous, ça nous semble impliquer inutilement un risque élevé. (…) Que vous portiez des verres de contact de jour ou de nuit, vous avez toujours un risque potentiel de développer un ulcère de cornée et de perdre la vision. Et quand on dort avec la lentille, le risque semble être un peu plus marqué. »

Au cas par cas

Même s’il supporte l’approche de l’orthokératologie, Langis Michaud nous dit toutefois clairement qu’il ne s’agit pas d’une approche qui vise tous les enfants myopes. Plusieurs facteurs doivent être pris en considération, notamment l’historique de myopie chez les autres membres de la famille.

Il soutient toutefois que l’orthokératologie telle que pratiquée aujourd’hui est tout à fait sécuritaire. Pour limiter le risque d’infection, il est primordial que le parent du jeune patient soit très vigilant afin de veiller à l’entretien et à l’hygiène des lentilles. En dépit du risque réel d’infection, l’incidence des pathologies liées à l’orthokératologie n’est selon lui que de 1 cas sur 10 000.

Pas une cure, et pas pour tout le monde

Sans pour autant se prononcer complètement contre l’orthokératologie, le Dr Michel Podtetenev tient à rappeler au public qu’il ne s’agit pas d’une cure définitive contre la myopie. Et surtout, qu’il ne s’agit pas d’une approche qui s’adresse à tous les myopes.