Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Louise Brissette

Émission du 7 décembre 2006

Une autre femme d’exception fait l’objet de notre portrait cette semaine. Physiothérapeute et ostéopathe, à l’aube de la soixantaine, Louise Brissette, a déjà conquis la Terre de Feu sur sa moto. Elle a pris pour cause celle des enfants abandonnés. Mais le plus étonnant et exceptionnel, sans doute, est le fait pour elle d’avoir adopté 36 enfants, âgés de 3 à 29 ans, dont la moitié sont atteints de handicaps physiques ou intellectuels. Plusieurs sont trisomiques. Elle est aujourd’hui maman de 29 enfants, puisque 7 de ses enfants adoptifs sont décédés. Elle a adopté sa petite dernière le 23 août dernier. Elle s’appelle Colombe.

Aujourd’hui, son œuvre auprès des enfants handicapés est reconnue à l’échelle nationale et internationale. Elle a reçu l’Ordre national du Québec en 1988 et l’Ordre du Canada en 1990. Toute jeune, elle voulait déjà aller à la découverte de la vie, la découverte de l’autre. Et s’occuper des enfants handicapés, c’était leur permettre d’entrer en relation avec la vie et le monde. Leur donner une chance.

Cet automne, pour ses 60 ans, elle a amené ses enfants en pèlerinage en France à Notre-Dame de La Salette. Un voyage auquel participait 40 personnes. Et ce n’est pas la première fois. En 1994, elle emmenait ses 22 enfants d’alors, à Rome, rencontrer le Pape, car Louise Brissette est très croyante.

Faire confiance à la vie

«On ne fait pas de campagne de financement, dit-elle, mais des campagnes de prières.» Dieu est omniprésent dans sa vie. Elle a grandi dans la religion.
«Pour moi, la croyance et la foi passent par l'action. (...) Ce ne sont pas juste des paroles.»

Louise Brissette est une femme de défi : «Moi, les sentiers battus, ça ne m’intéresse pas.» Son énergie est contagieuse.

Elle voulait adopter un enfant handicapé et les services sociaux lui en ont donné un, il y a 29 ans : Jean-Benoît. Il avait 7 mois. Atteint de spina-bifida, il était à l’Hôpital Sainte-Justine. On lui avait dit qu’il serait toujours couché et qu’il resterait déficient intellectuel profond. Aujourd’hui, il travaille, habite seul en appartement et conduit une auto adaptée! 

Mme Brissette et sa famille ne reçoivent aucune aide gouvernementale hormis les allocations familiales que toute famille reçoit. Elle vit essentiellement de dons. Elle s’occupe des enfants avec quelques employés dévoués et des bénévoles. Sur place, chez elle à Saint-Anselme, elle a 5 bâtiments. Quelques-uns de ses enfants fréquentent l’école régulière mais la majorité de ses enfants fréquentent l’«École sur le monde», une école qui a été construite sur le terrain de la demeure familiale. Juchée sur le haut d’une montagne, en pleine nature où elle dit habiter avec ses enfants au paradis. Le texte qui suit est un extrait de l'entretien qu'elle a bien voulu nous accorder.

Pourquoi n’avez-vous pas vous-même songé à fonder une famille?

«Bien disons, quand j’avais 20 ans, c’était un peu romantique au départ. Tu veux avoir des enfants, te marier. Mais le goût de l’aventure, les défis de la vie étaient plus grands que de m’arrêter sur moi. Puis, au cours des années, j’ai compris que j’étais faite pour vivre seule et donner à l’autre ce qu’il ne pouvait pas avoir, tout simplement. Je ne suis pas une fille cérébrale, j‘y vais au jour le jour, je ne planifie pas, j’y vais avec ce qui se présente. Si quelqu’un dans le besoinfrappe à ma porte, je ne vais pas réfléchir, j’y vais vraiment avec le cœur. Alors ma vie a toujours été un peu comme ça. Ce que je cherche, c’est de donner cette confiance qui m’anime à d’autres. Je crois qu’on est heureux en autant qu’on a confiance en soi.»

Est-ce que ce n’est pas un peu se mettre volontairement dans le trouble que d’être la maman de 29 enfants handicapés?

«Oui volontairement! Mais je me sens une femme libre, je ne me sens pas prise avec 29 enfants. Vous savez, je n’ai jamais de préoccupations longtemps à l’avance, puis c’est sûr que j’ai une confiance là, je dirais absolue, en Dieu. Pour moi, il est vraiment présent. J’ai une santé extraordinaire, puis il y a de la joie qui va au-delà de cela. C’est toujours fantastique de se lever avec ses enfants. Ils ont toujours un bon mot; ils ont toujours un sourire extraordinaire.»

Pourquoi les avoir adopté, être allé jusque là?

«Les choses à moitié ou tiède, je n’aime pas ça. Quand les enfants sont adoptés, on peut créer des racines, alors qu’importe ce qui arrive, tu as des racines, tu appartiens à quelqu’un. Vous savez, même une coupe de cheveux, il faut que tu demandes la permission, tu fais un petit voyage, faut que tu demandes la permission, tu laisses un médicament, faut que tu demandes la permission. Alors pour moi, j’aime ça, avoir…tout contrôler pour mes enfants. Pour moi, créer des racines, c’était la seule façon d’avoir un sentiment d’appartenance pour eux.»

Ils sont tous frères et sœurs. Est-ce qu’ils le sentent?

«Oui, oui, oui, c’est très important pour eux, le petit frère, la petite soeur, le grand frère, la grande sœur. Puis, quand on fait une activité, quand tout le monde est là, s’il en manque un, s’il est hospitalisé, il manque quelque chose. Le sens de la famille, ils l’ont assez poussé!»

Est-ce qu’il y a des gens qui vous ont prise pour une illuminée?

«Ah bien c’est sûr! (rires) C’est bien certain qu’il y a eu toutes sortes de commentaires, même les services sociaux, ils ont dit une famille, c’est neuf enfants, ça s’arrête là. J’ai dit pourquoi? Mais moi, je laissais faire, parce que je suis un peu délinquante sur les bords.»

Est-ce que vous avez dans votre cœur, dans votre tête, assez de place pour aimer tous ces enfants-là?

«Oui, parce que plus tu aimes, plus tu peux aimer. Parce que quand tu aimes, les  bras ouverts, il y a de la place, puis ton cœur s’agrandit. Alors chaque enfant m’aide à me découvrir.»

Quels sont les plus grandes difficultés que vous avez rencontrées?

«La question que vous me posez! Moi… les difficultés (rires)? Je n’ai pas de difficulté, ça ne veut pas dire qu’il n’y en a pas, mais moi j’aime ça. Un jour, je manquais d’argent pour payer les gens qui m’aident. J’ai reçu un appel de quelqu’un qui voulait me parler et qui m’a versé presque au sou près la somme dont j’avais besoin. Quand il y a un défi, quand il y a quelque chose, ça m’anime. Je n’ai jamais été forcée de faire quelque chose, ça ne veut pas dire qu’à un moment donné il n’y a pas de difficultés, mais, vous savez, il y a un grand poète hindou, Uril, qui a dit : «S’il y en ait de quelque chose, tenez-vous-en au difficile».

Chaque année, Louise Brissette organise un événement ouvert à tous sur le terrain familial:

Le Congrès des mongols...fiers!
Les 25,26,27 juin 2007
1110, rang de la montagne, St-Anselme, Québec

Pour plus informations: lbrissette_7@hotmail.com

Ressources :

Louise Brissette. Des cadeaux mal emballés et Mes enfants, ma richesse, aux éditions Novalis.