Une pilule une petite granule

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60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Cohabitat

Émission du 12 mars 2015

Il s’agit d’un fait scientifiquement démontré : l’isolement social peut avoir des conséquences graves sur la santé et ce, peu importe notre âge. Pour briser cet isolement et permettre à des gens qui vivent seuls de tisser des liens sociaux, de nouveaux concepts d’habitation commencent à se développer un peu partout dans le monde.

Il existe notamment des habitats collectifs, dans lesquels les gens sont propriétaires de leur condo, mais dans lesquels ils ont aménagé des espaces communs où différentes générations se côtoient. Il s’agit d’un modèle très populaire en Allemagne et au Danemark notamment, et qui commence à se répandre en France.

Chez nous il existe pour l’instant un seul exemplaire de ce nouveau modèle d’habitation, dans la ville de Québec. Notre équipe est allée le visiter.

C’est vraiment une heureuse maisonnée qui loge au 1650 rue Louis-Jetté à Québec. 57 adultes et 32 enfants y sont rassemblés, dans 42 unités, tous unis par le désir collectif de vivre dans un esprit de partage et de communauté. Chaque semaine, tous les membres se réunissent pour un repas collectif. L’ambiance y est si joyeuse qu’on se croirait en plein souper de Noël. Les enfants s’amusent entre eux, sous les regards bienveillants d’adultes de tous âges (de 30 à 83 ans!) qui discutent entre eux et savourent le plaisir d’être ensemble.

Cette joyeuse maisonnée, on l’appelle Cohabitat Québec. Après 10 ans de travail acharné, les membres ont finalement réussi à finaliser sa construction et à y emménager en 2013. Loin d’être de simples copropriétaires de condos, les membres de Cohabitat Québec partagent au contraire bien des sphères de leur vie : entretien des espaces collectifs, préparation de repas communautaire, activités de groupe…

Un espace multigénérationnel

Pour Paul-Henry April, jeune retraité enthousiaste de 68 ans, le choix de vivre dans un cohabitat multigénérationnel était une viscérale réponse à son refus de vieillir dans une résidence de personnes âgées : « Moi les maisons pour personnes âgées, que l’autre génération avant moi a inventées, jamais je n’irai là, tranche-t-il avec conviction. Les retraités ensemble, ça fait juste vieillir pis mourir ensemble. Quand on vit dans le vrai monde, dans la vraie vie avec des gens de toutes les générations, je peux jouer au père, au grand-père, à l’ami, au voisin… J’ai tous les rôles que je rêvais d’avoir! »

M. April se dit toutefois surpris de constater à quel point la cohabitation intéresse aussi des jeunes familles. Et pourtant, celles-ci y trouvent leur compte. Imaginez : pendant que les jeunes travailleurs sont au boulot, les retraités s’affairent à pelleter les entrées, commencer à préparer les repas ou à toute autre tâche utile à la collectivité. Certains s’offrent même pour garder un enfant malade lorsque les parents ne réussissent pas à se libérer du travail!

Mais les « vieux » ne font pas qu’aider les plus jeunes. Au contraire, le cohabitat leur permet aussi de demeurer bien actifs, notamment en se regroupant pour fonder un club de marche. Rien de tel que d’avoir des partenaires pour se convaincre de sortir dehors pour aller non seulement marcher, mais aussi gravir les hauts escaliers qui séparent la Basse-ville de la Haute-ville de Québec.

Un équilibre entre espaces privés et espaces communs

À Cohabitat Québec, tout l’aménagement a été savamment pensé pour bien équilibrer les espaces de vie privés et les espaces communs. Chacun a donc le loisir de demeurer dans ses espaces privés, lorsqu’il se sent plus l’âme à la quiétude, ou d’au contraire aller passer du temps dans une salle commune, ou la cour intérieure, lorsqu’il a envie de passer du bon temps entre voisins.

Des défis de communication et de vivre ensemble

Lorsque Paul-Henry April et d’autres passionnés ont entrepris ce projet fou de créer un premier cohabitat québécois, ils ont mis sur pied une série de règles afin de s’assurer du sérieux de la démarche des gens qui se joignaient à eux. Tous devaient suivre une formation en « sociocratie » (à ne pas confondre avec la démocratie qui est moins appropriée, semble-t-il, pour ce genre de lieu) ainsi qu’un stage de trois mois minimum de participation à des activités collectives ou à des corvées, pour se faire connaître et jauger si ce mode de vie leur convient.

« C’est sûr que le fait de vivre en groupe, de faire des activités ensemble, d’avoir des tâches et des responsabilités collectives, ça peut potentiellement être générateur de conflits, reconnait Sonia Tremblay, une autre membre de Cohabitat Québec. Par contre, ce qu’on a fait, c’est qu’on s’est donné des moyens pour que ce soit plus facile à gérer lorsque ça se produit. On a donc appris des éléments de gestion de conflits, comment exprimer nos besoins comment parler au “je” et éviter d’accuser l’autre... »

Et plus tard?

Et que se passera-t-il lorsque certains membres vieilliront et perdront éventuellement de l’autonomie? Tout en reconnaissant qu’ils n’ont pas encore la réponse absolue à cette question, les membres de Cohabitat Québec sont assurément unis par le désir de vivre ensemble le plus longtemps possible. « On n’a pas encore la réponse à ça, nuance Paul-Henry April. On ne le sait pas. On n’a pas encore vécu dans un cohabitat. Nous aussi, on est encore en train d’apprendre à vivre dedans. »

Sonia Tremblay croit que les membres du cohabitat vont tenter de trouver des solutions pour garder les aînés avec eux, même lorsque ceux-ci seront moins autonomes : « Plus les gens qu’on côtoie perdent le statut de voisins pour devenir des amis, et plus on est prêts à faire des choses pour des amis qu’on ne ferait pas nécessairement pour des voisins, et encore plus quand on peut être nombreux à partager le poids de ce que ça peut exiger, par exemple. J’ai tendance à penser qu’on essaierait le plus longtemps possible de maintenir la personne autonome. »

D’ici là, les membres de la communauté continuent d’expérimenter au jour le jour cet audacieux nouveau mode de vie.