Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Tendance : régimes protéines

Émission du 19 mars 2015

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On voit constamment de nouvelles diètes apparaitre sur le marché. Parmi celles-ci, on retrouve les régimes protéinés qui sont très populaires. De quoi s’agit-il et que faut-il en penser? Notre équipe a enquêté sur le sujet.

Les régimes dits « protéinés » sont des régimes à base de protéines (protéines, aliments déshydratés, aliments solides), sans glucides, sans lipides et hypocaloriques (moins de 1200 calories). Ils sont « prescrits » dans les cliniques d’amaigrissement et dans les centres minceur. Il est aussi possible de se faire son cocktail maison, en achetant des produits sur Internet.

« Les régimes protéinés sont populaires parce que les gens ont appris au cours des années que les protéines possèdent un effet très rassasiant, ou coupe-faim, explique la nutritionniste Hélène Baribeau. Alors quand on entend parler qu’une diète est basée sur un apport en protéines élevé, ça devient attirant, car on pense qu’on va maigrir sans ressentir la faim. »

Des régimes risqués

Endocrinologue à l’Institut de recherches cliniques de Montréal, le Dr Dominique Garrel reconnait que ce type de régime peut effectivement aider à perdre du poids. Mais attention prévient-il, il est essentiel qu’il soit suivi sous supervision médicale, car il peut représenter des risques réels pour la santé, beaucoup plus graves que l’embonpoint ou l’obésité. Dans les années 1970, des patients sont d’ailleurs décédés d’arythmie cardiaque, après avoir suivi de tels régimes, car ils avaient développé des carences dans certains nutriments essentiels, comme le potassium par exemple.

En plus d’entrainer des risques importants, les régimes protéinés ne sont pas durables, nous explique le Dr Garrel. Les patients reprennent très souvent du poids, ce qui les entraine dans un cycle de l’échec. « Il faut savoir que ces diètes-là, comme toutes les diètes qui sont basses en calories, entrainent une perte de masse musculaire, explique-t-il. Et une perte de masse musculaire, ça fait baisser le métabolisme au repos. Le patient perd moins de calories au repos. Et ça, la dépense calorique au repos, c’est 75 % de la dépense totale. Donc, c’est extrêmement important. Et ça fait des patients qui auront beaucoup plus de mal après à perdre du poids et à maintenir leur poids perdu, car leur métabolisme sera trop bas. »

Si les régimes protéinés sont si efficaces, c’est qu’ils entrainent une perte de poids assez rapide dans les premières semaines. Mais il faut se méfier des apparences, nous dit Hélène Baribeau : « Les premières semaines, on perd une grande partie d’eau et de masse musculaire. C’est pour ça qu’on a une impression rapide de maigrir. »

« Avec les régimes protéinés, on suggère d’enlever tous les pains, les substituts, les desserts et les sucres, et de limiter les gras au minimum, poursuit-elle. À court terme, ça peut être tenable, le système peut être capable de le supporter, mais à long terme, ça peut amener des carences en divers nutriments. Car souvent, dans ces régimes-là, on va aussi recommander de mettre de côté les fruits, et on ne va garder que quelques légumes qui sont vraiment très faibles en glucides. »

Pour éviter les carences, les régimes protéinés suggèrent de compléter la diète par des suppléments, des protéines naturelles issues du lait et du soja dans lesquelles on enlève les gras et les sucres.

Pour le Dr Garrel, ces suppléments ne sont pas suffisants. « Bien sûr qu’on donne des suppléments de vitamines. Mais il ne faut pas oublier que lorsqu’on donne des suppléments de vitamines, ce sont des substances dont on connait bien sûr l’importance, mais dans les aliments, il y a aussi toutes sortes de substances qu’on ne connait pas et qui sont bénéfiques elles aussi. Les régimes protéinés sont donc une diète extrêmement déséquilibrée. Moi ce que je dis, c’est qu’à une première maladie, on ajoute une deuxième. À l’obésité, on ajoute la malnutrition. »

Éduquer à faire de bons choix

Pour le Dr Garrel, il est clair que les régimes protéinés ne sont pas efficaces, car ultimement, ils ne permettent pas de perdre du poids à long terme. Sur une échelle de 5 ans, les patients ont souvent repris leur poids perdu et pire encore, ils en ont parfois gagné davantage.

« La raison pour laquelle les patients reprennent souvent leur poids, parce qu’on ne les a pas éduqués, explique-t-il. La clé de la perte de poids à long terme, c’est l’éducation. Il faut apprendre où est l’énergie dans les aliments, quels sont les bons choix alimentaires qu’on peut faire, quelle est l’importance de l’activité physique. Tout ça prend de 6 mois à 1 an de travail, au cours duquel il faut aller voir un nutritionniste, un spécialiste de l’activité physique et souvent même un psychologue. »

Et même quand on suit toutes ces recommandations, nous dit le Dr Garrel, à peine 30 % des gens réussissent à perdre du poids – et à ne pas le reprendre – après 5 ans. « Le traitement de l’obésité reste une entreprise difficile, conclut-il. C’est pour ça que si peu de médecins s’en occupent, parce que ce n’est pas très gratifiant. »