Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les maisons saines

Émission du 18 janvier 2007

Nous vivons tous dans des maisons où on retrouve des substances chimiques : des colles dans les matériaux de construction et les tapis, de la peinture, du vernis, etc. Nous utilisons tous aussi différents produits de nettoyage et même des produits de beauté qui recèlent des substances chimiques.
 
Pour la plupart d’entre nous, ça ne nous rend pas malades. Mais il y a des gens qui ne peuvent tout simplement pas les supporter, physiquement! Ces gens, qu’on appelle des hypersensibles, sont atteints de polytoxicosensibilité. Ils le deviennent la plupart du temps après avoir été exposés pendant de longues périodes à des produits chimiques ou sinon lors d’une seule exposition, mais très importante. Ces personnes sont extrêmement fragiles et la simple présence de produits chimiques dans la maison est insupportable

L’hypersensibilité 

Notre témoin : Mme Rohini Peris

«En 1983, je suis tombée malade du jour au lendemain. Les symptômes étaient sévères  et allaient en s’empirant, affectant presque chaque partie de mon corps. J’avais mal partout : dans mes jointures, dans mes os – ma peau me brûlait. Mes vêtements me faisaient mal, personne ne pouvait me toucher. J’ai subi plusieurs examens et consulté de nombreux médecins qui mettaient la faute sur le stress – mais je leur disais que ma vie allait bien, que je n’avais pas de stress. J’ai finalement vu un dermatologue qui, en me voyant, m’a dit tout de suite – vous avez l’air d’avoir été empoisonnée ! Elle a envoyé un échantillon de mon sang être analysé et les résultats ont démontré qu’il contenant des niveaux très élevés de pesticides. Presque tous les organes étaient affectés. J’ai dû apprendre comment faire pour me débarrasser de tous ces produits chimiques accumulés dans mon corps – j’ai donc créé un environnement dans ma maison qui est bon pour moi. Mais impossible pour moi de sortir – je suis devenue prisonnière de ma maison.»
 
Mme Peris s’est créé un environnement et suit une hygiène de vie qui lui permet de fonctionner : elle mange des aliments biologiques, évite le contact avec les produits chimiques et impose certaines conditions aux visiteurs pour s’assurer qu’ils n’apportent pas, avec eux, des traces de produits auxquels elle pourrait réagir : pas de vêtements lavés dans un savon irritant, pas de crèmes, de parfums et leurs effets personnels doivent être laissés dans le garage.

L’hypersensibilité peut être déclenchée par la moindre odeur – et provoquer une panoplie de symptômes qui touchent le système respiratoire  ou encore le système cardiaque – pour provoquer des réactions très fortes. Mais comment se fait-il que le corps réagisse à ce point à des substances qu’il aura toléré souvent pendant très longtemps? Une explication  possible provient d’une étude de l’Université de Toronto qui démontre que certaines personnes n’ont pas le gène nécessaire pour «détoxifier» les produits chimiques présents dans le corps. Sans cette détoxification, on finit, au fil des expositions, par devenir de plus en plus sensible jusqu’au point où se produisent des réactions très sévères à des petites expositions de ces substances chimiques. C’est le cas de Mme Peris «On développe des sensibilités à des choses que l’on pouvait tolérer auparavant. Si je ne fais pas attention ou si je deviens moins vigilante,  mon niveau de sensibilité augmente au-delà de ce que je peux tolérer», dit-elle. 

Il n’y a pas encore de consensus dans la communauté scientifique au sujet de l’hypersensibilité et il existe deux écoles de pensée : celle qui prétend que cette hypersensibilité chimique est essentiellement de nature psychologique, et l’autre qui prétend qu’il se passe un certain nombre de choses, notamment au niveau du système immunitaire de gens hypersensibles, même à des très faibles niveaux d’exposition. Mme Peris est un cas extrême. Mais ces gens qui sont hypersensibles servent en quelque sorte d’alerte pour nous indiquer à quel point nous sommes entourés de substances qui peuvent devenir dommageables pour notre santé.

Sommes-nous tous à risque?
On parle en fait de deux sources de pollution possibles dans nos maisons : celle causée par les émanations chimiques et celle causée par les bactéries et les moisissures.

Les cas d’asthme ont beaucoup augmenté entre les années 70 et les années 90 et la qualité de l’air intérieur serait en cause. Norman King, épidémiologiste à l’Institut national de santé publique du Québec nous explique : «D’une part, on rend les maisons de plus en plus hermétiques, donc les polluants ou contaminants qui se trouvent dans l’air intérieur sont présents en plus forte concentration parce qu’il n’y a pas d’air frais qui les dilue. Il y a aussi plusieurs sources d’allergènes, des produits qui rendent allergiques les gens : les moisissures, mais aussi les animaux domestiques qui produisent des allergènes. Et les acariens, de petites araignées microscopiques qui vivent dans la literie, dans des meubles rembourrés, même des animaux en peluche des jeunes enfants - dont la matière fécale, comme celle des blattes, produit aussi des allergènes. Mais ce sont les moisissures qui sont le principal problème dans les maisons – et leur croissance peut causer des réactions chez certaines personnes : irritation des yeux, du nez, de la gorge, toux et symptômes respiratoires qui peuvent ressembler à de l’asthme.»

Il y a des moyens de s’assurer qu’on diminue au maximum les sources de pollution dans notre intérieur. D’ailleurs, de plus en plus de Québécois s’intéressent au concept de maison saine. En fait, on a commencé à parler de construire des maisons plus écologiques depuis les années 70. En adoptant des matériaux différents, ces constructions ont eu un impact sur la santé. Aujourd’hui, on veut construire santé. Et cette tendance va de pair avec l’évolution de la recherche. On a de plus en plus de preuves à l’effet qu’on peut être malade à cause d’une pollution à l’intérieur même de nos maisons.

Qu’est-ce qu’une maison saine?

On estime que dans 8 maisons sur 10 au Québec, au moins une personne est plus sensible à l’environnement. Mais même si nous ne sommes pas tous hypersensibles, de plus en plus de gens cherchent à rendre leur maison plus saine.

 
C’est ce qu’a fait André Fauteux, éditeur du magazine La Maison du 21e siècle, publication spécialisée dans la maison saine. «Nous, on n’est pas tombés malade, mais ma copine avait le rhume une fois par mois, elle avait des migraines, et moi, j’avais des maux de dos. Il y avait trop d’humidité dans notre appartement, c’était mal ventilé, trop chaud, trop humide, ce qui accroît les émissions de produits chimiques des matériaux». André Fauteux a donc pris la décision de déménager et de construire sa propre maison saine, selon ses spécifications, à Sainte-Adèle.

La Société canadienne d’hypothèque et de logement a d’ailleurs produit des documents qui s’adressent aux hypersensibles et des guides sur l’assainissement de l’air, car les demandes du public sont à la hausse – ce qui traduit une préoccupation grandissante face à une rénovation saine des maisons.

«Les éléments  les plus dangereux sont ceux que l'on étale sur de grandes surfaces, comme la peinture, la colle, le tapis, les solvants, le vernis», explique André Fauteux. Les substances chimiques dangereuses les plus connues sont les composés organiques volatils (COV) qui sont émis par les matériaux de construction, les meubles et les panneaux en aggloméré de bois, le matériel de rembourrage, les isolants, les vernis et les produits ménagers. Dans une maison saine, il n’y a donc pas de COV et il n’y a pas non plus de tapis ni de foyer. Un bon système de ventilation, des fondations étanches pour éliminer l’humidité et les risques de moisissures. Monsieur Fauteux n’a pas d’élément de cuisson au gaz naturel, très populaire, mais qui émet des gaz de combustion qui peuvent déclencher des crises d’asthme. «On a un ventilateur récupérateur de chaleur, un échangeur d’air - ça déshumidifie l’air, donc moins d’humidité, moins d’émissions de produits chimiques, moins d’acariens et de moisissures qui peuvent aussi déclencher des crises d’asthme. On n’a pas de tapis mur à mur, on n’a pas de pesticides ou d’engrais chimiques d’appliqués sur le terrain, tout est fini à base d’eau : les peintures comme les teintures. Oui, il y a des surcoûts, mais globalement, on va dire que c’est de l’ordre de 4 % de plus qu’une maison ordinaire.»

Des risques minimes
Il ne faut donc pas trop s’inquiéter ou paniquer en croyant que notre maison nous empoisonne. Mais il y a déjà quelques mesures faciles à prendre pour assainir votre maison : Débarrassez-vous de tout ce qui traîne, qui accumule la poussière ou l’humidité. Pensez à bien aérer la maison quand vous utilisez des combustibles, comme des poêles à fondue, à l’intérieur. Et plutôt que de faire un grand ménage du printemps, pensez plutôt à faire un grand ménage de l’automne puisque c’est à l’automne que les spores, ces particules qui peuvent s’accumuler et qui entraînent la formation de moisissures, sont les plus présentes.

Nos experts :
CLAUDE VIAU
TITULAIRE, CHAIRE D’ANALYSE ET DE
GESTION DES RISQUES TOXICOLOGIQUES

MICHEL GAUDET
VICE-PRÉSIDENT
ASSOCIATION POUR LA SANTÉ ENVIRONNEMENTALE,
LES HYPERSENSIBILITÉS ET LES ALLERGIES DU QUÉBEC

NORMAN KING
ÉPIDÉMIOLOGISTE
INSTITUT NATIONAL DE SANTÉ PUBLIQUE DU QUÉBEC

JACQUELINE MEUNIER
CONSEILLÈRE PRINCIPALE
RECHERCHE ET DIFFUSION
SCHL

Ressources :

La Maison du 21e siècle, publication spécialisée dans la maison saine.
www.21esiecle.qc.ca 
 
Archibio : Organisme qui fait la promotion de la maison écologique et de l'autoconstruction
www.archibio.qc.ca
 
Publiés par la SCHL et disponibles sur leur site Web : Le Guide d'assainissement de l'air, Matériaux de construction pour les personnes hypersensibles à l'environnement, qui évalue les risques pour la santé de 180 matériaux et produits et Rénovation de la maison saine.
www.cmhc-schl.gc.ca

Manuel de l'éco-logis, publié par le Centre d'écologie urbaine
www.ecologieurbaine.net

L’Association pour la santé environnementale, les hypersensibilités et les allergies du Québec.
www.aeha-quebec.ca