Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Les salons de bronzage : faut-il s’en méfier?

Émission du 18 janvier 2007

Quand arrive le mois de janvier, on commence à se trouver le teint plutôt blême ou même carrément vert, comme on dit souvent. On pense alors aux salons de bronzage. Il y a des gens qui les fréquentent à l’année, mais d’autres qui vont y aller à l’occasion ou pour se faire un fond, avant de partir dans le Sud.

Les salons de bronzage sont loin de faire l’unanimité, surtout chez les spécialistes de la santé qui s’inquiètent des ravages qu’ils peuvent causer. Les cancers de la peau sont en augmentation et on en retrouve maintenant chez des gens de plus en plus jeunes. Le problème, c’est qu’une séance de bronzage ce n’est pas cher et que beaucoup de jeunes, même de 13 ou 14 ans, vont dans des salons de bronzage et qu’ils ont tendance à en abuser!

Cette semaine, notre question du public nous provient d’une jeune téléspectatrice qui s’interroge :

«Je sais qu’il y a des dangers à s’exposer à des rayons ultraviolets, mais j’aime quand même ça, une fois de temps en temps, aller dans les salons de bronzage. Je me demandais jusqu’à quel point ça pouvait être nocif?»
Pour répondre à cette question, nous avons rencontré le Dr Marc Rhainds, conseiller scientifique, à l’Institut national de la santé publique du Québec (INSPQ). Spécialiste en santé communautaire, le Dr Rhainds travaille depuis au moins 15 ans sur la question des dangers liés aux rayons UV. Nous avons également rencontré le Dr Joel Claveau, dermatologue et directeur de l’Association des dermatologistes du Québec.

Aller au salon de bronzage quelques fois par année, est-ce que c’est risqué?

Ce qu’on sait d’après les études, c’est qu’à partir de 10 séances par année, on observe un risque plus grand de développer un cancer de la peau, c’est-à-dire le mélanome. À moins de 10 séances par année - ça devient alors une fréquentation occasionnelle. Le bronzage occasionnel peut poser des dangers dépendant du type de peau de la personne, dépendant de son historique, si elle a eu des coups de soleil lorsqu’elle était enfant. Aussi, si elle est blonde, aux yeux bleus, ou rousse, à la peau blanche, c’est plus risqué - c’est certain.

Un bronzage sécuritaire, ça n’existe pas. Pour bronzer, il faut que les rayons modifient la structure de l’ADN de la peau. Dans bien des cas, ça n’ira pas plus loin, mais s’il y a ensuite une mauvaise réparation de l’ADN, des dommages peuvent être causés et évoluer vers un cancer. Tous les dommages n’évoluent pas vers un cancer, mais il y a un risque. Il faut voir le bronzage comme le signe que la peau a été agressée. Lorsqu’on s’expose au soleil, certaines cellules de la peau, les mélanocytes, fabriquent sous l’action des rayons UV une substance colorée, la mélanine, qui absorbe une partie du rayonnement. Si vous avez beaucoup de mélanocytes, vous allez bronzer facilement avec moins de risque de coups de soleil. Mais si vous bronzez difficilement, vous êtes plus à risque de prendre des coups de soleil et il devient encore plus évident que le bronzage est une agression.

Est-ce que les rayons d’un lit de bronzage sont différents des rayons du soleil?

Il n’y a pas de différence quant au type de rayon - on retrouve dans le soleil des rayons UVA et des rayons de type UVB. Et on retrouve le même type de rayonnement dans les unités de bronzage. Toutefois, l’intensité des rayons artificiels est de 5 à 10 fois plus forte que celle du soleil.

Aller au salon de bronzage pour se faire un petit fond, ce n’est pas une forme de protection?

C’est un mythe! On sait que dans les unités de bronzage, on peut obtenir un bronzage équivalent d’un facteur de protection solaire de 2 à 3. Ce qui est nettement insuffisant pour se protéger des rayons du soleil. Et on doit aussi comprendre que pour avoir obtenu ce facteur de 2 à 3, il a fallu prendre des risques - accepter d’avoir des dommages, car le bronzage est une réaction de défense que la peau utilise pour se protéger des rayons du soleil. 

Si on évite les coups de soleil, est-ce qu’on évite le pire?

Le principal facteur de risque associé au cancer de la peau, ce sont les coups de soleil – en lien avec le mélanome, mais aussi avec d’autres types de cancer de la peau. Dire que si on n’a pas de coup de soleil, qu’on évite à 100 % le cancer de la peau, - on ne peut pas se prononcer de cette façon-là.  Le fait de bronzer sans coup de soleil est déjà une forme d’agression au matériel génétique des cellules de la peau.  On augmente alors nos chances que des erreurs se produisent au niveau de la réparation des cellules, qui peuvent éventuellement se développer en cancer.

Est-ce qu’il peut y avoir une accumulation des dommages?

Oui, tout a fait. On sait que chaque dose de rayons ultraviolets que l’on reçoit quotidiennement s’accumule au fil du temps. Avant l’âge de 18 ans, selon nos habitudes, on peut accumuler une dose variant entre 60 et 80 % de notre dose totale à vie. Donc, plus on s’expose, plus on reçoit de rayons. On sait que certains types de cancers sont associés à l’effet cumulatif du rayonnement ultraviolet.

Dans votre pratique, Dr Claveau, avez-vous des patients qui utilisent fréquemment les salons de bronzage?

Ce qu’on voit le plus fréquemment, je dirais dans les cinq dernières années, c’est des cancers de peau sur les seins, le siège ou des endroits où on en voyait très rarement avant. C’est sûr qu’on peut faire du monokini sur la plage ou sur notre balcon mais on suspecte que la fréquentation des salons de bronzage est en cause. Les jeunes femmes qui ont des mélanomes sur les seins sont souvent des utilisatrices de salons de bronzage. On voit aussi un vieillissement prématuré : des femmes dans la quarantaine qui commencent à avoir des rides, des taches brunes beaucoup plus précocement qu’avant. On peut avoir des maladies qui sont aggravées par les rayons ultraviolets, que ce soit le soleil ou des rayons artificiels. De la rosacée, de la couperose et certaines allergies au soleil. Même une maladie sérieuse comme le lupus. Je vois chaque année quelques patients qui ont fréquenté des salons de bronzage, chez qui se déclenchent le lupus.

Est-ce qu’on peut lier hors de tout doute le cancer de la peau avec l’utilisation des lits de bronzage?

Les évidences que l’on a actuellement sont suffisamment claires pour établir le lien de cause à effet entre s’exposer dans un lit de bronzage et le fait de développer un mélanome.

De toute manière, rayons artificiels ou pas – s’exposer au soleil se fait avec prudence. Voici quelques règles de base à respecter au soleil :* 
      
Appliquer généreusement un écran solaire avec un facteur de protection solaire (FPS) de 15 et plus, 15 à 30 minutes avant de sortir.  Et, si une activité nautique est prévue, s’assurer que ce dernier est hydrofuge. Ne pas oublier d’en appliquer aux deux heures.

Porter des lunettes de soleil afin de prévenir les lésions oculaires.

Porter un chapeau afin de bien se couvrir la tête, région particulièrement sensible.

Porter des vêtements qui couvrent bien lorsque l’on est en période prolongée au soleil.

Ne pas rester plus de 15 minutes au soleil sans protection.

Ne pas laisser les enfants de moins d’un an directement au soleil, car leur peau est très sensible à l’effet des rayons UV et les risques de coups de soleil sont plus grands (les coups de soleil en bas âge sont fortement associés au développement du cancer de la peau).

Certains médicaments sur prescription tels que des antidépresseurs, des antibiotiques, de même que l’utilisation de certains cosmétiques augmentent la sensibilité de la peau aux effets des rayons ultraviolets. Il est donc important de vérifier avec votre médecin avant de vous exposer aux rayons ultraviolets d’origine naturelle ou artificielle.

Ne pas oublier de se protéger même pendant les journées de couverture nuageuse puisque les rayons ultraviolets traversent les nuages.

Se souvenir que les coups de soleil témoignent d’une agression contre votre peau, il est donc conseillé d’éviter les expositions au soleil dans les heures comprises entre 12 h et 16 h, période d’ensoleillement maximal.

*Source : Association canadienne de dermatologie - Semaine de prudence au soleil, mai 2006
Un des arguments les plus souvent évoqués à la défense des salons de bronzage, c’est qu’ils nous permettraient d’aller chercher la dose de vitamine D qui nous manque l’hiver. On sait que la vitamine D est produite principalement par la peau à partir des rayons UVB du soleil. En effet, il semblerait que beaucoup de gens qui vivent dans les régions nordiques manquent de vitamine D.

Pourquoi? D’abord parce que peu d’aliments en contiennent. On ne trouve la vitamine D que dans les poissons gras, le lait et les produits de soya enrichis. À titre d’exemple : il faudrait prendre l’équivalent de 10 tasses de lait par jour pour en avoir assez. En ce qui concerne le soleil, les opinions des experts divergent. Certains croient qu’avec l’exposition au soleil et l’accumulation de vitamine D qui se produit l’été, cela permet à notre organisme d’en conserver assez pour passer l’hiver. D’autres chercheurs estiment que nous avons un déficit parce que l’accumulation n’est pas suffisante et que les rayons solaires de novembre à février ne suffisent pas à la tâche.

La vitamine D, c’est important. On sait aujourd’hui qu’elle protège contre le cancer, en plus de protéger la santé des os et des dents, et qu’elle peut prévenir d’autres maladies, comme le diabète et la sclérose en plaques, notamment. Un chercheur américain a estimé qu’on pourrait sauver 23,000 vies par année seulement aux États-Unis si on prenait suffisamment de  vitamine D.

Peut-être que vous allez conclure que les salons de bronzage sont utiles. En fait, il est tout à fait possible, si vous voulez prendre plus de vitamine D, de consommer des suppléments de cette vitamine pendant les longs mois d’hiver. C’est beaucoup plus sûr que d’aller au salon de bronzage et de mettre sa peau en danger. Et si vous décidez quand même d’y aller, protégez-vous avec des crèmes - n’en abusez pas, et évitez les brûlures!

Ressources :

Association des Dermatologistes du Québec
www.adq.org

Santé Canada : rubrique d'information Votre santé et vous : lampes solaires
www.hc-sc.gc.ca/iyh-vsv/life-vie/lamp_f.html

Extenso : guide des éléments nutritifs - la vitamine D
www.extenso.org/guides_outils/elements_detail.php/f/1192/o/3