Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Santé mentale : aller consulter quand rien ne va plus!

Émission du 25 janvier 2007

De plus en plus de gens qui se présentent chez un médecin généraliste viennent consulter pour un problème lié à la dépression. Et c’est en progression. Les problèmes de santé mentale, comme la dépression, ne font pas de discrimination. Ils touchent tout le monde, dans toutes les couches de la société, jeunes ou vieux. Souvent, il s’agit d’une souffrance qui ne se voit pas, mais qui peut ruiner notre vie et celle de nos proches.

Pourtant, ce n’est qu’une petite fraction seulement des personnes aux prises avec des problèmes dépressifs qui va se convaincre d’aller consulter.

Mais pourquoi hésitons-nous autant avant d’aller nous faire soigner quand on a mal à l’âme? La peur de passer pour fou, la peur de ne pas savoir où s’adresser ou de trouver quelqu’un qui va vraiment comprendre ce que nous vivons? Le sentiment d’impuissance ou d’échec face à l’impossibilité de régler nous-mêmes nos problèmes?

Nous sommes allés rencontrer un couple qui a vécu une telle situation. Leur histoire nous en apprend beaucoup.

Notre témoin : Janine Renaud

«Il y a treize ans, au début de la quarantaine, j’ai passé une période extrêmement effervescente. Il s’est passé tout plein de choses en même temps. Trop de travail, une maison à construire, un déménagement. Ma mère est tombée gravement malade. J’étais convaincue que je pouvais tout faire, et puis, je suis tombée pleine face à terre.»

Le point tournant pour Janine Renaud est venu un matin. Son conjoint la retrouve en larmes après une nuit blanche. Il constate qu’il y a urgence. Il prend alors la décision de l’amener chez le médecin. Le diagnostic est formel : dépression sévère.

Janine Renaud aura longtemps enduré son mal avant d’en arriver là. Si la plupart des gens n’hésitent pas à consulter pour un problème physique, consulter pour un problème de santé mentale ne vient pas aussi facilement. La Dre Galarneau est médecin généraliste. Elle affirme que le tiers de ses patients la consultent pour des problèmes psychologiques. Plus souvent qu’autrement, dit-elle, ce sont des symptômes physiques qui vont pousser les gens à la consulter : «C’est souvent de la fatigue, de l’épuisement physique, et les gens sont un peu étonnés qu’on parle de dépression comme diagnostic».

Janine Renaud ne tarit pas d’éloge pour son conjoint André qui, dit-elle, lui aura sauvé la vie. Si son conjoint ne l’avait pas emmenée chez le médecin ce jour-là, affirme-t-elle, elle se suicidait. Son médecin lui aura prescrit des médicaments pour alléger son insupportable souffrance. Elle se rétablira, mais une rechute la convainc d’entreprendre une thérapie pour soigner le mal que les médicaments ne peuvent éliminer.

Comment aider un proche qui souffre?

Pour ceux qui en ont la chance, le soutien des proches est très important. Il faut être prêt à écouter, sans juger. Il faut comprendre que la dépression n’est pas une question de manque de volonté. Les conjoints de gens atteints de dépression peuvent aussi avoir besoin de soutien. 

Se sortir de la souffrance – par où commencer?

Franchir la porte du bureau de son médecin est le premier par vers la guérison. Un médecin sera en mesure d’évaluer des problèmes de santé physiques qui peuvent être liés à la dépression. Mais cela demeure difficile pour plusieurs. Seulement une personne sur quatre choisira de consulter, les autres préférant «s’en sortir» seuls. Reconnaître sa vulnérabilité, dans un monde tourné vers la réussite, n’est pas évident. Il existe encore beaucoup de préjugés et d’inconnus face aux maladies mentales et aux méthodes pour les soigner. 

Mais comment savoir si ce n’est qu’un malaise de passage ou un problème de santé mentale plus sérieux?

Nous sommes tous appelés à vivre à un moment ou l'autre des périodes de tristesse et de mélancolie. Ce n'est pas chose aisée que de discerner la limite entre les tracas personnels normaux et la maladie. D’où l’importance de faire appel à un professionnel, pour y voir plus clair.

Rose-Marie Charest est psychologue : Elle conseille, lorsqu’on songe à entreprendre une thérapie, de prendre au moins une séance pour en discuter :
«Un psychologue peut vous rencontrer une première fois et procède à une évaluation. Ça peut lui prendre plus d’une séance pour l’évaluation afin de savoir ce que vous souhaitez changer, dans quelle direction vous souhaitez travailler et quelle est la méthode qui est le plus susceptible de vous aider. Il aura à ce moment-là l’obligation de vous référer. De même, s’il perçoit que le problème dont vous souffrez exige une médication, il a le devoir de vous référer à un médecin qui pourra évaluer ce qui peut vous aider, quelle médication prendre.»

Elle conseille aussi d’aborder cette première démarche avec des attentes réalistes : «On ne peut prêter à la psychothérapie un pouvoir magique. La psychothérapie ne fera pas de vous quelqu’un que vous n’êtes pas. Elle ne fera pas de vous non plus quelqu’un qui ne ressentira plus jamais d’angoisse ou de tristesse. Le but de la psychothérapie, dit-elle, c’est de vous aider à voir plus clair à l’intérieur de vous et de vous aider à changer certains comportements, certaines attitudes, de façon à ce que votre vie vous ressemble, devienne plus agréable, plus satisfaisante. 

Comment savoir si la personne que l’on consulte est la bonne?
Saura-t-elle nous comprendre? Nous aider? Autant de questions qui rendent la décision plus difficile encore…

La relation avec le thérapeute est au coeur de la démarche - la confiance est cruciale pour l’efficacité de la thérapie. Janine Renaud se rappelle le début de sa démarche en thérapie : «La première fois que je l’ai vu, j’ai pensé «Oh mon dieu!, elle ne comprendra rien, elle est bien trop jeune, elle ne sait pas qu’est-ce ça veut dire avoir peur de vieillir. Puis finalement, elle était tellement bonne que je me suis abandonnée.» Aujourd’hui, Janine Renaud se dit rétablie, même si elle conserve une fragilité qu’elle sait maintenant écouter. La psychothérapie lui aura permis d’aller en profondeur – une rééducation, selon elle, qui lui permet maintenant de dire «J’adore la vie».

Malgré que les ressources en santé mentale ne soient pas encore suffisantes dans le réseau public de santé, vous pouvez vous adresser à votre CLSC et votre médecin peut aussi vous conseiller, si vous ou un de vos proches a besoin d’aide. Généralement, quand il s’agit de cas urgents, les services sont accessibles assez rapidement.
Si vous décidez d’entreprendre une démarche et que vous êtes prêts à en défrayer les coûts, vous pourrez trouver de l’information sur les psychologues en consultation privée et les différentes démarches psychologiques en vous adressant à l’Ordre des psychologues du Québec.

Surtout, ne vous laissez pas décourager parce que vous pensez qu’il est difficile de trouver quelqu’un. Car c’est votre santé et peut-être votre vie ou celle de quelqu’un que vous aimez qui en dépend!
Nos experts :

Dre SOPHIE GALARNEAU
MÉDECIN DE FAMILLE
CENTRE DE SANTÉ ET DE SERVICES SOCIAUX
JEANNE-MANCE

MARIE BÉRUBÉ
PSYCHOLOGUE
WWW.OSERCHANGER.COM

ROSE-MARIE CHAREST
PRÉSIDENTE
ORDRE DES PSYCHOLOGUES DU QUÉBEC

Ressources :

Association canadienne pour la santé mentale
www.cmha.ca

l'Association/Troubles anxieux du Québec
www.ataq.org

Ordre des psychologues du Québec
www.ordrepsy.qc.ca