Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

La sage-femme Isabelle Brabant : une pionnière de l'accouchement naturel au Québec

Émission du 25 janvier 2007

Depuis la nuit des temps, l’accouchement d’un enfant a été une affaire de femmes. Ce n’est à partir du 19e siècle que l’acte comme tel devient de plus en plus l’affaire des médecins. D’ailleurs, au Québec, la loi médicale écrite au début du siècle dernier, réserve la pratique exclusivement aux médecins. À partir des années 70, les femmes, recherchant une alternative à la surmédicalisation des naissances, se tournent à nouveau vers la pratique des sages-femmes. Mais ce n’est qu’en 1999 que la profession de sage-femme sera reconnue au Québec.

Aujourd’hui, elles sont 58 inscrites à l’Ordre des sages-femmes du Québec et 1300 bébés sont nés grâce à leurs soins l’an dernier. Mais elles sont loin de suffire à la demande!
Cette semaine, nous vous présentons une pionnière de l’accouchement naturel au Québec, Isabelle Brabant. Sage-femme depuis 25 ans, elle a dû débuter la pratique de son métier dans la clandestinité et a lutté pour la reconnaissance de la profession. Aujourd’hui, elle pratique toujours avec autant de passion et d’émerveillement face à la naissance. Découvrez avec nous cette femme de conviction qui appelle les femmes, avant tout, à retrouver confiance dans leur capacité de mettre leur enfant au monde. Voici un extrait d’un entretien qu’elle a bien voulu nous accorder :

Isabelle Brabant, une sage-femme, c’est quoi?

Une sage-femme est quelqu’un dont le métier est d’accompagner les femmes pendant leur grossesse, pendant l’accouchement et la période qui suit. Elle s’occupe de grossesses normales, de femmes en bonne santé et de tous les aspects physiques de la grossesse, de l’accouchement. C’est vraiment une vision de la grossesse et de l’accouchement comme événement normal de la vie, dont la normalité doit être protégée. Nécessairement, c’est basé sur une relation humaine. Ça implique de l’échange, des conversations, qu’on se connaisse, que les gens aient un endroit où ils puissent exprimer leurs inquiétudes, leurs préoccupations, leurs souhaits, leurs rêves et tout.

D’où vient ce nom «sage-femme»?

C’est un mot très vieux. Dans le dictionnaire, on le date du 13e siècle. À cette époque, le mot «sage» voulait dire savant. Et donc, c’était la femme du village ou de la région qui connaissait. Elle connaissait les herbes qui savaient comment soigner. Et très souvent la sage-femme était aussi celle qui veillait les très grands malades, qui préparait les morts. C’était vraiment la femme savante du village.

Comment êtes-vous devenue sage-femme?

Je suis devenue sage-femme bien graduellement, mais beaucoup en réponse à ma propre expérience de grossesse et d’accouchement à l’hôpital où j’ai été profondément touchée par la beauté de cette expérience, de cette aventure de vie. Et en même temps, j’ai été profondément convaincue que la façon dont on avait accompagné ou accueilli cette expérience à l’hôpital était… alors complètement à côté de la plaque. J’en suis sortie en me disant «il manque quelqu’un là-dedans, il manque vraiment un guide, une complice dans tout ça». Et puis graduellement, ça s’est imposé. Des voisines, des amies m’ont demandé d’aller les aider et puis c’est devenu clair à un moment donné qu’il fallait que j’aille chercher les connaissances que ça prenait pour exercer cette profession-là.

À quoi peut-on attribuer l’essor de la profession de sage-femme?

La réémergence de la profession de sage-femme s’est passée à peu près en même temps, dans la même décennie en Amérique du Nord, que ce soit aux États-Unis, au Canada, sur la côte Ouest et au Québec. Les grand courants sociaux qui émergeaient dans les années  70, dont le féminisme, ont nourri ce sentiment qu’une expérience aussi profondément et exclusivement féminine que la grossesse devrait trouver, en vis-à-vis, des femmes. Se faire expliquer comment pousser son bébé par un monsieur debout au pied du lit est quelque chose d’absurde pour beaucoup de femmes qui l’ont vécu.

Ça a été aussi la décennie d’où est émergé tout le concept d’écologie, que la nature n’est pas si sotte finalement, l’importance de respecter le déroulement d’une grossesse, d’un accouchement… il y quelque chose là qui est complètement du ressort de cette notion d’écologie.

Notre pratique était illégale, mais elle n’a pas été longtemps clandestine parce que c’est devenu très clair très rapidement que cette demande-là, elle existait, qu’elle continuerait d’exister. Il fallait se lever debout et aller dans les médias et dire «voici ce que nous faisons!» Et nous le faisons parce qu’il y a des couples qui nous le demandent. Finalement, nous sommes probablement la seule profession au Québec qui doit sa reconnaissance à une demande directe du public, et j’en suis très honorée.

Le pire commentaire ou la pire réaction du milieu médical, à cette époque?

Écoutez, ça a évolué. Au début, on nous a traité de sorcières, après ça on nous a traité de Moyen-Âge, ancien temps et tout. Ça a évolué dans le genre de commentaire : «si les couples yuppies veulent se payer une dame de compagnie pendant l’accouchement», comme un espèce de luxe un peu décadent. Le plus coloré aura été dit par le président du Collège des médecins à l’époque, Augustin Roy, à qui on faisait la remarque qu’il y avait quand même une demande des gens pour la légalisation des sages-femmes. Il avait conclut : «Bien, à ce compte-là, on pourrait aussi légaliser la prostitution parce que là aussi il y a une demande». Ça se passe de commentaires.

Être sage femme, est-ce une vocation ou une profession?

Si on n’a pas une passion pour ce métier-là, on ne durera pas. Alors vocation, je ne sais pas si c’est ce mot-là que les jeunes sages-femmes choisiraient. Mais je dirais que si on n’a pas la passion pour ce métier, on devrait faire autre chose si on n’est pas capable de s’émerveiller du prochain petit bébé qui va naître, qui ne naîtra qu’une fois dans l’histoire de l’humanité, qui n’arrivera qu’une fois dans la vie de ces parents-là.

Les sages-femmes peuvent faire des accouchements à l’hôpital, dans les maisons de naissance et depuis peu, à domicile - ce qui sera possible dès que l’assurance responsabilité des sages-femmes couvrira également le domicile. Et la demande est forte pour le nombre de sages-femmes disponibles. Il existe huit maisons de naissance au Québec et une neuvième est en construction à Blainville, dans la grande région montréalaise. Les femmes qui souhaitent accoucher en maison de naissance doivent communiquer directement avec la maison de leur région pour les disponibilités – car les places sont limitées. Par exemple, la Maison de naissance Côte-des-Neiges, où pratique Isabelle Brabant, ne peut accepter qu’environ une femme sur quatre, soit 300 sur les 1400 demandes que reçoit la maison, chaque année, faute de place.
Ressources :

Isabelle Brabant, Une naissance heureuse,
Éditions Saint-Martin, édition originale 1992, réédition 2001.

Mouvement Naissance-Renaissance
www.naissance-renaissance.qc.ca

Ordre des sages-femmes du Québec
www.osfq.org