Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Dominique Synott, chirurgienne et femme d’action!

Émission du 1er février 2007

Dominique Synott fait partie de la petite cohorte de femmes chirurgiennes du Québec car bien que la profession médicale se soit beaucoup féminisée, la chirurgie demeure une spécialité masculine. Chirurgienne générale et responsable de la clinique du sein à l’Hôpital du Sacré-Cœur, Dominique Synott a pratiqué en Gaspésie où elle a fondé un service de chimiothérapie et une clinique d’oncologie. Elle y a aussi implanté le Programme québécois de dépistage du cancer du sein. 

Mère de deux enfants, elle parvient tout de même à trouver le temps pour faire du bénévolat auprès des femmes atteintes de cancer du sein – une cause qui lui tient à cœur. Elle est aussi co-auteure d’un guide Le cancer au jour le jour  qui s’adresse principalement aux patients.

Découvrez avec nous cette femme d’engagement que nous avons suivie à travers le service de l’urgence, lors d’une de ses journées de garde typique à l’Hôpital du Sacré-Cœur : visite des patients, un tour à la clinique externe, la salle opératoire – bref, elle est partout!

Avant d’être à l’hôpital Sacré Cœur, vous avez pratiqué en Gaspésie?

Oui, pendant huit ans. Je trouvais ça triste que les femmes doivent aller à Québec ou à Montréal pour avoir de la chimiothérapie ou des traitements. Alors, j’ai décidé que ce qui était possible de faire ici, on le ferait à Gaspé. La seule chose qu’on ne pouvait pas faire, c’est de la radiothérapie. Mais encore là, je trouvais ça effrayant que, pour une question de transport, les femmes se fassent enlever le sein. Alors, j’en ai fait des téléphones, j’en ai fait des démarches. C’est en Gaspésie que j’ai encore plus eu l’engouement de m’impliquer pour combattre le cancer du sein.

Dans votre cas, on pourrait dire «tel père, telle fille»?

Oui, mon père c’est l’exemple qui a toujours, toujours travaillé. Mon père était médecin à l’hôpital Maisonneuve-Rosement, mais la fin de semaine, il devenait «médecin de village». Pouvez-vous croire qu’il travaillait du lundi au vendredi et le samedi il faisait du bureau? Il y avait des rendez-vous pris à l’avance et moi, adolescente, j’étais sa secrétaire. Alors j’étais là, dans la salle d’attente et les gens racontaient tous leurs bobos, tous leur problèmes.

Comment ça se passait à vos débuts en chirurgie?

J’ai eu des bâtons dans les roues. Oui, c’est pas bienvenue, une femme en chirurgie. Tout le côté sexiste, je l’ai vécu du début à la fin. Des modèles, on n’en avait pas. Et les farces plates, les rigolades, et les gars qui vont prendre une bière. C’est sûr que je ne faisais pas partie de la «gang des gars», mais ça fait partie de la «game».  Oui, j’ai pleuré un coup. Oui, je me suis faite taper dessus. Mais regardez, ce n’est pas grave, je suis née avec deux frères qui m’ont tiré les tresses. Je peux en prendre.

La cause des femmes atteintes du cancer du sein vous tient à cœur – en plus de votre implication professionnelle – vous faites aussi du bénévolat?

Je me suis beaucoup impliquée dans le traitement et le dépistage du cancer du sein, même avant que le programme de dépistage du cancer du sein n’arrive au Québec. Quand je suis revenue à Montréal, j’ai connu un réseau qui s’appelle le Réseau québécois de la santé du sein, qui est très particulier. C’est un réseau qui a été fondé par des femmes qui ont eu le cancer du sein. Quand une femme appelle, elle parle à une femme qui a eu le cancer du sein. Ce qui m’a touchée, c’est que c’était pour la vie de tous les jours. Ça, j’ai trouvé ça génial, parce que c’est aujourd’hui que vous voulez savoir où acheter votre perruque. Vous pouvez parler à quelqu’un qui est passé par là. Vous pouvez avoir des conseils. L’argent ne va pas dans un laboratoire que vous ne verrez jamais de votre vie.

Vous avez aussi participé à l’écriture d’ un livre sur le cancer?

J’aime mes patients et je suis sensible à ceux qui ont des cancers, c’est pour cela que j’ai participé à l’écriture de ce livre. Dans mon bureau, j’entends toujours les mêmes questions, les mêmes angoisses, c’est pour cela que je veux qu’ils aient des outils pour être accompagnés. D’ailleurs, je n’accepte pas la façon de fonctionner dans des hôpitaux qui nous demandent de passer 10 minutes avec chaque patient. Comment passer dix minutes avec une personne atteinte de cancer? J’ai à peine le temps de lui serrer la main et de lui donner un kleenex pour essuyer ses larmes. Moi, je passe au moins 25 minutes ou une demi-heure. La conséquence malheureuse, c’est que les gens attendent longtemps dans la salle d’attente, mais s’ils me connaissent déjà ils ne m’en veulent pas, car ils savent que je prendrai plus de temps avec eux.

Pourquoi tant d’implication? Avez-vous des temps libres?

J’ai beaucoup reçu dans la vie et puis on m’a beaucoup donné et je pense qu’il faut être élevé de façon à pouvoir partager et donner. Les heures, je ne les compte pas. On en fait plus quand on aime ça. Il y a des choses qui viennent toutes seules; ça a été par hasard que j’ai fait du bénévolat au réseau.  C’est venu tout seul. Il y a des choses qu’on fait aussi par bonheur. À l’école des enfants, mon mari s’implique à l’association de parents, mais quand ils ont besoin d’aide du côté médical, j’aide. Des temps libres, on n’en a pas trop, mais on les passe en famille!

J’ai le grand défaut de pas pouvoir dire NON alors quand on a besoin de moi dans une nouvelle clinique, c’est ma secrétaire qui fait un soupir et qui lève les yeux en l’air, en disant : «Ah non, elle a accepté une nouvelle clinique… »
Mais j’y vais. J’y vais et j’essaie d’offrir un bon service. J’essaie d’aider mes patients. Je ne ferais pas d’autre chose dans la vie. Je fais juste de la chirurgie et c’est rien que ça que je sais faire! 

La Dre Synnott est à l’écriture d’un second livre qui portera spécifiquement sur le cancer du sein pour répondre à toutes les questions que les médecins se font poser par leurs patientes.

Le Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS)

Une femme sur neuf sera atteinte du cancer du sein dans sa vie. Depuis la création du Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS) en 1998, le taux de femmes de 50 ans et plus qui passent une mammographie aux deux ans a presque doublé : de 19 % à 37,3 %. Le programme est maintenant offert dans toutes les régions du Québec aux femmes âgées de 50 à 69 ans. Car l'âge est considéré comme le principal facteur de risque de développer un cancer du sein. Et c'est à ces âges que l'on retrouve plus de 50 % des cas de cancer du sein. Si vous avez 50 ans, vous recevrez sous peu, par la poste, une lettre d’invitation pour un dépistage qui vous donne toute l'information nécessaire et les coordonnées des centres du PQDCS désignés de votre région.
Pour plus d'information, vous pouvez vous adresser au centre de coordination du Programme de votre région.*

 * source :
Ministère de la santé et des services sociaux du Québec – Janvier 2007

Ressources :
Le cancer au jour le jour : Dre Dominique Synott, Dr Henri-Louis Bouchard, Jacques Beaulieu, Éditions Logiques, 2006

Réseau québécois pour la santé du sein
www.rqss.qc.ca/rqss/

Programme québécois de dépistage du cancer du sein (PQDCS)
www.depistagesein.ca