Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

La question du public

Les téléphones cellulaires : sont-ils sans danger?

Émission du 1er février 2007

Aujourd’hui, il y a dans le monde plus d’abonnés à un service cellulaire mobile qu’au téléphone à fil. Cela fait un peu plus de 20 ans que le téléphone cellulaire a été introduit au Canada. En 2006, 17 millions de Canadiens utilisaient un téléphone cellulaire, deux fois plus qu’en 2000.

Bien qu’une récente étude d’envergure faite au Danemark affirme que les utilisateurs de téléphones cellulaires ne présentent pas un risque plus élevé que les autres de souffrir du cancer, des inquiétudes persistent. On s’inquiète autant des rayons émis par les tours qui transmettent les ondes cellulaires que de l’utilisation de l’appareil comme tel. Cette semaine, une de nos jeunes téléspectatrices nous pose la question suivante :

«J’ai un cellulaire et je l’utilise vraiment souvent. Ma mère n’arrête pas de me dire que c’est mauvais pour moi. Est-ce que c’est vraiment dangereux?»
Nous avons fait appel à deux experts pour nous aider à répondre à cette question. Dr Michel Plante, responsable de la protection de la santé du public pour Hydro-Québec et Stéphane Garneau, journaliste technologique et chroniqueur.

Voici un extrait de notre entretien avec le Dr Plante :

Quel est l’impact sur le corps de l’utilisation du téléphone cellulaire?

«Le téléphone cellulaire émet des ondes qui sont une forme de lumière qu’on ne voit pas - ce sont des radiofréquences. Et ces radiofréquences, lorsqu’elles sont suffisamment puissantes, peuvent chauffer les tissus. En fait, ça ressemble beaucoup aux micro-ondes qu’on utilise dans les cuisines pour chauffer les aliments. Donc, il y a une possibilité que les radiofréquences puissent chauffer les tissus environnants autour de l’oreille, du cuir chevelu, de la peau sur la tête et du cerveau. Cependant, les puissances du téléphone sont très faibles. Les analyses avancent que la puissance du téléphone cellulaire est trop faible pour obtenir une augmentation de température mesurable des tissus au contact du cellulaire. Lorsque les gens disent : je sens la chaleur sur mon oreille et près de mon oreille, c’est souvent la chaleur qui est produite par l’appareil lui-même, c’est-à-dire, la batterie, la pile, les circuits électriques. Mais, ce n’est pas la chaleur qui provient des ondes.

À ce jour, a-t-on des preuves d’effets nocifs sur la santé?

À ce jour, on n’a pas pu établir qu’il y a un trouble de santé qu’on puisse associer à l’utilisation du cellulaire. Certains disent que le téléphone cellulaire donne mal à la tête. Il y a des études qui ont été faites en laboratoire. Ces tests de provocation, comme on les appelle, sont généralement négatifs. On n’arrive pas à reproduire en situation de laboratoire ce que les gens rapportent comme symptômes.

Donc, les maux de têtes, les nausées, tous ces symptômes variés que les gens associent parfois à l’utilisation du cellulaire n’auraient pas de liens prouvés?

Pas de façon claire en laboratoire. Mais, la recherche, à ce point de vue-là, se poursuit. Toutefois, ça serait quand même surprenant qu’il y ait un effet marqué.

Est-ce qu’on est loin d’un possible lien avec le cancer du cerveau?

Les études publiées à ce jour ne montrent pas d’effets, pas d’augmentation de cancer du cerveau non plus. Il y a eu une douzaine d’études publiées jusqu’à ce jour qui ont porté sur les risques du cancer du cerveau. Mais le cancer du cerveau pourrait n’apparaître qu’après 10 ans, 15 ans ou 20 ans d’exposition. Donc, c’est sûr que les donnés sur le cancer même si elles sont aujourd’hui rassurantes demandent à être suivies au cours des prochaines années.

Quelles sont les recherches qui restent à faire?

D’abord, la recherche sur la possibilité d’avoir un cancer en lien avec l’utilisation du téléphone cellulaire parce que c’est une question importante. Ensuite, on doit continuer d’investiguer les effets sur le système nerveux central. Ils sont peut-être subtils mais c’est important de le savoir. Je ne voudrais pas que ma mémoire soit altérée par l’utilisation du cellulaire, je ne voudrais pas que ma coordination soit altérée, si faiblement soit-elle, par l’utilisation d’un cellulaire. Et tous ces tests-là n’ont pas encore été faits. Je pense qu’on sera plus rassurés quand on aura une panoplie d’effets étudiés par plusieurs équipes de laboratoire.

Finalement, on a peur de ce qu’on ne voit pas?

Souvent, on a peur de ce qu’on ne voit pas, de ce qu’on ne sent pas. Puis, parfois, on a raison aussi d’avoir cette attitude. Mais parfois, on a tort, on ne peut pas se fier toujours à nos impressions.

*     *     *

Selon Stéphane Garneau, journaliste scientifique et chroniqueur, l’ensemble de la recherche ne démontre pas qu’il y a des risques sur la santé, mais il précise qu’elle ne démontre pas non plus que les cellulaires sont inoffensifs. Pour ceux qui demeurent inquiets, il nous fait les recommandations suivantes en matière de précaution :


  • Éviter un contact direct avec le téléphone cellulaire au moment de l’envoi d’un appel car le téléphone utilise alors sa puissance maximale. Stéphane Garneau suggère d’attendre quelques secondes que le contact soit établi avant de mettre le téléphone à l’oreille;

  • Utiliser un équipement mains libres ou encore une oreillette;

  • Le cellulaire et les enfants : L’utilisation quotidienne du téléphone cellulaire par les enfants n’est peut-être pas souhaitable, le corps n’étant pas tout à fait formé. On prétend que les enfants pourraient absorber 3 à 4 fois plus d’ondes électromagnétiques qu’un adulte. À tout le moins, dit Stéphane Garneau, surveillez leur utilisation! Les adolescents peuvent passer de longues heures au téléphone...

  • Parlez au téléphone cellulaire lorsque la réception est bonne en se fiant aux barrettes de signal de réception qui sont affichées la plupart du temps en haut et à gauche de l’écran de l’appareil. Si la réception est très mauvaise, le téléphone doit travailler plus fort pour établir la communication, donc le signal est au plus fort. À 3 barrettes, la réception est acceptable et le signal est moins fort.

  • Pour les hommes qui s’inquiètent du port du cellulaire à la ceinture, le plus  simple serait de ne pas porter l’appareil à la taille, mais encore une fois, aucune étude ne vient prétendre que cela pourrait s’avérer dangereux.


Donc, il est difficile de trancher puisqu’il n’existe pas encore de données sur les effets à très long terme, conclut Stéphane Garneau. On entend continuer à observer les utilisateurs danois pour avoir des données sur 30 ans! La technologie du téléphone cellulaire évolue, ce qui veut dire qu’il faut attendre encore 5, 10 voire même 20 ans pour avoir des résultats fiables sur les modèles de dernière génération. 

D’autres dangers, bien réels ceux-la : une récente étude australienne démontre que l’utilisation du cellulaire au volant nous fait courir 4 fois plus de risque de subir un accident – le danger serait comparable à la conduite en état d’ébriété.

Et un autre danger nous guette – l’impolitesse! 70 pour cent des personnes interrogées lors d’une étude récente souhaitent voir bloquer les ondes cellulaires pour empêcher l’utilisation dans les églises, les bibliothèques et les salles de cinéma. Et on pourrait ajouter les musées, les autobus, le métro… alors, évitons l’agressivité de nos voisins, faisons preuve d’un peu de civisme dans l’utilisation de nos téléphones cellulaires.

Ressources :
Organisation mondiale de la Santé
Champs électromagnétiques et santé publique: téléphones mobiles
www.who.int/mediacentre/factsheets/fs193/fr/

Site d’information examinant les effets des technologies sans fil sur la santé géré par le Centre R. Samuel McLaughlin d'évaluation du risque pour la santé des populations à l'Université d'Ottawa.
www.rfcom.ca

Santé Canada – rubrique d’information «Sécurité des produits de consommation»
Les téléphones cellulaires
www.hc-sc.gc.ca/cps-spc/house-domes/electron/cell/index_f.html