Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Des femmes en panne...de désir!

Émission du 15 février 2007

La libido des femmes et la panne de désir, un éternel sujet de discussion dans les couples. Fait-on suffisamment l’amour? Comment se fait-il que les hommes et les femmes n’ont pas les mêmes besoins? Pourquoi le désir de l’un n’arrive jamais au même moment que celui de l’autre?

L’idée de faire ce reportage nous est venue lorsqu’une gynécologue nous a confié que le principal sujet de consultation de ses patientes était, justement, la panne de désir. En fait, on parlerait même d’une véritable épidémie de baisse de libido chez les femmes autour de la quarantaine. Les femmes s’inquiètent lorsqu’elles n’ont soudainement plus envie d’intimité avec leur conjoint. Trop fatiguées, trop prises par le travail, les enfants. Les femmes craignent toutes les conséquences de cette panne!

Rencontrez avec nous trois femmes qui ont accepté de parler de leur vie sexuelle.

Nos témoins :

 

Maryse Lesage

«À certains moments, j’avais envie d’avoir envie – mais je n’avais pas envie! Être une maman qui allaite et, cinq minutes plus tard, être une amante, pas évident. Après la naissance de mon fils, les journées remplies – pas une minute à perdre pendant presque un an -, mon conjoint et moi nous sommes perdus de vue.  Ça m’a fait très peur. Je me demandais :, Est-ce que ça va revenir? Comment on va se retrouver? On ne voyait pas la lumière au bout du tunnel.

Pendant toute la maternité, j’ai senti le danger de tomber dans le confort – après l’allaitement, ça m’a demandé un effort, il a fallu qu’on se force. Mettre ça en priorité dans la vie! Et avant le ménage! D’ailleurs – il me semble que le ménage se passe mieux après…».

Pascale Pontoreau

«Oui, parfois ça me demande un effort que je n’ai pas toujours envie d’aller chercher. Pas juste baiser - mais pour que ce soit épanouissant! Une fois finit le travail, qu’on en a terminé avec les enfants, la maison, ma dernière préoccupation est de m’occuper de ma vie sexuelle. Du coup, ma libido est vraiment en dessous du plancher. Mon conjoint n’est pas très heureux de ça. Il le comprend, mais il préférerait qu’on retrouve nos folles années du début où nous avions une vie sexuelle beaucoup plus intense – l’époque où il était sur les genoux!

Je crois que les hommes ont besoin de faire l’amour pour se détendre. Moi, j’ai besoin d’être détendue pour faire l’amour. Il faut donc arriver à conjuguer ces deux choses-là. Il faut trouver du temps, être détendue pour avoir envie d’une relation sexuelle, pas juste tendre, affective, d’avoir une relation qui soit forte.»

Marcia Pilote

«Quand je me suis séparée, j’ai parlé beaucoup de ça. Des femmes m’ont livré des confidences du genre : «... Ah bien moi, ça fait des années que j’ai mis ça de côté» ou «Je ne vois pas le jour où je vais être comblée, où je recevrai cette nourriture affective...»

Lorsque des femmes de 35-40 t’avouent ça, tu te dis : «J’étais peut-être pas dans le champ, j’étais comme toutes les femmes qui ont décidé de mettre ça carrément de côté...».

«Mais c’est un sacrilège de mettre ça de côté! Et quand je dis «ça», je ne parle pas juste de ma sexualité, c’est mon essence de femme. Quand j’ai entrepris ma deuxième famille, il ya douze ans, j’ai mis ça clairement pour qu’on mette ça de l’avant, pas comme dans mon ancienne relation. Car plus je vieillis, plus ma libido augmente, plus j’ai envie de l’honorer et c’est ce que je fais.»

Le sexologue François Blanchette explique qu’il est tout à fait normal qu’avec le temps, une distance s’installe dans le couple pour qui cette intimité est absente.

«Il est normal d’avoir une baisse de désir à certaines étapes de vie; toutefois, pour qu’une vie de couple fonctionne, pour qu’elle soit satisfaisante, la sexualité demeure une des composantes essentielles. Si la sexualité n’est pas présente – difficile de fonctionner à long terme et que les deux soient satisfaits. Les gens vont souvent tirer les mauvaises conclusions, dit-il : «Les gens pensent que si je n’ai plus de désir, c’est que je n’aime plus mon conjoint; alors, j’abandonne la relation et je repars avec quelqu’un d’autre. Quand on commence avec quelqu’un de nouveau – au début l’intérêt sexuel sera très fort – mais encore une fois, ça risque de diminuer si on ne s’en occupe pas. Le piège est le même pour les hommes. Alors, ils vont voir ailleurs et débutent une relation avec une autre qui a un désir très fort. Ils en tirent la conclusion que la compagne passagère est celle qui l’aime – compte tenu de son niveau de désir.»

Élise Bourque, sexologue, confirme qu’on ne peut tenir le désir pour acquis. «Le désir est facile dans la première année – après ça, ça se fait avec la tête – en pensant à la sexualité, en y donnant une place. Culturellement, les femmes n’ont pas été habituées à cultiver la sexualité, le désir. Les femmes n’en parlent pas assez. Elles ne lisent pas assez, ne regardent pas assez de films, ce que les hommes font beaucoup plus naturellement. Car le désir, chez les femmes, c’est dans la tête, la capacité d’imaginer, de fantasmer, d’anticiper les rencontres sexuelles. Il faut entretenir l’intimité. Les émotions aussi jouent leur rôle - la colère, l’anxiété inhibent le désir. Un couple qui est en conflit va voir ce conflit se refléter dans la sexualité. Il faut que le couple soit en mesure de régler les conflits. Avoir de grandes attentes romantiques peut mener à être déçus de la vie à deux – car ce n’est pas ça la réalité.

La Dre Michèle Moreau est spécialiste en santé des femmes. Elle voit beaucoup de femmes en consultation pour panne de désir.

«Les femmes sont malheureuses. Elles ont honte de ça, elles en souffrent. Mais je remarque que les femmes ont moins ce besoin inné de sexualité que l’homme. Avec l’âge, avec le temps, on voit une diminution chez les deux sexes. Il faut être clair – le désir fait partie de la sexualité et n’intervient pas au même moment pour les hommes que pour les femmes. Le cycle de la réponse sexuelle : désir, excitation, orgasme, phase de résolution établit une évolution très linéaire de la réponse sexuelle. C’est peut-être le cas pour les hommes, mais pour les femmes – le désir ne précède pas nécessairement l’excitation. Il va venir après ou en cours d’excitation. «C’est une réponse plus cyclique chez la femme – on devient excitée tranquillement et le désir va venir par la suite. Plusieurs femmes pourraient s’y retrouver et se considérer normales! Je dis simplement aux femmes qu’elles ont à faire un certain travail de motivation. La pulsion spontanée, il faut en faire son deuil avec le temps et avec l’âge.»

Pour ceux et celles qui chercheraient une réponse biologique, il faut savoir que le désir n’est pas qu’une question d’hormones.

Seulement de 10 à 20 % des cas de pannes de désir peuvent y être attribués. L’autre partie, c’est dans la tête. D’ailleurs, aujourd’hui la recherche s’oriente vers les médicaments (eh oui, d’autres médicaments!) qui vont agir au niveau du cerveau, mais il faut aussi prendre en considération l’évolution naturelle de la femme. Dans une société hypersexualisée où on a l’impression que les gens font l’amour trois fois par jour, on peut définitivement se sentir déficiente. Et très loin de la réalité de la majorité des femmes.

Il n’y a pas si longtemps, le devoir conjugal était dicté par la religion catholique qui réglementait les rapports sexuels entre maris et femmes. Comme d’ailleurs l’obligation qu’avaient les couples de faire des enfants. Aujourd’hui, ce sont des principes qui font franchement sourire.

Avec la révolution sexuelle, on a cru qu’on avait tout réglé puisque tout était permis. Mais on s’est aperçu avec le temps que la sexualité humaine, et particulièrement celle des femmes, est complexe. C’est un défi énorme de réussir à conjuguer les obligations de la vie quotidienne avec la vie sexuelle. Alors on peut comprendre qu’autant de femmes soient désemparées. Mais peut-être faites-vous partie de ces gens heureux pour qui la sexualité est une affaire réglée? Mais il semble bien que ce ne soit pas tout à fait la norme encore! Ce qu’on comprend, c’est qu’il n’y a pas de potions magiques et qu’une bonne discussion sur le sujet peut arranger bien des choses. Et pourquoi pas, une petite pratique! Ne dit-on pas que l’appétit vient en mangeant?

Nos experts :

Dre MICHÈLE MOREAU
OMNIPRATICIENNE
SPÉCIALISTE EN SANTÉ DES FEMMES

FRANÇOIS BLANCHETTE
SEXOLOGUE CLINICIEN

ÉLISE BOURQUE
SEXOLOGUE CLINICIENNE


Ressources : 

Portail d'information sur la santé des femmes canadiennes
www.femmesensanté.ca