Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Les hauts et les bas de l’adoption internationale

Émission du 22 février 2007

Chaque année, entre 800 et 1 000 bébés venus de l’étranger sont adoptés au Québec. Des enfants qui viennent de Chine, bien sûr, mais aussi d’Haïti, de Colombie, de Russie ou d’autres pays. Ces enfants arrivent ici avec leur passé, ils ont une histoire dont les parents savent souvent très peu de choses. Pour eux, l’arrivée de cet enfant, c’est souvent l’aboutissement d’un rêve qui a mis des années à se réaliser! Et les parents d’enfants adoptés sont comme tous les autres parents, ils souhaitent le meilleur pour leur enfant.

Difficile d’imaginer quand on tient dans ses bras un enfant qu’on a tellement désiré qu’il y a une part de cet enfant qu’on ne connaît pas et que des difficultés pourraient survenir! Car, comme c’est le cas pour les enfants biologiques, certains enfants adoptés peuvent présenter des problèmes; problèmes qui arrivent souvent à l’adolescence. Ce fut le cas de Dominique Lecompte : adoptée dans un foyer stable, les parents étaient présents et bien intentionnés et surtout plein d’amour. Lorsqu’elle grandit, son passé revient la hanter, bien malgré elle…

Dominique Y. Lecompte

Enfant, Dominique pleurait beaucoup. Déjà à la petite école, Dominique était turbulente en classe. C’est à l’adolescence que cela s’est corsé : problèmes de fugue, de drogue, de délinquance! Débute alors la chaîne des intervenants, la direction de l’école, les travailleurs sociaux. En détresse, Dominique commence même à s’automutiler. Ses parents se précipitent avec elle à l’hôpital croyant à une tentative de suicide. Ce fut une période très dure pour les parents où sa mère en vient même à douter de son amour pour son enfant et de l’amour de sa fille pour elle!
C’est en consultant le site Web de l’organisme Pétales Québec, une association d'entraide pour les parents d'enfants présentant un trouble de l'attachement, que la mère de Dominique est arrivée à comprendre la souffrance de sa fille. Le fait de pouvoir nommer cette souffrance, de la reconnaître et de la comprendre finalement aura marqué un point tournant.

Voilà ce que Dominique pense de cette période difficile :
«Quand je pense à ma mère biologique, je ressens beaucoup de colère. J’imagine que ça n’a pas été facile pour elle, mais quand tu mets un enfant au monde, tu le gardes! Moi, je ne serais pas capable. 
Oui, j’étais turbulente en classe; je défiais l’autorité pour impressionner les autres. Je n’étais pas un cadeau. Ça n’a pas été facile! Mais c’est surtout en secondaire 1 que tout a commencé. C’est là que l’automutilation a commencé. Je me faisais du mal parce que je gardais tout en dedans. Je ne m’affirmais pas, même encore là, c’est dur pour moi, je ne veux pas me faire rejeter. J’ai besoin de me sentir aimée des autres et je ne veux pas déplaire. Le point tournant est venu lorsqu’un jour, je m’étais mutilée et ma mère l’a découvert, elle a réussi à le voir. Elle m’a amenée à l’hôpital et c’est là qu’elle m’a dit qu’elle ne voulait pas me ramener à la maison, que c’était trop difficile. Je me suis rendue en centre d’accueil pour une période de 8 mois et après ça je suis sortie. J’ai pu m’arrêter et réfléchir sur mes agissements. J’étais très égoïste. C’était ma peine à moi. Je pense que mes parents n’avaient pas à vivre ça. Ils auraient pu me laisser au centre d’accueil, mais ils ont cru en moi. Aujourd’hui je suis vraiment reconnaissante. Je me sens bien, j’ai enfin trouvé la paix car, pendant plusieurs années, j’ai été en guerre avec moi-même.»

Les troubles de l’attachement :

L'attachement, c'est  la  lien qui se construit entre l’enfant et l'adulte avec qui l'enfant se sent en sécurité. L'adulte qui va répondre à ses besoins et créer en lui un sentiment de confiance. Abandonnés ou négligés, plusieurs enfants éprouveront un trouble d’attachement. Car un enfant qui a subi dans son enfance de la négligence, de mauvais traitements, conservera ce sentiment qu’on ne s’est pas occupé de lui. À mesure qu’il grandit, cela peut se manifester par des troubles de comportements : agressivité, crises de colère, intolérance à la frustration.

L’histoire de Dominique est certes un cas extrême, mais c’est tout de même une réalité. Notre deuxième témoin, Jessica Lacoste, est une jeune femme de 24 ans, adoptée à 5 mois au Honduras. Pour elle, la vie a été plus facile que celle de Dominique, malgré des difficultés rencontrées à l’école. Et la vraie question, pour elle, c’est celle de l’identité. On devient une Québécoise, oui, mais doit-on oublier pour autant qu’on est aussi une Hondurienne?

 

Jessica Lacoste

« En adoption, on a des deuils à faire - autant les enfants que les parents, la possibilité d’avoir des troubles d’attachement, des troubles d’échec scolaire. Mes parents ont fait les bons choix, ils m’ont bien soutenue. Mais on en savait moins qu’on en sait aujourd’hui de l’adoption. Avant, on n’avait pas cette aide-là. Quand j’étais petite, mon père ne me racontait pas l’histoire de Cendrillon. Je lui disais «Papa, raconte-moi MON histoire.» 
Je suis née à l’hôpital – ce qui est rare dans les pays latino-américains – et ma mère m’a laissée dans de très bons soins. Elle était consciente de ce qu’elle faisait. Je n’ai pas été abandonnée. J’aime dire qu’elle m’a laissée une autre chance dans la vie.
Jeune, je n’avais pas une bonne estime de moi, car je n’étais pas très bonne à l’école. Mes parents m’ont appris à avoir une identité forte avant d’avoir une identité culturelle. L’adolescence a été facile pour moi – beaucoup grâce au sport. Mon père m’a toujours dit qu’on pouvait régler bien des choses avec le sport. J’ai beaucoup passé mes émotions dans le sport. J’ai vite appris qu’il fallait que je m’habitue à la différence et mon intégration a été facile. J’avais en moi tous les outils et les moyens de prouver que j’étais Québécoise ET Latino-Américaine à la fois. J’ai le meilleur des deux mondes! Certains enfants adoptifs vont idéaliser leur mère biologique – moi, j’ai idéalisé le fait d’être pleinement hondurienne. L’image que j’utilise est celui d’un enfant issu d’une union interraciale. Jamais on demandera à un enfant issu de cette union de choisir entre l’une ou l’autre des cultures de ses deux parents! Un enfant adopté, on va le chercher dans son pays pour le ramener dans le nôtre. On est heureux, on a enfin un enfant! Mais c’est un geste égoïste! Cet enfant a des racines, une culture. Et il est issu d’une grossesse qui s’est passée dans une certaine situation. Il ne faut jamais oublier ça.»

Johanne Lemieux est travailleuse sociale et consultante en adoption. Elle qualifie les enfants d’adoption d’enfants qui viennent avec des options. La première option, c’est que ce sont des survivants, des enfants avec beaucoup de caractère. Ils ont une force de survie qui est à la fois positive si elle est bien canalisée, mais qui peut aussi bien tout démolir sur leur passage. La deuxième option – celle d’avoir été séparé de leur mère -, est toujours une épreuve pour un enfant. L’enfant restera avec un doute où il se demande ce qu’il aurait dû faire pour que sa mère le garde. Troisième option : ces enfants ont tous des trous dans le puzzle de leur vie. Et ce n’est pas banal de ne pas connaître son histoire. Cela donne soit des enfants qui vont tester l’amour des autres, qui vont s’accrocher ou qui font comme s’ils n’avaient besoin de personne – de peur de souffrir à nouveau. On croit à tort que ces enfants n’ont pas de mémoire du début de leur vie, pourtant c’est faux.

Selon Mme Lemieux, la plupart des enfants adoptés vont très bien. Ils vont avoir certaines questions existentielles, certains deuils qui restent à vivre, mais la majorité vont bien. Certains enfants auront des troubles d’apprentissage à cause de la malnutrition grave qu’ils auront connue. On retrouve aussi chez eux plus d’enfants anxieux. 

Pour de nombreux enfants d’adoption internationale, le retour au pays d’origine peut-être une source d’apaisement. Surtout pour les filles, car il semble que le fait de pouvoir enfanter fait questionner davantage les filles sur leurs origines que les garçons. Sentir d’où ils viennent. 

Un bon nombre d’enfants adoptés présentent des retards de développement, des problèmes de santé et des déficits cognitifs. Très souvent, ces retards vont finir par être rattrapés et la grande majorité d’entre eux, près de 70 %, se rétablissent complètement, physiquement, intellectuellement et émotivement. Des parents adoptifs bien préparés et bien appuyés peuvent mieux aider leurs enfants à s’adapter à leur nouvelle vie. Être capable d’envisager qu’il y aura peut-être des difficultés permet d’être plus réaliste et de ne pas les vivre comme un échec.

Il existe des services de soutien pour préparer l’adoption et l’après adoption, dont ceux du CLSC Lac St-Louis ainsi que du Bureau de consultation en adoption de Québec, dont vous trouverez les adresses ci-dessous.

Ressources :

CLSC Lac Saint-Louis
www.clsclacsaintlouis.qc.ca

Bureau de consultation en adoption de Québec
www.quebecadoption.net

Pétales Québec
www.petalesquebec.org

NOS EXPERTS:

JOHANNE LEMIEUX
TRAVAILLEUSE SOCIALE
BUREAU DE CONSULTATION EN ADOPTION DE QUÉBEC

Dr YVON GAUTHIER
PSYCHIATRE
CHU SAINTE-JUSTINE

DIANE QUEVILLON
PSYCHOLOGUE