Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Le Dr Arthur Amyot : un psychiatre à domicile pour les personnes âgées

Émission du 22 février 2007

On ne s’occupe pas toujours très bien des personnes âgées dans notre société. C’est chez les personnes âgées au Québec que l’on retrouve le plus grand nombre de suicides, après les jeunes. Des suicides qui découlent d’un état dépressif dans la vaste majorité des cas. En cause : l’isolement, le manque de valorisation, la douleur chronique et la maladie.
Le Dr Arthur Amyot est psychiatre à l'Hôpital du Sacré-Coeur de Montréal. Il s'intéresse depuis très longtemps à la situation des personnes âgées. Il a 70 ans, l’âge de bon nombre de ses patients. Et chose rare, le Dr Amyot fait des visites à domicile! Avec une infirmière spécialisée qui l’assiste, chaque semaine, il visite ses patients et leur apporte l’écoute dont ils ont tant besoin. Voici un extrait de l'entretien qu'il a bien voulu nous accorder.

Vous vous intéressez depuis longtemps à la situation des personnes âgées. Pourquoi?

«J’ai toujours voulu garder cette pratique clinique auprès des malades. C’était ma raison d’être en devenant médecin. Je n’ai pas voulu couper ce lien-là et j’ai voulu le faire dans le secteur de la géronto-psychiatrie qui m’apparaît, à l’intérieur de la psychiatrie, le secteur peut-être le plus négligé.

Les résistances tombent rapidement lorsqu’on dit aux personnes âgées qu’on ira les voir dans leur milieu. Les préjugés qu’elles avaient vis-à-vis du psychiatre s’estompent et elles nous disent souvent après la première entrevue : «Est-ce que je vais vous revoir?» 

Je vois souvent, et c’est constaté cliniquement par bien des confrères, que l’année qui suit la retraite est une année de grande vulnérabilité, de fragilité si elle n’est pas bien préparée. On voit apparaître souvent pendant cette année-là des accidents physiques, des infarctus, un cancer. On va voir apparaître des accidents cérébraux-vasculaires, des dépressions profondes. Et on voit apparaître le suicide.»

La dépression est-elle difficile à déceler chez les personnes âgées? 

«Souvent, on va penser qu’il est normal qu’une personne âgée soit au ralenti, qu’elle n’a plus d’intérêt, qu’elle a maigri un peu, qu’elle s’alimente moins bien. Ce qui est tout à fait faux. Une personne âgée qui est en bonne santé fait de l’exercice, s’alimente, a de l’intérêt, va au théâtre, au cinéma. Elle fait des lectures, écoute de la musique. On va attendre qu’elle soit très dépressive avant de venir consulter ou attendre qu’elle commence à dire des choses comme : «Ah moi! j’en ai assez de la vie, moi j’ai fait mon temps.».  On s’assure que la personne va être bien nourrie, bien logée, bien lavée, l’hygiène de base et après ça on ne s’en occupe plus. On considère la personne âgée comme un objet et pas comme un sujet pensant qui est capable de réfléchir, d’avoir ses idées. 

Ça, ce n’est pas donné à beaucoup de personnes, de pouvoir écouter. On va dire : ben là, tu me racontes la même histoire, tu m’as dit ça 10 fois. Tu me parles du feu qui est arrivé il y a 30 ans. C’est vrai que ça a été un drame tout ça mais cette histoire-là, je ne veux plus l’entendre. Toute la dimension du niveau de vie, la dimension de la relève psychologie, l’écoute de la personne, tous ces volets-là sont souvent mis de côté. On considère la personne âgée comme un objet et pas comme un sujet pensant qui est capable de réfléchir, d’avoir ses idées. D’avoir sa vie fantasmatique qui serait prête à transmettre. On ne s’intéresse plus à leurs histoires.»  

Malgré le vieillissement de la population, il y a peu de géronto-psychiatres. À quoi attribuez-vous ce manque?

«C’est comme si on avait des préjugés à 2 niveaux avec les personnes âgées. Un préjugé du vieillissement, on n’aime pas entendre parler du vieillissement; on n’aime pas entendre parler de la mort, ça va de soi. Et on n’aime pas entendre parler de maladie mentale. C’est comme si on part avec 2 handicaps. Et on sent ces résistances-là beaucoup moins maintenant à l’intérieur même de la psychiatrie. Des psychiatres qui s’intéressent maintenant à la géronto-psychiatrie, il y en a 47 au Québec, sur 1 150, 1 200 psychiatres. Et on ne peut pas se permettre de priver des gens qui souffrent et qu’on ne puisse pas les soulager. C’est un investissement qu’on se doit de faire. Quand on traite quelqu’un à 70 ans, l’espérance de vie qu’il a devant lui c’est presque 20 ans!»

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Bien sûr, la majorité des personnes vieillissent bien, mais pour celles qui présentent des difficultés, le Dr Amyot insiste pour faire tomber le préjugé selon lequel il est plus «payant» d’investir dans le traitement d’un jeune patient plutôt que dans celui d’une personne âgée qui est à la fin de sa vie active. Il défend leur droit au traitement. Les services de psychogériatrie sont évidemment plus développés dans les grands centres et les demandes de consultation doivent parvenir de médecins ou de professionnels qui sont déjà impliqués auprès des personnes âgées.

Le Docteur Amyot est un pionnier de la psychiatrie au Québec. Il a terminé sa formation en 1968, époque ou il n’y avait que  120 psychiatres au Québec. Il y en avait si peu parce qu’il y avait beaucoup de préjugés vis-à-vis de la santé mentale et pour se former en psychiatrie, il fallait s’exiler. C’est le docteur Camille Laurin qui a été un de ceux qui a bâti le premier programme intégré et complet de formation psychiatrique à Montréal.

Il y a eu la publication d’un livre à cette époque, au début des années soixante qui a eu un impact considérable : «Les fous crient au secours.». L’auteur, Jean-Charles Pagé, un patient de l’Hôpital Louis-H. Lafontaine avait décrit ce qui se passait dans le milieu asilaire. Les conditions étaient très difficiles. Il y avait presque 5 000 patients qui étaient entassés à l'Hôpital Louis-H. Lafontaine - dans ce qu’on appelait la municipalité de Gamelin. Car les asiles devenaient presque des municipalités, à Montréal. On avait peur du malade mental. Les asiles étaient construits à l’extérieur des villes. On mettait les fous à l’extérieur de la société. On entrait, mais on pouvait y entrer pour l’éternité.

A la suite de ce livre, il y a eu une commission d’enquête mise sur pied par le gouvernement Lesage.  On a alors voulu augmenter le nombre de psychiatres. On a ouvert dans la communauté des équipes de santé mentale. Traiter le malade dans son milieu de vie plutôt que d’attendre qu’il vienne à l’hôpital et qu’ensuite il aille dans le milieu asilaire.  Aller voir un psychiatre comme on va voir le dentiste, le médecin – à son bureau. Et faire diminuer peu a peu les tabous.