Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Le docteur David Fortin : un médecin spécialiste hors du commun

Émission du 1er mars 2007

Cette semaine, nous rencontrons le Dr David Fortin, le seul médecin au Canada à cumuler les fonctions de neuro-chirurgien et de neuro-oncologue! Son ennemi juré, c’est le cancer du cerveau, un cancer rare mais impitoyable. Professeur et chercheur au Centre de recherche clinique Étienne-LeBel de l'Université de Sherbrooke, il a développé une technologie tout à fait révolutionnaire dans le traitement des tumeurs cancéreuses au cerveau qui a multiplié par trois l’espérance de vie des gens atteints. 

Mais ce qui le distingue peut-être encore plus, c’est l’empathie extraordinaire qu’il démontre envers ses patients. Voici l’extrait d’un entretien qu’il a bien voulu nous accorder. Portrait d’un médecin dévoué qui ne baisse pas les bras facilement!

 

Dr Fortin, pourquoi avoir choisi deux spécialités en neurologie?

Je suis d’abord et avant tout un neurochirurgien de formation. Rapidement, dans le cours de mon apprentissage en chirurgie, je me suis intéressé aux tumeurs cérébrales et je me suis rendu compte qu’on n’avait pas de solution à offrir aux patients atteints. On traitait ces patients de manière expéditive, souvent avec peu d’intérêt. En étant neurochirurgien ET neuro-oncologue, je peux offrir à mon patient plusieurs approches de traitements. Je peux opérer mon patient et, par la suite, je peux lui offrir la chimiothérapie et lorsque la radiothérapie est nécessaire, le diriger vers la radiothérapie. On suit alors le patient pendant tout le processus. Souvent notre patient va être opéré, puis on va l’aiguiller rapidement vers d’autres cliniques. Personnellement, je pense que c’est un mécanisme de protection de la part de certains médecins qui ne veulent pas discuter des vrais sujets avec leurs patients, parce que ce sont des sujets difficiles.

D’où vient cette passion pour le cerveau? Comment cela vous est-il venu?

C’est un peu particulier – j’ai un souvenir qui est très clair. J’avais huit ou neuf ans. Je faisais l’épicerie avec ma mère et il y avait là un kiosque de livres. Je suis tombé sur un livre «L’anatomie du corps humain». Ma mère a su apprécier mon intérêt pour ce livre et elle me l’a acheté. Et ce livre-là est devenu une véritable obsession! Je me rappelle l’avoir feuilleté ad nauseam, puis d’arrêter spécifiquement sur la page concernant le système nerveux, sur le cerveau.

J’avais un voisin dont le père mettait des trappes à oiseaux. On les ramassait, puis moi je  disséquais les cerveaux. J’étais fasciné par ça, comment le cerveau de l’oiseau est assez près de ce qu’est le cerveau humain. C’est à l’époque ou j’ai découvert Darwin, mon héros scientifique. Car juste par des observations, il a conclu de manière relativement irrémédiable sa théorie de l’évolution. 

Qu’est-ce qu’il y a de particulier dans le cancer du cerveau?

En fait, la tumeur en tant que tel, Dieu sait qu’elle n’est pas intéressante, c’est notre ennemie, la tumeur. Mais en même temps, ce qu’il ya de fascinant dans un cancer cérébral, c’est que malgré une trentaine d’années de recherche, on a fait que peu d’avancées. Les tumeurs cérébrales sont difficilement curables parce que ce sont des lésions qui vont envahir le cerveau normal en périphérie de la tumeur. On ne peut pas guérir uniquement par la chirurgie. Il faut essayer de supprimer la capacité de ces cellules de migrer, d’envahir le cerveau. Si on était capable de faire ça, on ferait un grand pas dans le traitement des tumeurs cérébrales. 

Une autre problématique concernant ce type de tumeur, c’est que, peu importe le médicament qu’on donne, il y en a très peu qui va atteindre la tumeur. Le cerveau a son propre système de filtration. Nous nous sommes donc employé à développer un traitement ici qui nous permet de façon temporaire, d’altérer ce système de filtration pour atteindre la tumeur. C’est une percée très, très importante mais ce n’est pas suffisant! Quand on rencontre un jeune patient et on lui dit «moi, je peux t’offrir un traitement qui peut multiplier par trois tes chances de survie», ce n’est pas ça que le patient veut entendre. Le patient veut entendre qu’on a un potentiel de le guérir. Alors, il faut aller plus loin : il nous reste beaucoup de travail à faire.

On entend parfois ici au CHUS des commentaires de patients qui ont été traités ailleurs et qui se font dire par un médecin par exemple : «Bof, va-t-en chez vous - il te reste un an à vivre. On ne peut pas t’aider». Des commentaires qui, je pense, relèvent du fait que le médecin veut servir son patient en lui faisant prendre conscience de la sévérité de sa maladie. D’autres médecins vont dire : «De toute façon, peu importe ce qu’on fait, le patient va décéder.» Mais ce n’est pas une manière de faire avancer la science et ce n’est définitivement pas une manière d’aider les patients. Il y en a des patients qui veulent se battre! Et nous, notre «job», c’est de les épauler. 

Vous savez, les patients deviennent un peu des amis, ils deviennent des proches jusqu’à un certain point, ça fait partie du travail. Il faut que ça soit comme ça. D’un autre côté, il faut faire attention. Dans une relation trop intense avec un patient, on peut se brûler. Je suis allé une fois aux funérailles d’un de mes patients, une jeune fille de huit ans. Ça a été une épreuve épouvantable. Plus jamais je ne vais faire ça!

Être vaillant, c’est important pour vous. Pourquoi?

Être vaillant, c’est être travaillant à sa manière, peu importe ce qu’on fait. Être vaillant c’est ne pas avoir peur de l’ouvrage, c’est se lever le matin en ayant un but. J’ai beaucoup d’attentes pour le futur dans le traitement des tumeurs cérébrales. Je veux finir ma carrière et dire que notre équipe a contribué de façon significative à améliorer le devenir de ces patients C’est une attente importante que j’ai, je ne dirais pas qu’elle est démesurée. Par contre, des sobriquets comme «le docteur magicien» ou «vous avez fait des miracles», je n’aime pas ça parce que ce n’est pas vrai. On ne fait pas de miracles, et je ne suis malheureusement pas magicien!

Le 10 janvier dernier, l’Université de Sherbrooke a annoncé la création de la Chaire Banque Nationale en traitement du cancer cérébral qui sera menée par le professeur Fortin. Grâce à un don de 1 million $, le spécialiste pourra mener des recherches en vue de prolonger la vie des personnes atteintes de tumeurs cérébrales.

Ressources :

Centre de recherche clinique Étienne-LeBel
www.crc.chus.qc.ca