Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

La dyslexie : un problème mal connu!

Émission du 15 mars 2007

La dyslexie est perçue par la plupart des gens comme un problème de lecture et d’écriture somme toute assez banal. On pense, à tort d’ailleurs, que c’est seulement un problème mineur d’inversion de lettres ou de chiffres. Mais c’est beaucoup plus complexe que cela!

Les enfants dyslexiques passent trop souvent pour des paresseux ou des entêtés, quand ce n’est pas pour des enfants pas très doués parce qu’ils n’arrivent pas à apprendre à lire. Il s’agit pourtant d’un trouble neurologique dont ils ne sont pas responsables.

Nos premiers témoins : Philippe Gravel et France Poulin

Nous avons rencontré France Poulin et son fils, Philippe, 12 ans, dyslexique :

«Au départ, on n’a pas consulté pour la dyslexie », nous explique France Poulin. «Les professeurs nous disaient : Philippe est solitaire, il est dans sa bulle, mais les notes étaient bonnes. Il travaillait fort! Mais comme l’école avait de hautes exigences académiques, cela allait de soi. Jusqu’en troisième, quatrième année, tout se passait assez bien malgré quelques difficultés en orthographe. Les professeurs continuaient de nous dire que Philippe était dans son monde… mais c’est tout!»

Un soir, en écoutant Philippe lire à haute voix, sa mère remarque que Philippe fait des inversions de mots, de lettres, il lit le début d’un mot et semble deviner le reste. Étant elle-même dyslexique, elle a tout de suite compris. Et pourtant, l’école n’avait rien identifié, rien signalé. Le pédiatre de Philippe le réfère en neuropsychologie. Il passe une panoplie de tests. Le diagnostic est formel : dyslexie.

La mère de Philippe ne baissera pas les bras pour autant :
«Je pense qu’il va s’en sortir, mais si je me fie seulement au système scolaire, et aux chances qu’on donne aux enfants dyslexiques, il ne réussira pas. Moi, je vais tout lui donner pour qu’il réussisse, mais tous les jours je me fais dire qu’il ne réussira pas.»

Au-delà des difficultés qu’engendre la dyslexie dans l’apprentissage, les enfants dyslexiques ont aussi à composer avec le rejet. L’acceptation des autres enfants est difficile, nous confirme la mère de Philippe : «Il faut qu’il accepte d’être un enfant différent et les professeurs ne sont pas très à l’écoute des difficultés émotives que cela engendre. S’adapter à un élève dyslexique demande un effort que tous ne sont pas prêts à fournir. Philippe en est d’ailleurs à sa quatrième école. Pourtant il n’a pas de troubles de comportement, et il est tenace! Ce trouble a développé chez lui une ténacité, une discipline de fer.»

Beaucoup d’enfants dyslexiques sont d’intelligence vive et supérieure. Quand ils réussissent à surmonter les premières années de scolarité, on les retrouve en musique, en art, en génie, en architecture, des domaines où le langage est moins impliqué.

Notre second témoin : Alexandre Lambert

Alexandre a 27 ans. Il est urbaniste. Il a été diagnostiqué dyslexique seulement au deuxième cycle du primaire, alors qu’il fréquentait l’école des Petits chanteurs du Mont-Royal, où il a été admis surtout grâce à la détermination de sa mère. La vocation première de l’école étant la musique, il a pu bien y évoluer malgré sa difficulté avec l’écriture.

«Je considère mon parcours comme tout à fait correct pour un dyslexique, mais tous les dyslexiques que je rencontre n’ont pas eu cette chance. J’ai persévéré, je ne me suis pas écœuré de l’école, la preuve, j’ai fait ma maîtrise. Mais j’ai fait cela parce que mes parents avaient l’argent – 50 $ par semaine d’orthopédagogue à raison de 3 fois par semaine pendant 10 ans, ce n’est pas à la portée de tout le monde.

Le diagnostic m’a aidé dans la mesure où pour moi c’était quelque chose de rassurant, mais pour les gens ça ne voulait absolument rien dire. Pour les directions d’écoles, ce n’est pas un problème qu’ils connaissent. Il y a encore beaucoup d’ignorance. Avoir un diagnostic, c’est très important pour l’enfant, car il peut alors se renseigner.

La dyslexie

De façon habituelle, le terme dyslexie désigne un trouble du langage écrit; cela inclut non seulement la lecture, mais aussi l'écriture et l'orthographe. On parle en fait de dyslexie/dysorthographie. La dyslexie (trouble de la lecture) et la dysorthographie (trouble de l'écriture) forment un ensemble de difficultés durables de l'apprentissage de la lecture et de l'orthographe chez un enfant ou un adulte qui :

•      a évolué dans un environnement affectif, social et culturel normal;
•      a été normalement scolarisé;
•      présente un niveau intellectuel normal, mais dont les performances en langage écrit      sont nettement inférieures aux capacités manifestées dans d'autres domaines;
•      a une absence de troubles sensoriels ou perceptifs (ouïe, vue);
•      a une absence de troubles psychologiques primaires.

Cette définition n'est pas vraiment satisfaisante, car elle se limite aux aspects particuliers qui permettent de déterminer les dyslexies/dysorthographies. Elle n'insiste pas suffisamment sur d'autres causes qui peuvent être à l'origine des problèmes de langage écrit : déficits globaux intellectuels, problèmes psycho-affectifs dominants, difficultés d'ordre socio-économique, etc. Il existe deux autres définitions courantes de la dyslexie; une de nature exclusive et une autre de nature inclusive.

Une définition de nature exclusive

La dyslexie, selon la définition élaborée en 1968 par l'organisme Word Federation of Neurology, est un trouble de l'apprentissage de la lecture survenant en dépit d'une intelligence normale, d'une instruction adéquate, d'une bonne acuité auditive et visuelle ainsi que de stimulations culturelles suffisantes. En outre, la dyslexie dépendrait d'une perturbation, souvent d'origine constitutionnelle, des aptitudes cognitives fondamentales.
Les tenants de cette définition considèrent en général comme significatif un retard de 12 à 18 mois par rapport au niveau scolaire, chez des enfants de moins de 9 ans.
On critique généralement cette définition en faisant remarquer qu'elle insiste sur ce que n'est pas la dyslexie. De plus, elle implique qu'il faut attendre que l'enfant entre à l'école et connaisse d'importantes difficultés en lecture avant de diagnostiquer le trouble.

Une définition de nature inclusive

La définition exclusive étant jugée insatisfaisante, les chercheurs ont élaboré des définitions inclusives qui mettent l'accent sur des facteurs apparemment présents dans le trouble de lecture. Leurs études ont permis de préciser les forces et les faiblesses des enfants qui présentent un tel trouble. Selon le comité de recherche de la Orton Dyslexia Society, la dyslexie résulte d'un trouble particulier de langage d'origine constitutionnelle qui se caractérise par des difficultés de décodage résultant d'un trouble du traitement phonologique. Ces difficultés de décodage dépassent largement celles normalement rencontrées à un âge donné, de même que les capacités cognitives et les habiletés scolaires de l'enfant; elles ne sont pas consécutives à un retard global de développement ou à un déficit sensoriel. Selon cette définition, la dyslexie se manifesterait par des difficultés variables à différents niveaux de langage, incluant généralement, en plus du problème de lecture, un problème d'écriture et d'épellation.
Ainsi, la dyslexie découlerait d'un problème plus global que d'un problème particulier d'apprentissage de la lecture. Il s'agirait d'un trouble du développement du langage dont le noyau central serait UN DÉFICIT DU TRAITEMENT PHONOLOGIQUE, tel que mentionné précédemment.

Du côté européen, on utilise souvent le terme dyslexie dans son sens large de trouble d'apprentissage du langage écrit, l'ensemble des difficultés constituant le «syndrome dyslexique».*

*Source : Association québécoise des troubles d’apprentissage
www.aqeta.qc.ca

Extrait de «Les troubles d'apprentissage : comprendre et intervenir»
Auteures : Denise Destrempes-Marquez et Louise Lafleur
Éditions Hôpital Sainte-Justine, 1999. 
 
Ma mère était convaincue de mes capacités car il n’y a pas de dépistage automatique, il faut que ce soit une initiative personnelle. Il n’y a pas de mode d’emploi! J’ai pu bénéficier de certains accommodements, avoir du temps supplémentaire pour des examens, mais au quotidien c’était de la négociation sur une base individuelle avec les professeurs.

Mon parcours a été beaucoup plus facile une fois le secondaire terminé. Déjà au cégep, j’étais habile à expliquer aux gens le problème et les solutions à apporter. J’avais aussi plus de maturité. Il faut se bâtir un réseau d’aide autour de soi qui va nous permettre d’avoir un soutien. Surtout, il ne faut pas cacher la condition. Dans mes relations d’affaires – je vais dire, d’emblée : «Ne vous offusquez pas, vous allez pouvoir lire, mais je suis dyslexique.» Jusqu'à maintenant, ça a très bien passé.»

Beaucoup plus de dyslexiques qu’on pourrait le croire!

On a de la difficulté à savoir de façon exacte le nombre de personnes qui sont atteintes de dyslexie, parce qu’elles sont souvent confondues avec des personnes ayant d’autres troubles d’apprentissage! Mais ça pourrait aller jusqu’à 20 % de la population! La plupart des spécialistes s’entendent pour dire que si la dyslexie est dépistée très tôt, même dès la maternelle, les chances de l’enfant de bien s’en sortir sont beaucoup plus grandes. Un enfant dépisté après l’âge de 10 ans aura toujours, semble-t-il, des difficultés de lecture et d’écriture.

On sait que les jeunes avec des troubles d’apprentissage sont surreprésentés chez les décrocheurs, qu’ils vont fréquemment vivre des problèmes d’estime d’eux-mêmes et parfois même attenter à leur vie, comme l’ont montré certaines études américaines récentes.

Aider les enfants dyslexiques

Il faut d’abord obtenir un diagnostic. Ensuite, en en faisant la demande, l’enfant peut obtenir des services adaptés. Les services d’orthopédagogie et d’orthophonie aideront un enfant atteint de dyslexie. Ces services sont toutefois insuffisants actuellement dans le réseau scolaire. Les parents doivent souvent se tourner vers le privé pour obtenir l’aide de professionnels, ce qui entraîne des frais qui peuvent être assez élevés. Il existe des méthodes pour aider les enfants au quotidien, selon la neuropsychologue Janine Flessas. On peut demander aux professeurs d’évaluer oralement l’enfant, ne pas l’obliger à écrire. On peut aussi munir l’enfant d’un ordinateur portable avec un logiciel qui corrige l’orthographe et lit à haute voix ce que l’enfant écrit au fur et à mesure. D’autres accommodements sont possibles : adapter la période des examens pour les enfants qui ont besoin d’un peu plus de temps.

Au Québec, il n’existe pas de programme de dépistage de la dyslexie dans le réseau scolaire. Il revient donc aux parents de chercher, de poser des questions et aussi de trouver les ressources pour aider leurs enfants. Un recours collectif est d’ailleurs devant les tribunaux en ce moment pour que la dyslexie soit reconnue comme un handicap et que des services de dépistage et d’aide à l’apprentissage soient offerts par le réseau scolaire.

NOS EXPERTS :

JANINE FLESSAS
NEUROPSYCHOLOGUE
CENTRE D’ÉVALUATION NEUROPSYCHOLOGIQUE
ET D’ORIENTATION PÉDAGOGIQUE

LOUISE LAFLEUR
ORTHOPHONISTE
CENTRE DE CONSULTATION PSYCHOPÉDAGOGIQUE

PASCALE FRÉCHETTE
ORTHOPÉDAGOGUE
CENTRE DE CONSULTATION PSYCHOPÉDAGOGIQUE

Ressources :

Centre de consultation psychopédagogique
6100, avenue du Boisé
Bureau 104
Montréal H3S 2W1
Téléphone : (514) 278-5555

Centre d'évaluation neuropsychologique et d'orientation pédagogique
30 ouest, rue Fleury
Bureau 201
Montréal H3L 1S8
Téléphone : (514) 858-6484
www.cenopfl.com

Association québécoise des troubles d’apprentissage
www.aqeta.qc.ca

Ordre des orthophonistes et des audiologistes du Québec
www.ooaq.qc.ca