Une pilule une petite granule

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Du 2 avril au 7 septembre 2015

Dossier de la semaine

Des femmes seules qui choisissent de devenir mère!

Émission du 22 mars 2007

En ayant recours à l’insémination artificielle et aux banques de sperme, elles transforment notre conception de la famille

Au Québec, le nombre de femmes qui désirent un enfant sans avoir un conjoint dans leur vie semble être en croissance, comme partout en Occident, d’ailleurs. Et quand l’option d’adopter ou d’avoir recours à un généreux père d’emprunt n’est pas possible ou souhaitée, beaucoup de ces femmes ont recours à l’insémination artificielle grâce au sperme d’un donneur. Depuis 2002, le Code civil québécois donne le droit aux femmes seules de recourir à la procréation assistée pour enfanter. Dans une seule clinique à Montréal, en 2006, il y a eu près de 30 femmes qui ont eu recours à cette méthode pour avoir un enfant. Qui sont ces femmes? Pourquoi décident-elles de mettre un enfant au monde sans père?

Nadia Laflamme a longtemps mûri son choix de se faire inséminer par le sperme d’un donneur anonyme. Elle est passée par toutes les étapes préparatoires à l’insémination artificielle et en est maintenant au choix de la méthode. Elle nous parle de sa démarche:

«Est-ce que je vais être une bonne mère? Est-ce que je vais être capable toute seule? Tu te demandes vraiment ça. Est-ce que je vais donner ce qui est bon pour mon enfant, le fait de ne pas avoir de père? J’ai rencontré un médecin, il y a trois ans, qui m’a donné de l’information. Cette réflexion a fait son chemin. J’appelle ça un plan B, parce que, pour moi, le plan A, c’est d’avoir un enfant en couple.

Je souffre d’endométriose, diagnostiquée à l’âge de 17 ans. On sait peu de choses sur l’endométriose, mais on sait que ça peut rendre certaines femmes stériles avec le temps. Et j’ai 34 ans. Ça m’a donné un choc d’apprendre qu’à partir de 35 ans mon taux de fertilité chutait drastiquement. Ça a été un autre élément qui m’a fait dire «dépêchons-nous!!!».

Quand on m’a dit que je choisissais mon donneur sur Internet, je suis tombée en bas de ma chaise. Je m’attendais à plus de choix! Et quand j’arrive sur un site Internet et que je vois des offres publicitaires, ça me choque! Je trouve que ça dénature la démarche que je fais, qui est très humaine. 

Les donneurs ont chacun une fiche avec photo d’eux, enfant, et des informations générales comme l’origine, le poids, la couleur des yeux, la couleur des cheveux, l’éducation, les intérêts, les allergies en général. En fait, c’est simplement un catalogue version moderne. Mais plus que les choix physiques, ce qui m’importe le plus, c’est de connaître la personnalité du donneur, pourquoi il fait ce choix. Ça ne change peut-être pas grand-chose pour mon enfant mais, dans la démarche, c’est ce qui est le plus important pour moi.

Si je rencontre un jour un homme avec qui je choisis de faire ma vie, je suis ouverte à l’idée qu’il puisse adopter cet enfant. Et si vraiment il n’y a pas de père dans le quotidien, cet enfant sera bien entouré d’hommes - tous mes amis qui sont emballés par ce projet et qui auront du temps pour être des «mon oncle». Ma démarche n’est pas féministe, elle n’est pas contre les hommes. Je n’essaie pas de prouver que je suis capable d’avoir un enfant toute seule… Je ne veux pas me retrouver à 45 ans en me disant «j’aurais donc dû…».

C’est sûr qu’il y a une certaine tristesse quand on annonce ça à nos parents, car ils nous souhaitent un bonheur plus traditionnel : rencontrer quelqu’un, avoir un enfant en couple. Mais c’est quand même une belle nouvelle! Mes parents sont contents pour moi, ils sont fiers de moi. Ma mère considère que ce choix prend beaucoup de courage. Je pense qu’ils vont me supporter de A à Z, dans les bouts faciles et moins faciles. Je suis très chanceuse.»

À 31 ans, Ève-Karine Monette est déjà mère monoparentale d’un garçon de 10 ans, Jérémie, né d’une union précédente. Elle est enceinte d’un deuxième enfant, conçu celui-là par insémination artificielle. Elle a choisi un donneur non-anonyme et nous parle de son choix:

«Je n’ai jamais voulu avoir un enfant seule. Mon idéal aurait été de rencontrer un homme et de faire ma vie avec lui. Je sais que je suis encore jeune et que je pourrais attendre, mais ça fait déjà trois ans que je me lève tous les matins avec l’envie de donner un petit frère ou une petite sœur à Jérémie. Lorsque j’ai commencé les démarches, j’avais le sentiment qu’il me manquait quelque chose pour aller vraiment jusqu’au bout, jusqu'à ce que j’apprenne cette année qu’il existe des banques de donneurs de sperme non anonymes. J’avais besoin de pouvoir transmettre à mon enfant ne serait-ce qu’une petite partie de l’histoire de son père. Je fais affaire avec une banque de sperme de Toronto dont les donneurs acceptent de rencontrer l’enfant une fois à l’âge de 18 ans. J’ai dix pages d’informations sur ce donneur et deux photos, une de lui bébé et une adulte. J’ai aussi une lettre écrite de la main du donneur qui explique son choix : il ne souhaite pas avoir d’enfant à lui, mais il est heureux de savoir qu’il a donné la vie et la chance à un couple ou à une femme de donner la vie. Quand mon enfant sera en bas âge, je vais dire à mon enfant à quel point j’avais un grand désir de l’avoir, de le tenir dans mes bras, de l’avoir dans ma vie et qu’il y a eu un gentil monsieur qui a voulu faire ce cadeau-là. Plus vieux, je vais lui expliquer qu’il y a toutes sortes de familles, monoparentales, homosexuelles, reconstituées et que l’insémination artificielle est une autre façon d’avoir une famille. Et je vais lui montrer tout ce que j’ai sur ce papa donneur.

Mes parents étaient tout à fait contre ma décision, avant qu’ils ne comprennent que d’avoir un homme dans ma vie est toujours possible. L’enfant, je l’ai de façon marginale, c’est encore un peu tabou. Mais je pense que cela va l’être de moins en moins. Dans dix ans, je crois qu’on parlera d’un autre type de famille.»

La filiation, soit le lien juridique entre parents et enfants, s’établit de deux façons : de façon volontaire ou de façon judiciaire. Elle s’établit par l’une des façons suivantes :

1) à la filiation par le sang, qui tente de correspondre à la réalité biologique;
2) à la procréation assistée, qui répond aux nouvelles technologies de reproduction humaine;
3) à l'adoption, la seule hypothèse qui doit obligatoirement faire appel aux instances judiciaires.

La filiation des enfants nés de procréation assistée repose sur l'article 538 du Code civil du Québec. L’article 538 est une suite à la loi sur l’union civile qui, depuis 2002, permet aux couples homosexuels de se marier. Cet article stipule que «le projet parental avec assistance à la procréation existe dès lors qu’une personne seule ou des conjoints ont décidé, afin d’avoir un enfant, de recourir aux forces génétiques d’une personne qui n’est pas partie au projet parental».

Source : Journal du Barreau - Volume 37 - numéro 9 - 15 mai 2005
«La grande majorité des femmes seules qui se présentent à notre clinique le font en raison de leur horloge biologique», nous confirme Dr Louise Lapensée, gynécologue-obstétricienne à la clinique OVO, une clinique de fertilité de Montréal. La plupart du temps, elles sont dans la trentaine et elles craignent de ne pas pouvoir rencontrer de père pour faire un enfant à temps.

Avant de procéder à l’insémination avec donneur, une femme seule va devoir se soumettre à un bilan complet, médical et psychologique. Pour une femme seule, on insistera sur les critères de soutien. Certaines se font juger très sévèrement par leur entourage. Et ne se font pas toujours épauler. 

Qui est mon papa?

Les donneurs de sperme n'ont aucune obligation légale face aux enfants issus de leurs dons et une grande partie demeurent anonymes et ne pourront jamais être retracés.

Danielle Tremblay est psychologue à la clinique OVO : «L’insémination artificielle est un geste qui est sérieux, qui a des conséquences sur l’enfant du point de vue de l’identité. Bébé, cela ne pose pas de problème, mais à 14, 15 ans dans le groupe d’amis où chacun a un père, comment vivra-t-il cela? Comment la mère pourra-t-elle le soutenir dans cette quête d’identité? Quand il s’agit d’une insémination avec donneur, dans une clinique, cela devient une éprouvette avec un numéro dessus».

«On sait que la recherche des origines est une chose très importante. Les banques de sperme de donneurs non anonymes ont été mises sur pied justement parce qu’on s’est rendu compte qu’à l’âge de 18 ans, plusieurs enfants nés d’insémination artificielle cherchaient leur père. Mais il n’y a aucune garantie que ce donneur soit disposé à une rencontre. Ça reste libre à lui.»

Selon le psychologue Richard Langevin, il est important de maintenir pour l’enfant la possibilité d’une éventuelle rencontre avec le donneur de sperme. Car il est important de créer une histoire à laquelle l’enfant pourra se rattacher. Permettre à l’enfant de pouvoir se faire une représentation du père. Raconter des histoires, favoriser l’imaginaire de l’enfant. C’est à partir de cette image-là que l’enfant va pouvoir se construire. Il propose, plutôt que de poser des questions d’ordre éthique, qu’on s’interroge sur le bien-être de l’enfant. Est-ce qu’il va bien se développer? Il croit que oui, pour autant que ces mères soient bien informées, qu’elles ne soient pas isolées, qu’elles aient accès à un réseau social et des ressources pour répondre à leurs questions.

Actuellement, au Canada, c’est la loi C-6 qui encadre la procréation assistée et le don de sperme. C’est à la suite de l’adoption de cette loi que les dons de sperme sont devenus véritablement des dons, c’est-à-dire qu’ils ne sont plus rémunérés. Ce qui a eu comme conséquence de vider la plupart des banques canadiennes et ce qui force maintenant les femmes à avoir recours à des banques étrangères, surtout américaines, en fait! Beaucoup de ces banques ont des donneurs identifiés et les donneurs sont toujours rétribués.

Des questions éthiques auxquelles on n’a pas de réponse

Curieusement, la possibilité pour des femmes seules de recourir à l’insémination artificielle n’a pas suscité beaucoup de débat dans la société. Pourtant, tout est loin d’être clair. Que va-t-il arriver quand tous ces enfants vont grandir? On ne le sait pas trop. Est-ce qu’on ne brime pas les droits de l’enfant en le privant de père?

On est, en fait, en train d’écrire l’histoire. L’insémination artificielle remet en question notre conception de la famille et le rôle du père. Elle nous force aussi à nous interroger sur ce qui détermine le bien-être d’un enfant : le nombre de parents dans la maison ou la qualité des soins parentaux dont cet enfant profitera?

La Loi canadienne C-6 sur la procréation assistée constitue l'un des textes législatifs les plus complets au monde en ce qui concerne les technologies de procréation et la recherche connexe. Elle vise trois objectifs : interdire le clonage humain et d'autres activités inacceptables; protéger la santé et la sécurité des personnes qui utilisent des techniques de procréation assistée au Canada; faire en sorte que la recherche relative à la procréation assistée, qui peut aider à trouver des traitements pour l'infertilité et certaines maladies comme la maladie de Parkinson et la maladie d'Alzheimer, ait lieu dans un environnement contrôlé.Procréation assistée Canada est l’agence fédérale chargée de l'autorisation, de l'inspection et de l'application des activités régies par la Loi.* Pour en savoir plus, veuillez consulter leur site Web au www.hc-sc.gc.ca/hl-vs/reprod/hc-sc/index_f.html
*Source : Santé Canada - Procréation assistée

Au Québec, le ministère de la Santé et des Services sociaux s’apprête aussi à déposer ce printemps une politique de périnatalité qui couvrira tous les aspects du début de la vie – y compris la procréation assistée - de la conception aux soins du bébé.

 

NOS EXPERTS :

DRe LOUISE LAPENSÉE
GYNÉCOLOGUE-OBSTÉTRICIENNE
CLINIQUE DE FERTILITÉ OVO

DANIÈLE TREMBLAY
PSYCHOLOGUE
CLINIQUE DE FERTILITÉ OVO

RICHARD LANGEVIN
PSYCHOLOGUE

Ressources :

Procréation assistée Canada
www.hc-sc.gc.ca/hl-vs/reprod/agenc/index_f.html

BioNews : site d’information sur la génétique humaine et la reproduction assistée (en anglais seulement)
http://bionews.org.uk/

Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) - Bioéthique
www.unesco.org/shs/bioethics
 
Clinique de fertilité OVO      
www.cliniqueovo.com

Site Web de recherche et d’échange consacré à ceux ayant eu recours à la procréation assistée
www.donorssiblingredistry.com