Une pilule une petite granule

Émission disponible en haute définition

Diffusion terminée

Diffusion :
Diffusion terminée
Durée :
60 minutes

Du 2 avril au 7 septembre 2015

Le portrait

Sheila Twinkle Rudberg

Émission du 22 mars 2007

Il est toujours remarquable de voir comment des gens qu’on pourrait croire anéantis en raison d’un drame épouvantable qui survient dans leur vie réussissent au contraire à se relever de ces expériences et donner un sens à leur vie en aidant les autres. C’est l’histoire de Sheila Twinkle Rudberg. En 1972, Mme Rudberg voit son mari assassiné sous ses yeux en pleine rue, poignardé par un jeune de 14 ans. S’amorce alors pour elle, maintenant veuve avec deux enfants, un très long cheminement qui l’amènera en 1992, vingt ans après la mort de son mari, à créer le projet LOVE, un projet destiné à combattre la violence… par l’amour!

Voici des extraits de ce portrait

Sheila Twinkle Rudberg


«J’étais mariée à un très bon homme. Un soir, nous sortions diner au centre-ville de Montréal lorsque nous avons aperçu une vieille dame en train de se faire voler son sac à main par un jeune. Aussitôt, Dan se lance à la poursuite du jeune agresseur pour récupérer le sac à main. Voyant qu’il allait être rattrapé, le jeune garçon sort alors un couteau et poignarde mon mari. Il est mort sur place.

Le jeune garçon qui a tué Dan était pieds nus et portait un couteau. Lors du procès, il a dit qu’il avait vu à la télévision une émission où des jeunes se préparaient à commettre des vols à la tire et on y expliquait qu’il faut enlever ses souliers pour courir plus vite et qu’il fallait avoir un couteau pour se défendre au cas où la victime attaquerait. Il avait fait ce qu’il avait vu à la télévision, tout simplement. Bien sûr j’étais dévastée et j’étais en colère, mais pas contre ce jeune. J’étais en colère contre le destin.»

Comment vous est venue l’idée de créer le projet LOVE?

Ça m’a pris 20 ans pour démarrer ce projet car, à la mort de mon mari, je me suis retrouvée avec beaucoup de responsabilités, une famille, des enfants. Et j’avais beaucoup de craintes. Puis je me suis dit : rien n’arrive par hasard, il faut que je fasse quelque chose. La mort de Daniel ne doit pas être pour rien.

J’ai compris que le jeune agresseur était lui aussi une victime et cela m’a aidé à lui pardonner. Ce jeune était sans ressources, sans écoute, sans personne pour l’aider. C’est en pensant à lui que j’ai décidé de m’impliquer pour contrer la violence à la télévision. J’ai réalisé que je m’attaquais à quelque chose de trop gros. J’ai alors réalisé que ce serait beaucoup plus simple de m’attaquer au problème à la source. Et c’est comme ça qu’a germé l’idée du projet. Il y a eu comme un déclic qui s’est produit, les choses se sont imposées à moi, j’ai su que je devais créer un organisme pour faire de la prévention. Et quand ce déclic s’est produit, les portes se sont ouvertes et tout s’est mis en marche… et j’ai décidé de nommer cet organisme LOVE parce que les jeunes ne connaissent pas le mot LOVE, l’émotion de ce mot. C’est un grand mot et on ne l’utilise pas assez dans le monde.

Le Projet LOVE : Vivre sans violence est un organisme sans but lucratif fondé en 1993 par Sheila Twinkle Rudberg afin d'aider les adolescents à trouver une alternative à la violence.
Les jeunes du Projet LOVE forment un groupe multiculturel dont les membres sont âgés de 13 à 18 ans et dont la vie a été affectée par la violence, soit à titre de victime, d'agresseur ou de témoin.

LOVE offre des programmes de photo-journalisme, d’écriture et en audio-visuel. À travers ces divers moyens d’expression, les jeunes apprennent à parler de leur réalité, à dire ce qu’ils ressentent. Ils apprennent à réfléchir, à mettre en mots leur souffrance. Les photos, les textes et les vidéos auxquels ils travaillent dans les programmes portent sur la violence, ses impacts. Les jeunes y expriment leur idéal d’un monde sans violence. Exprimer cela par photos, par l’écriture ou par la vidéo est une forme de libération pour ces jeunes.

C’est une formation d’un an. Les jeunes participent sur une base volontaire, tout en continuant à fréquenter l’école. Après avoir réussi ce programme, les jeunes continuent à s’impliquer dans l’organisme et peuvent le faire de plusieurs façons. Ils se donnent pour mission de propager un message d’espoir par rapport à la non-violence. Ils interviennent dans les écoles, parlent de leur expérience et sensibilisent d’autres jeunes. Ils deviennent ainsi des ambassadeurs de la non-violence. *

*Source : www.leaveoutviolence.com

Vous avez beaucoup confiance en ces jeunes?

Les jeunes d’aujourd’hui sont extraordinaires. Ils sont intelligents, sensibles, ils ont une richesse qu’on ne voit pas à première vue… Comme une pépite d’or enfouie dans la terre et quand vous enlevez la terre, vous découvrez un trésor.

Lorsque je parle aux jeunes, je leur parle de mon mari, de sa mort. Et je leur parle de mon choix de ne pas être une victime, de ne pas chercher la vengeance, de ne pas souhaiter que le jeune qui a tué Dan passe le reste de sa vie en prison. Un jeune m’a déjà dit : «j’ai perdu un ami dans une fusillade pour une histoire de drogue et après vous avoir entendue, j’ai décidé, non, je ne veux pas me venger, je veux faire d’autre chose.» Chez LOVE, nous disons aux jeunes qu’ils ont le pouvoir de choisir autre chose. Ce que nous voulons, c’est qu’ils réalisent qu’ils ont quelque chose à dire, quelque chose à donner.

Quand je vais dans une classe et que les jeunes partagent leurs expériences, je sais que j’ai fait le bon choix d’avoir créé LOVE. Quand ils disent que la seule échappatoire, c’est le suicide, je sais que j’ai fait le bon choix. Quand ils disent que les drogues sont la seule façon d’atténuer la douleur, je sais que j’ai fait le bon choix.

Les jeunes d’aujourd’hui vivent dans un monde de pauvreté, de racisme, d’abus sexuels, d’abus verbal, de taxage. Il faut l’exprimer. Il faut dire à tout le monde ce qui se passe!

Le projet LOVE est aujourd’hui présent dans plusieurs grandes villes du Canada. Et en octobre dernier, Mme Rudberg a reçu le prix Thérèse Daviau pour son engagement. Le prix est offert par la Ville de Montréal et la Fondation des victimes du 6 décembre 1989 contre la violence, date de la terriblement célèbre tuerie de Polytechnique.

Mme Rudberg et des jeunes du Projet LOVE 

Vous pouvez lire des textes des jeunes du Projet LOVE et voir leurs œuvres en consultant le site du projet au www.leaveoutviolence.com